Un grand discours et des hyperpromesses

Au-delà du "plan Sarkozy", ce qui restera, c’est cette posture d’un Président défenseur des usines.

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Un grand discours et des hyperpromesses

Il faudra se souvenir du discours du 4 mars 2010. Le président de la République a affirmé, à Marignane, la centralité de l’industrie. Un discours prononcé avec une énorme force de conviction, émaillé de nombreuses improvisations, comme en attestent les différences entre les versions écrite et orale. Exemple d’impro bienvenue: «Cela fait trop longtemps qu’en France, on assimile l’industrie à la pollution. On a oublié de faire aimer l’industrie aux Français ». Puissant, documenté, inspiré, le discours du chef de l’Etat contient aussi trois hyperpromesses.

1. Une remise à plat du financement de la protection sociale. «Nous ne pouvons plus continuer à fonder tout notre système sur la taxation du travail, avec tous les risques de délocalisation que ça comporte », s’est-il exclamé. Aujourd’hui, les dépenses de santé, la retraite et même les allocations familiales sont en effet assurées grâce aux cotisations des salariés et des employeurs et, dans une moindre proportion, par la CSG prélevée sur les revenus du capital. Il serait sage de rééquilibrer le système, mais ce n’est pas une mince affaire...

2. Une réforme de la fiscalité de l’épargne, pour la diriger vers l’industrie. Là encore, il faudra contourner bien des obstacles, peut-être même constitutionnels, avant d’arriver à un régime fiscal favorable à l’industrie. Mais bon, si l’épargne est généralement poussée vers les placements en actions, plutôt que vers les obligations (assurance-vie) ou l’immobilier, ce serait déjà un progrès.

3. Un nouveau Bretton Woods. Cette troisième promesse paraît un peu audacieuse pour un seul homme, fût-il à la tête d’une grande nation comme la nôtre. Nicolas Sarkozy compte sans doute sur le soutien de quelques-uns de ses homologues européens. Mais refonder le système monétaire international prendra encore un peu de temps... Dans l’histoire, il a fallu malheureusement des chocs d’une violence inouïe pour que soient créées ou modifiées des institutions internationales. Pour bousculer l’ordre financier mondial, la crise de 2009 aura-t-elle été assez cruelle ?

Protection sociale, épargne, monnaies… Si jamais le chef de l’Etat mettait en chantier ces trois promesses, ce serait vraiment le signe que le quinquennat entre dans une nouvelle phase. Donc ce n’est pas gagné. Mais le discours du 4 mars aura de toute façon servi la «cause» de l’industrie. Ce qui est déjà beaucoup. Tant pis si les mesures concrètes se révèlent décevantes pour tous ceux, à travers le pays, qui ont apporté leur pierre aux états généraux de l’industrie. Au-delà du «plan Sarkozy» (lire notre décryptage page 20 ), ce qui restera, c’est cette posture d’un Président défenseur des usines. Dans un entretien aux «Echos» paru lundi, Xavier Fontanet, le président d’Essilor, regrettait que «la France, contrairement à la plupart des pays, ne soit pas business friendly ». Après le discours de Nicolas Sarkozy, espérons qu’elle (re)deviendra bientôt industry friendly.

Laurent GUEZ

1 Commentaire

Un grand discours et des hyperpromesses

buzuc
10/03/2010 17h:35

Dommage que les pompiers se manifestent toujours quand l'incendie fait rage.
Donc, pour moi, l'adage "il n'est jamais trop tard pour bien faire" est inapplicable à la situation actuelle (et future) de notre industrie.

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