Un « Grand Défi » pour baisser le coût des biothérapies

Peu présente dans la production de biomédicaments, alors qu'elle excelle en R&D, la France a consacré un programme « Grand Défi » à ce secteur en plein développement. L'objectif est de travailler sur des verrous technologiques en matière de production, pour produire à plus bas coûts et rendre accessibles,

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Un « Grand Défi » pour baisser le coût des biothérapies

Il y a tout juste un an, le Zolgensma de Novartis faisait les gros titres dans la presse. À deux millions d'euros l'injection, ce médicament, indiqué pour les enfants souffrant d'amyotrophie spinale, devenait le traitement le plus cher du monde et créait la polémique autour de la sélection des jeunes patients qui pourraient en bénéficier. Si tous les traitements à base de biothérapies ne sont pas aussi onéreux, de nombreux pays, dont la France, placent au coeur de leurs priorités la nécessité de disposer de traitements à des coûts compétitifs, afin de préserver leurs systèmes de santé. Ceci est d'autant plus urgent que la part des biomédicaments ne cesse de croître, représentant déjà 30 % d'un marché mondial pharmaceutique évalué à 1 100 milliards de dollars.

C'est dans ce contexte que le gouvernement français a choisi de consacrer un « Grand Défi » à la problématique de la production de biomédicaments. Placé sous la responsabilité d'Emmanuel Dequier, depuis janvier 2020, ce programme consacrera 30 millions d'euros sur une durée de trois ans, à l'amélioration des rendements et à la maîtrise des coûts de production de biomédicaments, dans le but de permettre la structuration d'une filière industrielle en France, en s'appuyant sur des laboratoires pharmaceutiques ou des CDMO existants. « L'un des premiers objectifs est de diminuer les coûts de production des biothérapies en augmentant les rendements d'un facteur 100 à 1000, par le biais de l'amélioration des technologies de production », commente le responsable du programme. « Le 2e enjeu est de structurer une filière pour la rendre attractive et d'attirer des investissements français et étrangers », ajoute-t-il. La France dispose d'un pipeline de biothérapies très étoffé, notamment dans les domaines de la thérapie cellulaire, de la thérapie génique et des anticorps, avec des chercheurs de renommée mondiale. Mais Emmanuel Dequier constate que « notre écosystème a des trous » dans son dispositif. Il manque d'acteurs de production pour des tiers. De ce fait, lorsque des chercheurs ont besoin de l'aide d'industriels pour la production de lots cliniques et jusqu'à des lots commerciaux, ils doivent en général se tourner vers des structures étrangères.

DR

Labellisation des intégrateurs industriels

Fort de son budget de 30 millions d'euros, ce « Grand Défi » est un programme de recherche, de développement et d'innovation (RDI), avec pour objectif de dérisquer des technologies en rupture, utiles à la production (nouveaux systèmes d'expression cellulaire et a-cellulaire, contrôle en ligne, nouveaux équipements...). Des aides à l'industrialisation pourront ensuite être proposées par d'autres programmes pilotés notamment par le Conseil stratégique de filière des Industries et technologies de santé (CSF ITS), tels que le fonds d'investissement Innobio2 d'un montant initial de 135 millions d'euros abondé par les deux principaux souscripteurs Bpifrance et Sanofi. Ceux-ci seront accompagnés par Boehringer Ingelheim, Ipsen, Servier, et Takeda.

Dans le cadre de ce Grand Défi, l'une des premières actions portées par Emmanuel Dequier a été la labellisation de six intégrateurs industriels répartis sur l'ensemble du territoire, au cours de l'été 2020. En premier lieu, cette action a permis de mettre en lumière des écosystèmes locaux existants, réunissant des plateformes technologiques et des laboratoires académiques, actifs dans des domaines divers (thérapies génique et cellulaire, vecteurs viraux, protéines et anticorps...), afin de leur donner une visibilité nationale et même internationale, pour attirer des start-up et des grands groupes internationaux dans leur environnement. À titre d'exemple, la plateforme toulousaine TWB a communiqué, en juillet 2020, sur sa labellisation en tant qu'intégrateur industriel, sous le nom de la plateforme TIBH (Toulouse Industrial Biotechnology for Health), en collaboration avec le CRITT Bio-Industries (INSA Toulouse) et TBI (INSA/INRAE/CNRS)

Puis, c'est autour de ces intégrateurs que vont être bâtis des projets de développement de technologies pour la production de biomédicaments. Pour cela, un appel à « pré-projets » a été lancé en août 2020 et s'est clôturé en novembre 2020. Portés par des consortia, ces pré-projets comportent au moins un intégrateur qui apporte aux porteurs de projets des compétences et des équipements de bioproduction standard pour accélérer la réalisation de ces projets. Ces intégrateurs seront aussi des lieux de rencontre entre les industriels demandeurs de nouvelles technologies et les sociétés innovantes et laboratoires académiques qui proposent des offres technologiques innovantes.

À ce jour, Emmanuel Dequier souligne qu'il a reçu une vingtaine de dossiers de pré-projets. Ils portent sur tous les niveaux de TRL et couvrent un large panel d'approches thérapeutiques et un nombre important d'acteurs. « Cela témoigne du bon dynamisme des écosystèmes. Des entrepreneurs ont envie de développer des projets qui répondent à des enjeux de société et ils souhaitent bénéficier d'un coup d'accélérateur pour se positionner le plus tôt possible sur le marché », résume Emmanuel Dequier. Les dossiers les plus pertinents vont maintenant faire l'objet d'un montage de projet, avec la rédaction d'un dossier complet. À ce stade, Emmanuel Dequier lance un appel : « Les consortia vont avoir besoin de compétences en sciences de l'ingénieur, par exemple en modélisation informatique, deep learning, ou en ingénierie. Nous souhaitons faire venir des acteurs qui ont moins l'habitude de travailler dans le secteur de la santé car nous devons aller vers des technologies interdisciplinaires », explique le responsable du programme. Pour finir, les projets sélectionnés bénéficieront d'un financement sous forme de subvention. Les solutions technologiques innovantes qui découleront de ce programme verront le jour dans un horizon de trois à cinq ans.

LES TROIS AXES D'INNOVATION DU « GRAND DÉFI » BIOMÉDICAMENTS

1) contrôle en ligne : développement d'équipements pour le contrôle en temps réel des cultures sur les lignes de production dans le but d'améliorer les rendements de production.

2) usine modulaire : développement de nouveaux équipements de production et automatisation des procédés pour disposer de lignes plus flexibles capables de traiter avec efficacité de très petits volumes pour une médecine personnalisée au lit du patient.

3) systèmes d'expression : développement de micro-organismes alternatifs pour abaisser les coûts de production.

 

QUATRE « GRANDS DÉFIS » POUR SOUTENIR DES SECTEURS STRATÉGIQUES
  1. Santé : améliorer les diagnostics médicaux à l'aide de l'intelligence artificielle
  2. Sécuriser, certifier et fiabiliser les systèmes fondés sur l'intelligence artificielle
  3. Cybersécurité : rendre nos systèmes durablement résilients aux cyberattaques
  4. Biomédicaments : améliorer les rendements et maîtriser les coûts de production

Chaque année, 120 M€ du Fonds pour l'innovation et l'industrie (FII) sont consacrés au financement de défis technologiques à forts impacts social et économique dans plusieurs domaines considérés comme stratégiques. Actuellement au nombre de quatre, ces « Grands Défis » doivent permettre de créer de nouveaux marchés, où la France pourrait prendre une position de leader, et d'y accompagner la croissance d'un écosystème de laboratoires, start-up, PME et grands groupes. Choisis par le Conseil de l'innovation, en s'appuyant sur la consultation la plus large et l'expérience des personnalités qualifiées, ces « Grands Défis » ont plusieurs impératifs : ils doivent s'attaquer à des verrous technologiques et des champs peu explorés jusqu'ici ; ils doivent répondre aux attentes des concitoyens en termes de santé, de sécurité, de mobilité et de développement durable ; ils doivent être conçus dans une optique de mise sur le marché d'un produit ou service innovant ; enfin, ils doivent s'appuyer sur l'existence d'un vivier d'excellence d'entreprises et de laboratoires français. Ces « Grands Défis » sont supervisés par des responsables de programme, rattachés au Secrétariat général pour l'investissement.

 

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