Un homme de terrain polyvalent : Technicien du traitement des eaux

Pour commander et contrôler le process industriel qu'est devenu le traitement de l'eau, il faut être un peu chimiste et maîtriser l'outil informatique.

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On connaît la formule. H2O, c'est de l'eau. Et pourtant, au-delà de son apparente simplicité chimique et de son abondance naturelle, l'eau est devenue un produit manufacturé, délicat à manipuler, sensible. Elle a ses usines, ses bassins d'infiltration, ses stations. Bref, avant d'arriver jusqu'à nos robinets, elle subit plus d'un traitement - pour la dépolluer, l'assainir, la purifier. Et le législateur, devenu plus sévère en 1992, impose des règles draconiennes de qualité. Ainsi, la France, qui ne traite que 35% de ses eaux usées, s'est fixé un objectif de 60% d'ici à l'an 2000. Et elle doit réhabiliter une bonne part de son réseau.

163000 emplois liés au cycle de l'eau

Pour exécuter ces tâches, il faut des hommes capables de maîtriser une gamme sans cesse plus large de compétences et pouvant travailler avec des technologies de plus en plus modernes: de la production au transport, en passant par l'épuration jusqu'à la distribution. L'Office international de l'eau, à Limoges, chiffre à 163000 les emplois liés au cycle de l'eau. Soit 46,4% des emplois de l'environnement, avec plus de 15% d'entre eux occupés par des cadres, des techniciens ou agents de maîtrise."Maintenant, on ne tolère plus qu'il arrive un pépin de temps en temps", souligne Jean-François Donzier, directeur général de l'Office. Les grands groupes spécialisés dans la gestion et le traitement de l'eau (Compagnie générale des eaux, Lyonnaise des eaux-Dumez, Saur ou Cise) ainsi que les collectivités territoriales, recherchent des candidats, qui, plus qu'autrefois, aient le sens du service et des responsabilités. Autres secteurs qui commencent à recruter, les industriels, des entreprises de l'agro-alimentaire, des chimistes, des papetiers, des PMI spécialistes de traitement de surface, qui possèdent leurs propres stations. Quitte à reconvertir leurs propres salariés à la gestion des eaux polluées. Mais, comme les techniques employées sont de plus en plus sophistiquées, c'est plutôt le technicien, de niveau bac ou bac+2, qui tire son épingle du jeu. Car, de plus en plus, l'automatisation commande. Même les vieux métiers de fontainier ou d'égoutier ont changé de visage. Pour vérifier le bon fonctionnement des vannes, des canalisations d'eau potable et des pompes, le premier ne se promène plus sans son micro-ordinateur portable. Quant au second, il pilote de l'extérieur des caméras vidéo installées sur roulettes dans les réseaux de canalisations d'eaux usées. "L'outil informatique nous permet aussi de vérifier instantanément la bonne conformité des effluents industriels ou domestiques avant leur rejet en rivière" explique Didier Goujous, ingénieur environnement à la Lyonnaise des eaux. Le plus spectaculaire restant la télégestion, avec des scénarios d'aide informatisés, que pratique l'équipe de techniciens du service de l'assainissement du département du Val-de-Marne pour gérer les priorités du trafic des eaux usées sur un réseau très dense. Sensibilisé à ces outils, le technicien du traitement de l'eau est polyvalent. Electromécanicien, chimiste, biologiste, voire issu du génie civil, son métier porte autant sur la surveillance des stations et le contrôle de l'eau que sur la préconisation de chantiers et les relations avec élus, consommateurs, fournisseurs. Pour Bertrand Lepicier, responsable de la station de Plaisir, dans les Yvelines, on peut se passionner pour ce métier, longtemps considéré comme un emploi de seconde zone.





D'OÙ VIENNENT-ILS?

Il existe une pléiade de formations qui ne constituent, selon les observateurs, qu'une porte d'entrée dans les métiers de l'environnement, faute de contact suffisant avec le terrain.

On peut retenir:

En formation initiale : le BTS biochimie et analyses biologiques, préparé à Reims; le BTSA (brevet de technicien supérieur agricole) spécialisé dans la gestion et la maîtrise de l'eau ou dans la gestion et le management de l'eau, notamment à Ahun et à Saintes; le DUT avec option génie de l'environnement, à Brest, Perpignan et Tours; le DUT microbiologie de l'environnement, préparé à Montpellier; le Deust, comme celui des métiers de l'eau, à Lyon-I, ou les Deug écologie ou environnement de Chambéry ou Limoges, entre autres.

En formation continue : l'Office international de l'eau, à Limoges, notamment pour la reconversion des opérateurs ou techniciens dans ces métiers; l'Insa de Lyon et les IUT de Nancy et de Saint-Etienne.



OÙ VONT-ILS?

Vers des postes de responsables de station, de réseau, de section.



COMBIEN GAGNENT-ILS?

Débutant, à bac+2: autour de 130000 francs, au maximum, dans le secteur privé; environ 9000 à 10000 francs nets mensuels après deux ans au sein des collectivités territoriales.

Confirmés, à bac+2: entre 190000 et 200000 francs dans le privé.



LE TÉMOIN

François Vercouter, P-DG de Ternois Epuration, à Chartres

"Un métier de nomade"

"J'ai déjà eu l'occasion d'envoyer des techniciens "en exploitation". Pour travailler avec des responsables de station d'épuration traitant aussi bien les eaux urbaines que les eaux usées des industries de l'agro-alimentaire. Pour nos métiers, c'est une mise de pied à l'étrier fantastique. Ils voient physiquement ce qui se passe. Ternois réalise des stations clés en main, les conçoit, et en installe les équipements tout en assurant le suivi de la qualité de l'eau. Les techniciens qui travaillent dans l'entreprise doivent être capables de lire des plans, mais aussi d'interpréter des résultats d'analyses. Donc de savoir les effectuer eux-mêmes. Ils ont intérêt à garder l'esprit ouvert. Parce que l'on touche à tout: à l'électricité, au béton armé, à l'hydraulique. Et il faut apprendre à négocier avec les sous-traitants. D'ailleurs, comme les ingénieurs, les techniciens vont beaucoup sur le terrain. Repérer les sites, surveiller les chantiers, assurer la mise en route des stations, dresser des bilans de pollution, etc. Ce sont des nomades!"

USINE NOUVELLE - N°2469 -

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