L'Usine Santé

Un nouveau plan pour lutter contre la résistance aux antibiotiques

Gaëlle Fleitour ,

Publié le

Pour lutter contre les infections et décès liés aux antibiotiques devenus inefficaces, le gouvernement lance une nouvelle campagne de communication et un plan de 40 millions d’euros destiné à stimuler la recherche. Reste à embarquer l’industrie pharmaceutique.

Un nouveau plan pour lutter contre la résistance aux antibiotiques
Dans ses laboratoires, la biotech française Deinove essaie de trouver une réponse à la résistance aux antibiotiques.
© DEINOVE

"Le plus grand fléau du XXIe siècle", selon l’Organisation mondiale de la santé. À l’origine de 700 000 décès par an dans le monde, les bactéries porteuses de gènes de résistance aux antibiotiques pourraient causer dès 2050 la mort de 10 millions de personnes par an, devenant plus meurtrière que le cancer, dénonçait un rapport britannique il y a deux ans.

Le temps passe, et la menace grandit. En Europe, "700 000 personnes sont victimes d’infections multi-résistantes, ce qui provoque le décès de 33 000 décès. Ces chiffres ont triplé depuis 2007 ", alerte le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation dans un communiqué du 14 novembre 2018, annonçant "un programme prioritaire de recherche de 40 millions d’euros pour lutter contre la résistance aux antibiotiques".

Un précédent plan d'action il y a deux ans

En novembre 2016, déjà, la France avait dévoilé un plan d’action interministériel de cinq ans doté de 300 millions d’euros, puis, dans

la foulée, une campagne nationale pour un bon usage des antibiotiques. Le 14 novembre 2018, le gouvernement a été contraint de réitérer, via une campagne au nouveau slogan aux lettres vertes et bleues (dévoilée par Le Parisien) - "Ils sont précieux, utilisons-les mieux" - dont l’ambition est de réduire de 25% d’ici à 2020 la consommation de ces médicaments dont les Français seraient les quatrièmes plus friands en Europe. Or qui dit sur-consommation, dit développement d’une insensibilité à ces traitements, la fameuse « antibiorésistance », et le risque que certaines infections ne puissent plus être soignées.

Avec 125 000 infections par an et 5 500 décès, la France est le 6e pays européen le plus affecté après l’Italie, la Grèce, la Roumanie, le Portugal et Chypre. De quoi nécessiter aussi aux yeux du gouvernement de mettre l’accent sur la recherche et l’innovation, afin de "comprendre les mécanismes d’apparition et de diffusion des résistances et découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques". Un programme associant l’ensemble de la communauté scientifique nationale sera donc coordonné par l’Inserm et livré d’ici à la fin du premier trimestre 2019, avec "une approche dite « une seule santé » combinant santé humaine, santé animale, et compréhension des environnements".

Stimuler une innovation en panne

Et l’industrie pharmaceutique dans tout cela ? Le montant du plan annoncé ce 14 novembre reste dramatiquement faible comparé au coût de développement d'une seule molécule, qui frôlerait le milliard d'euros selon l'industrie. Or les antibiothérapies étant courtes et vendues bon marché, les grands de la pharma avaient délaissé le domaine : sur les cinquante dernières années, seules deux nouvelles classes d’antibiotiques ont été découvertes. Aucun antibiotique innovant n’a été mis sur le marché depuis 2010. Devant l’urgence, quelques laboratoires ont néanmoins repris la R&D et commercialisé de nouveaux antibiotiques, comme AstraZeneca avec Zavicefta.

Pour pallier le faible retour sur investissement, que pourrait accentuer l’objectif de réduction de la consommation d’antibiotiques, les industriels de la Santé réclamaient des incitations. En vue d’élaborer de tels mécanismes, leur Conseil stratégique de filière s’était doté d’un groupe de travail en 2016. Il y a un an, Bpifrance, via le programme d’investissements d’avenir, avait décidé de soutenir le projet AGIR (antibiotiques contre les germes infectieux résistants). La biotech française Deinove avait ainsi pu lever 14,6 millions d'euros pour rechercher de nouveaux antibiotiques. Elle collabore désormais avec le géant français du diagnostic bioMérieux, en vue d’explorer de nouvelles souches et de multiplier les opportunités de découverte de nouveaux antibiotiques.

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