L'Usine Energie

Un patron d’EDF résolument nucléaire !

Ludovic Dupin , ,

Publié le

Le grand carénage, le nouveau nucléaire et le programme atomique chinois sont les grands objectifs du nouveau patron d’EDF, Jean-Bernard Lévy. Celui-ci appelle le gouvernement à augmenter les tarifs de l’électricité et à réformer le mécanisme de financement des énergies renouvelables.

Un patron d’EDF résolument nucléaire ! © Université de Rabat

Pour la première fois, jeudi 12 février, Jean-Bernard Lévy a présenté les résultats annuels d’EDF, dont il est devenu PDG fin octobre 2014. Fort d’un chiffre d’affaires de 72,8 milliards d’euros, en hausse de 1,3 %, et d’un résultat net de 3,7 milliards d’euros, en croissance de 6,2 %, le patron du premier électricien mondial a eu toute latitude pour présenter son plan de croissance pour l’entreprise. Jean-Bernard Lévy a pris soin de rappeller "les décisions perspicaces des années 60 et 70 qui ont permis à la France d’avoir l’électricité la plus décarbonnée en Europe". Aussi, le premier objectif qu’il se fixe est de "réussir le nouveau nucléaire (…) pour prolonger les bénéfices écologiques et économiques de la troisième filière industrielle française".

Pour EDF, cela passe par le programme de grand carénage, destiné à prolonger la durée de vie des réacteurs, et la construction de nouveaux réacteurs. Pour commencer, le PDG se concentre sur la réussite du chantier de l’EPR de Flamanville (Manche) qu’il rappelle être un "prototype", et qui doit permettre que les prochains exemplaires aient un coût optimisé susceptible de favoriser son exportation. Le chantier en cours a pris cinq de retard et un démarrage est attendu pour 2017.

Collaboration avec Areva

Le PDG d’EDF veut renforcer la coopération avec Areva. "Avec Philippe Varin [le président d’Areva], nous avons décidé de tourner la page d’une période où l’on aurait pu mieux faire", affirme Jean-Bernard Lévy, faisant allusion aux tensions qui ont existé entre les deux groupes au début des années 2010. Trois groupes de travail communs ont été mis en place. Le premier porte sur le cycle du combustible amont et aval, le deuxième concerne la réussite des chantiers en cours, le troisième est le développement d’un EPR optimisé et d’une nouvelle gamme de réacteurs de 1000 MW. En revanche, pas question de tractations financières entre EDF et Areva au terme desquelles le premier rachèterait des activités du second. Il y a quelques jours, Ségolène Royal, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, avait évoqué ''un gros travail de rapprochement en cours" entre les deux groupes.

Enfin, comme son prédécesseur Henri Proglio, Jean-Bernard Lévy voit la Chine comme un marché incontournable où "il se construit chaque année l’équivalent du parc français. La Chine va connaître sa propre transition énergétique pour diminuer ses émissions de gaz à effet de serre. C’est une opportunité pour EDF".

Augmentation des tarifs

Afin de remplir ses objectifs, le PDG d’EDF demande une nouvelle fois une hausse des tarifs de l’électricité, en particulier de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique) qui impose à EDF de vendre de l’électricité nucléaire à ses concurrents à prix coûtant. Aujourd’hui, ce prix est fixé à 42 euros/MWh et doit évoluer par paliers vers 55 euros. Mais le décret qui permet cette hausse est attendu depuis plus d’un an. "Nous nous retrouvons à financer le développement de nos concurrents", déplore Jean-Bernard Lévy.

Si le nucléaire est au cœur de son discours, le PDG ne met pas de côté les énergies renouvelables. "Dans les énergies nouvelles, EDF est peut-être parti en retard mais met désormais les bouchées doubles. Pour y parvenir, elle peut compter sur deux atouts : son ingénierie technologique et son intérêt financier." EDF se présente désormais comme un leader des énergies renouvelables en Europe et met en avant le fait qu’un tiers des investissements du groupe (15 milliards en 2014) y sont consacrés.

En revanche, Jean-Bernard Lévy dénonce le mécanisme de subvention des énergies renouvelables qui passe par la CSPE (contribution au service public de l’électricité) et pour laquelle l’électricien fournit de grandes avances de trésorerie. En 2015, cela représente un manque à gagner d’environ 700 millions d’euros pour le groupe. "Trouvez-vous logique que ce soit les consommateurs d’EDF qui émettent très peu de CO2 qui finance les développements des renouvelables alors que d’autres énergies émettent beaucoup plus", interroge-t-il.

Ludovic Dupin

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