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L'Usine Agro

Un Mas numérique pour connecter les vignes

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Transformation numérique Pour imaginer la viticulture de demain, Montpellier SupAgro a ouvert le Mas numérique, un domaine où cohabitent des solutions innovantes made in France.

Un Mas numérique pour connecter les vignes
Dans les parcelles du Mas numérique, les outils de cartographie des sols et de mesure des profils de stress hydrique permettent de planifier, îlots par îlots, la meilleure date pour vendanger. Tandis que les objets connectés –?cuves de fermentation, station météo ou pressoirs intelligents?– envoient des informations en temps réel à l’équipe du domaine. Dans l’espoir d’améliorer les rendements et de diminuer l’usage des pesticides… et de former au numérique clients et professionnels.

Dans les vignes, l’innovation met souvent plus de temps à se diffuser que dans les grandes cultures, plus propices à l’expérimentation et sans contrainte de millésime. En 2014, Smag, le leader français des logiciels pour l’agriculture, et Vivelys, un spécialiste des outils d’aide à la décision dans le vignoble, décident de changer la donne. Trois ans plus tard, le Mas numérique, concrétisation de cette ambition, se déploie sur 35?hectares de vignobles situés à Villeneuve-lès-Maguelone, à quelques kilomètres de Palavas-les-Flots (Hérault). Installé au domaine du Chapitre, propriété de l’école d’ingénieurs Montpellier SupAgro, reconnue pour son expertise dans la vigne et le vin, il servira de laboratoire vivant pour mener des expérimentations. Une exploitation viticole à part entière qui dispose de son propre caveau !

Quatorze entreprises se sont prêtées au jeu, certaines en qualité de mécènes – Smag, Vivelys, Pera-Pellenc [lire l’entretien page suivante] et ITK financent la moitié du projet à hauteur de 350 000?euros sur trois ans –, d’autres apportant des équipements ou des compétences, et toutes des solutions déjà commercialisées. C’est là l’originalité de l’initiative. « Il ne s’agit pas de prototype en phase R & D. L’objectif est de construire la vision de la viticulture de demain, insiste Thomas?Crestey, ancien étudiant de Montpellier SupAgro recruté à la tête du projet. En testant les solutions pour en tirer un maximum d’ergonomie pour l’utilisateur, faciliter son bien-être et l’efficacité de son travail, voir comment ces technologies peuvent s’imbriquer les unes aux autres. »

Le Mas numérique « nous permet de montrer des solutions existantes et connectées à des clients, et de former leurs équipes et les acteurs de la filière », témoigne Rémi?Niero, le PDG de Pera-Pellenc, qui conçoit et construit des matériels et des process vinicoles. Depuis janvier?2017, le responsable du domaine du Chapitre, Christophe?Clipet, et son équipe de six personnes testent une quinzaine de nouvelles technologies dans l’espoir de réduire l’utilisation de pesticides et d’améliorer les rendements. Pour ce premier millésime, l’équivalent en doses de trois des sept traitements de l’année aura pu être économisé. Dans les vignes, la station météo connectée d’Agriscope transmet toutes les quinze minutes des informations de pluviométrie et les stocke dans son historique. Des données analysées par les logiciels de modélisation des maladies d’ITK et du fabricant de produits phytosanitaires Bayer, qui conseillent le viticulteur sur le bon moment pour pulvériser. Mais quelle quantité verser ? L’Institut français de la Vigne a développé un outil visant à réduire les doses de d’herbicides et autres insecticides. Avec le logiciel de gestion de Smag, l’équipe peut alors se répartir à distance les tâches à accomplir à travers la parcelle, sans risque de doublon.

à l’heure de la « coopétition »

Avant la mise en route du tracteur, un outil d’Axe Environnement scanne chaque produit et la quantité prélevée, et dès l’an prochain, permettra de gérer les stocks à distance. Sur le vignoble, deux débitmètres connectés à une antenne GPS placés sur le pulvérisateur envoient en temps réel une cartographie colorée des traitements effectués et des précisions sur le débit ou la pression, afin de mieux régler la buse de pulvérisation. Sika, le concepteur allemand de ce système nommé Picor, n’a pas hésité une seconde à rejoindre le Mas numérique. « Professionnels, étudiants, techniciens en formation continue… Différents métiers évaluent ici notre produit. Ils alimentent notre base de données pour de futurs développements », souligne Philippe?Balamoutoff, le directeur de Sika France, qui réfléchit à coupler Picor à un système de gestion avec des automatismes, et à développer l’interopérabilité avec d’autres partenaires.

L’heure est à la « coopétition », reconnaît Philippe?Stoop, directeur recherche et innovation d’ITK. « Nous sommes pratiquement tous concurrents sur nos petits segments d’activité. Mais nous savons que nous pouvons faire mieux ensemble : travailler à l’intégration de toutes les données qui peuvent être utiles à l’agriculteur, apporter de la valeur ajoutée. » Dans les parcelles, les outils de cartographie des sols et de mesures des profils de stress hydrique d’ITK aident, îlots par îlots, l’équipe du Chapitre à anticiper la meilleure date pour vendanger les cépages de blanc et de syrah, en fonction de leur profil aromatique définis par les outils d’analyse numérique de Vivelys. Dans l’espoir, bien sûr, d’améliorer les rendements. « Ces systèmes permettent de valider nos choix, voire de faire un peu évoluer nos habitudes de travail grâce aux informations récoltées, reconnaît Christophe?Clipet. Les entreprises partenaires nous ont aidés pour résoudre des difficultés techniques. De notre côté, nous pouvons les amener à aller plus loin, notamment à travailler sur le confort de travail. » Aux yeux des viticulteurs, vendangeurs saisonniers et autres techniciens, la complexité à appréhender certaines technologies et le manque d’interopérabilité de celles-ci restent des freins à l’adoption du numérique et des outils connectés.

Deux ans pour convaincre

Dans la cave du domaine du Chapitre, des pressoirs intelligents, cuves de fermentation et fûts d’élevage connectés facilitent l’obtention du type de vin désiré avec une meilleure fiabilité et reproductibilité. Au Mas numérique, chacun a l’espoir que d’ici deux ou trois ans, les solutions seront optimisées par des retours d’expérience, et répandues à travers le marché viticole. Pour Didier?Robert, le directeur général adjoint de Smag, « c’est aussi une vision de l’agriculture qui ressort de ce projet. Ce n’est pas un grand acteur qui va monopoliser avec ses techniques l’ensemble de la chaîne de valeur de l’agrotechnologie, mais un écosystème avec des technologies assez ouvertes. Le Mas numérique offre aussi l’opportunité de développer de nouveaux services qui seront vendus de manière commune ». Cet écosystème made in France permettra-t-il de contrer l’appétit des géants américains de l’agrochimie et de l’équipement agricole ? Le projet dispose encore de deux ans pour convaincre.

Quoi qu’il en soit, il ne devra pas omettre de mesurer l’impact de l’utilisation de ces données sur la gestion des risques, et les performances économiques de l’exploitation. La preuve d’un retour rapide sur investissement, que cherche d’ailleurs à démontrer le groupe InVivo, propriétaire de Smag, à travers son réseau de 1 000?fermes numériques, reste cruciale pour convaincre agriculteurs et viticulteurs de s’équiper. 

« Il faut créer un écosystème pour la filière viticole et vinicole »

Rémi Niero, PDG de Pera-Pellenc

  • Pourquoi vous êtes-vous impliqué dans le Mas numérique ?

En tant que constructeur, nous avons bien compris que le numérique est un axe stratégique majeur, mais que l’on n’en détient qu’un bout et qu’il faut partir du bon pied pour les années futures. Des objets connectés pour les équipements existent déjà, mais il est important de créer tout un écosystème. Pour nous projeter, nous avons besoin de partager des réflexions, de nous challenger sur les orientations stratégiques à chaque niveau de la filière viticole et vinicole. Nous avons donc mis à disposition notre pressoir connecté, commercialisé depuis la fin novembre. Il transmet au smartphone des informations pertinentes et simplifiées sur le statut de chacun des pressoirs : l’heure estimée de la fin du process, une alerte en cas d’arrêt ou de défaut… Même s’il se trouve dans ses vignes ou en chemin, l’utilisateur peut ainsi s’organiser.

  • Profiterez-vous de ce projet pour codévelopper des solutions ?

Cela peut s’imaginer. Chez Pera-Pellenc [filiale du groupe Pellenc], nous fabriquons tout nous-même et en France, nous n’avons quasiment pas de sous-traitance. C’est une garantie pour fournir beaucoup de sur-mesure, les caves ayant besoin d’équipements adaptés à leur problématique et à leur environnement. Ce pressoir connecté a, toutefois, été développé avec Smag, un éditeur de logiciels pour l’agriculture, que nous avons rencontré par le biais du Mas numérique. Nous avons conçu ensemble le soft dans son studio de développement à Montpellier. L’équipe du Mas numérique est d’ailleurs un regroupement inédit de toutes sortes de compétences, avec des spécialistes de l’irrigation, du logiciel, des constructeurs d’équipements et de machines…

  • Qu’en attendez-vous ?
Le retour sur investissement est difficile à calculer. Nous y voyons deux principaux axes : challenger nos choix stratégiques et notre R & D, et communiquer. Outre les retombées médiatiques, les étudiants qui passeront sur le domaine du Chapitre se souviendront, dans dix ans, nous avoir vus au Mas numérique. Ils constituent l’avenir de la filière. Et nous n’en sommes qu’au début. Nous travaillons aussi avec la chaire d’entreprises AgroTIC de Montpellier SupAgro et nous sommes membres du projet DigitAg.

 

Un outil pédagogique

« En associant des entreprises au monde académique, il s’agit d’un projet unique dans la viticulture », qui laisse aussi toute latitude sur la « mise en place de nos actions pédagogiques », se félicite Bruno?Tisseyre, professeur en agriculture de précision à Montpellier SupAgro, à l’origine du Mas numérique. La transformation numérique et l’innovation constituent un enjeu majeur pour l’enseignement agricole technique et supérieur. Le Mas numérique formera et préparera à la transformation de leurs métiers les ingénieurs, conseillers agricoles et viticulteurs de demain. Avec l’ambition d’offrir aussi un accès à distance, par la visite virtuelle, aux enseignants des lycées agricoles. 

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