Un conflit après l'autre, les marchés au gré de l'agenda Trump

par Marc Angrand
Partager
Un conflit après l'autre, les marchés au gré de l'agenda Trump
Ballottés pendant une semaine au gré des sautes d'humeur et des changements de ton de Donald Trump sur le commerce international et le conflit syrien, les marchés financiers pourraient revenir aux fondamentaux au cours des prochains jours à la faveur de la montée en rythme des publications de résultats et d'importants rendez-vous économiques. /Photo prise le 12 avril 2018/REUTERS/Lucas Jackson

PARIS (Reuters) - Ballottés pendant une semaine au gré des sautes d'humeur et des changements de ton de Donald Trump sur le commerce international et le conflit syrien, les marchés financiers pourraient revenir aux fondamentaux au cours des prochains jours à la faveur de la montée en rythme des publications de résultats et d'importants rendez-vous économiques.

Le bilan de la semaine qui s'achève est positif pour les marchés actions, avec un gain hebdomadaire de près de 1% pour le Nikkei à Tokyo, de 1,5% pour l'indice européen Stoxx 600 et de plus de 2% pour le Standard & Poor's 500 à Wall Street, en dépit de fortes variations au fil des jours et parfois au cours d'une même séance.

Les journées de mercredi et jeudi ont en effet été dominées par le retour inattendu du risque géopolitique après l'attaque chimique présumée du 7 avril à Douma, en Syrie, attribuée au régime de Bachar al Assad, qui a conduit les pays occidentaux à entamer les préparatifs de frappes militaires contre l'armée syrienne.

Il a suffi d'un tweet à Donald Trump mercredi pour faire monter la tension en prévenant directement la Russie, alliée n°1 de Damas, que "les missiles arrivent". Conséquence logique: un repli sur les valeurs refuges, des emprunts d'Etat à l'or en passant par le yen, et une baisse des marchés actions.

Le lendemain, toujours sur Twitter, le président américain relativisait l'imminence des frappes, ravivant l'appétit pour le risque; les rendements des Treasuries repartaient à la hausse et Wall Street suivait tandis que le yen reculait.

Moins spectaculaire mais loin d'être négligeable, la crise diplomatico-commerciale entre Etats-Unis et Russie après les sanctions de Washington contre des oligarques et des groupes russes a fait chuter l'indice RTS de la Bourse de Moscou de plus de 13% en trois séances et fait perdre au rouble près de 7,5% de sa valeur face au dollar.

Ces tensions se sont ajoutées aux craintes persistantes entourant une éventuelle guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis. De quoi alimenter des poussées de volatilité plutôt bien accueillies par certains investisseurs.

"Dans la période actuelle, il faut être prêt à tout moment à ajuster ses positions. Nous restons 'long risque' mais plus actifs", explique ainsi Charles St-Arnaud, stratège senior chez Lombard Odier IM.

L'ACCÉLÉRATION DE L'INFLATION SE FAIT ATTENDRE

"Les secteurs qui sont un peu moins liés à la demande mondiale et aux exportations risquent de faire mieux dans le contexte actuel que ceux qui sont très exportateurs. On le voit dans la surperformance récente du CAC 40 par rapport au Dax: les entreprises du CAC sont beaucoup plus liées à la demande domestique, donc moins soumises aux incertitudes venant du potentiel de guerre commerciale alors qu'en Allemagne, il y a une très forte proportion d'exportateurs que les incertitudes liées au commerce mondial affectent beaucoup plus."

Le commerce international et les changes devraient figurer en bonne place dans l'ordre du jour des réunions de printemps du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale puis lors de la réunion des ministres des Finances du G20 à Washington.

Le FMI profitera de l'occasion pour présenter, mardi, ses prévisions économiques actualisées, qui pourraient donner à l'institution une nouvelle occasion de mettre en garde contre les risques conjoncturels liés aux barrières commerciales.

Le scénario de fond d'une croissance mondiale proche de 4% cette année ne devrait pas pour autant être remis en cause, mais le débat sur le protectionnisme nourrit les interrogations pour la suite.

"En somme, on en a terminé avec la séquence de révision haussière qui avait débuté au printemps 2016, contribuant pendant plus de dix-huit mois au retour de l'appétit pour le

risque", explique Bruno Cavalier, chef économiste d'Oddo BHF. "Se pose alors la question de savoir ce qu'il y a derrière ce pic: un plateau, une décrue en pente douce ou une falaise ?"

"La configuration la moins probable est, selon nous, la dernière, ajoute-t-il. Les trois grands pôles de l'économie mondiale ont en effet les moyens de maintenir de bons rythmes de croissance."

En Chine, où seront publiés mardi les chiffres du produit intérieur brut (PIB) du premier trimestre, la croissance devrait ainsi être restée stable à 6,8% sur un an selon le consensus Reuters.

Aux Etats-Unis, le Livre beige de la Réserve fédérale, mercredi, à deux semaines de la réunion du FOMC, permettra de faire le point sur l'évolution de l'inflation, dont l'accélération, susceptible d'accélérer la remontée des taux, se fait toujours attendre.

"Les investisseurs sont très impatients mais il faut être patient", assure Charles St-Arnaud de Lombard Odier IM. "On devrait observer une accélération de l'inflation en milieu d'année, avec la dépréciation du dollar et l'augmentation des coûts des matières premières."

LES RÉSULTATS EN SOUTIEN

Au milieu des turbulences déclenchées par les bruits de botte au Moyen-Orient et le bras de fer commercial entre Pékin et Washington, les marchés actions, à commencer par Wall Street, pourraient bien trouver un oasis de stabilité dans les publications de résultats, qui vont monter en cadence.

Les bénéfices du Standard & Poor's 500 devraient avoir bondi de 18,4% sur les trois premiers mois de l'année par rapport au premier trimestre 2017 selon le consensus Thomson Reuters I/B/E/S. Une hausse plus de deux fois supérieure à celle attendue pour le Stoxx 600 européen.

Pour Mirabaud Securities, "les actions américaines devraient continuer de surperformer leurs homologues européennes pour trois raisons: la croissance des bénéfices devrait rester supérieure aux États-Unis, (...) la faiblesse persistante du dollar contre l'euro, qui pèse sur les actions européennes et une surperformance non démentie du secteur technologique, dont le poids dans l'indice américain est prépondérant".

A l'agenda des prochains jours figurent entre autres les publications de Bank of America, Goldman Sachs, Morgan Stanley et General Electric.

En Europe, les résultats d'ASML et d'Ericsson et les chiffres d'affaires de Publicis et Schneider Electric entre autres côté français permettront notamment de mesurer l'impact des changes, déjà sensible dans les chiffres publiés jeudi par L'Oréal.

(Edité par Blandine Hénault)

Sujets associés

NEWSLETTER La Quotidienne

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

Tous les événements

LES PODCASTS

A Grasse, un parfum de renouveau

A Grasse, un parfum de renouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Anne Sophie Bellaiche nous dévoile les coulisses de son reportage dans le berceau français du parfum : Grasse. Elle nous fait découvrir un écosystème résilient, composé essentiellement...

Écouter cet épisode

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe.

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos sociétés.

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu ses installations.

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Recherche le contact d'un décideur ou d'une entreprise industrielle

L'OREAL

L'OREAL

+ 77 000 Décideurs

Tout voir
Proposé par

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

ORANO

Ingénieur d'études vidéo procédé et réseaux industriels F/H

ORANO - 19/01/2023 - CDI - La Hague

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

Accédez à tous les appels d’offres et détectez vos opportunités d’affaires

976 - DEAL DE MAYOTTE

Le transport des personnels de la DEAL de Mayotte.

DATE DE REPONSE 22/02/2023

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS