Un fonds d'investissement et une couverture de changes pour les PME de l'aéronautique

Pour soutenir la filière aéronautique, le gouvernement met en place un fonds d'investissement de 75 M€ pour les PME et un mécanisme de couverture de changes de 2,5 Mds€ dédié aux équipementiers.

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Un fonds d'investissement et une couverture de changes pour les PME de l'aéronautique
Les secrétaires d'Etat à l'Industrie et à la Consommation, Luc Chatel, et aux Transports, Dominique Bussereau, ont annoncé aujourd'hui, à l'issue d'une visite de l'usine d'assemblage de l'A380 à Toulouse-Blagnac, la création d'un fonds d'investissement doté de 75 millions d'euros et d'un dispositif de couverture de changes de 2,5 milliards d'euros, afin de structurer et accompagner la filière aéronautique.

Ces mesures sont destinées à « aider une industrie aéronautique qui est primordiale pour notre pays, puisqu'elle représente 200 000 emplois, 35 milliards de chiffre d'affaires et 14 milliards de notre balance commerciale », a insisté Luc Chatel. Et d'ajouter « pour répondre aux enjeux, les constructeurs doivent s'organiser, s'adapter aux mutations nécessaires et travailler plus en amont avec des sous-traitants qui doivent avoir les reins plus solides et que nous aidons à s'organiser, à se regrouper ».

Un fonds d'investissement de 75 M€ destiné aux PME...

Baptisé Aerofund II et dédié aux PME de l'aéronautique civil, le fond d'investissement s'inscrit dans la mise en œuvre du plan de soutien à la filière annoncé par François Fillon en octobre 2007. Il sera abondé à hauteur de 30 millions d'euros par la Caisse des Dépôts, 30 millions également par Airbus et 15 millions par Safran. Une seconde levée de fonds devrait prochainement lui faire atteindre 100 millions d'euros.

Poursuivant des objectifs industriels, Aerofund II visera à accompagner les évolutions à long terme du secteur. « Il contribuera activement à l'émergence en France d'acteurs de premier plan, capables de prendre des responsabilités industrielles accrues et de faire face à des niveaux d'investissement et de risque plus élevés, comme le souhaitent les grandes entreprises qui passent des commandes à leurs fournisseurs et leurs sous-traitants. »

... et un dispositif de couverture de changes de 2,5Mds€ dédié aux équipementiers

Opérationnel à partir du 15 août, le dispositif de couverture de changes est, lui, destiné aux équipementiers aéronautiques pour les aider à faire face à la faiblesse du dollar, monnaie dans laquelle la grande majorité de leurs contrats sont passés. Le mécanisme de garantie remboursera la différence de parité euro-dollar intervenue entre la signature et le paiement d'un contrat. Elaboré en collaboration avec le Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales), il permettra aux équipementiers de se couvrir sur l'ensemble des contrats-cadres pour les cinq années à venir. Il sera doté de 2,5 milliards d'euros, dont les deux tiers pourront bénéficier des facilités de préfinancement. « Conscient des difficultés que traversent actuellement les industriels du secteur, le gouvernement a également mis en place un dispositif leur permettant d'étaler le paiement de la prime de souscription. »

Luc Chatel et Dominique Bussereau étaient accompagnés du président d'Airbus, Tom Enders, du président exécutif d'EADS, Louis Gallois, et du P-DG de Safran, Jean-Paul Herteman. Tous trois ont souligné les trois défis majeurs de l'aéronautique : la faiblesse du dollar, la flambée du prix du carburant et les impératifs environnementaux. Jean-Paul Herteman a qualifié les mesures annoncées « d'atout différenciant, voire irremplaçable ». Tom Enders a déclaré qu'Airbus avait besoin de tous les sous-traitants, jusqu'au plus petit d'entre eux. Enfin, Louis Gallois a rappelé que son groupe prévoyait de se développer en zone dollar, mais « pas au détriment de nos sous-traitants en zone euro, puisque ce développement concernera notre augmentation de charges. »

Matthieu Maury



« Aerofund II ne répond pas aux problèmes posés à la filière »

Martin Malvy, président socialiste de la Région Midi-Pyrénées, Pierre Izard, président PS du Conseil Général de la Haute-Garonne, et Pierre Cohen, député-maire socialiste de Toulouse, réagissent à l'initiative du gouvernement :

« Depuis plusieurs mois, nous réclamons la mise en place d'une structure permanente d'observation des situations industrielles et d'orientation des politiques à mettre en œuvre pour conforter les entreprises et l'emploi aéronautique.

Nous nous sommes adressés au Premier ministre puis au Président de la République. Les succès commerciaux remportés par Airbus et dont nous nous félicitons ne doivent en effet pas dissimuler la réalité dans un contexte particulièrement défavorable en termes de rapport des changes. Le risque auquel beaucoup pensent nous amènerait à dresser le constat, dans les mois qui viennent, d'un secteur aéronautique bien portant - pour ce qui est de la vente des avions - mais malade en terme d'activité et donc d'emploi sur le territoire national pour cause de délocalisations vers les pays à bas coût ou hors zone euro.

Le Premier Ministre, en nous annonçant la venue aujourd'hui à Toulouse de Messieurs Bussereau, Chatel et Gallois pour signer le protocole national Aerofund II ne répond pas à notre demande.

La Région participait financièrement à Aerofund I, elle le fera très certainement avec les autres régions aéronautiques pour ce nouveau fonds d'investissement dont nous nous étions entretenus avec M. Gallois le 1er avril 2008 au siège d'EADS à Paris.

Il n'y a donc là rien de nouveau, si ce n'est la confirmation d'un projet annoncé depuis des mois.

Par contre, outre le fait qu'il sera insuffisant dans son montant comme l'a montré l'impossibilité de la recapitalisation de Latécoère à hauteur de ce qui était nécessaire, il ne constitue pas une réponse aux problèmes posés à la filière et notamment aux PME dont le Premier ministre reconnaît lui-même qu'elles n'ont que peu sollicité le fonds créé par son prédécesseur.

Or, c'est précisément sur la base de ce constat que nous réclamons l'ouverture d'un vrai dialogue industriel auquel, pour des raisons qui nous échappent, le gouvernement se refuse.»

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