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[Un centenaire en cinq dates] 1996, Boeing réalise la fusion du siècle avec McDonnell Douglas

Pierre Monnier , , , ,

Publié le

Pour célébrerle siècle de l'avionneur Boeing, toute la semaine redécouvrez l’histoire de ce géant de l'aéronautique. De ses débuts à Seattle jusqu’à aujourd'hui, retour sur l’aventure de Boeing à travers cinq dates marquantes. Quatrième épisode : Boeing acquiert son concurrent américain McDonnell Douglas, en 1996.

[Un centenaire en cinq dates] 1996, Boeing réalise la fusion du siècle avec McDonnell Douglas
Les très semblables 767 (à gauche) et 757 (à droite) permettaient aux pilotes et mécaniciens de passer d'un appareil à l'autre.
© Copyright © Boeing. All Rights Reserved.

Cette concurrence n’était pas vraiment prise au sérieux. A la traîne depuis des années, l’aéronautique européenne développe des appareils innovants mais n’est pas à même de faire de l’ombre aux Etats-Unis. Même lorsqu’en décembre 1970, les gouvernements français, allemand et britannique créent Airbus Industrie, les américains ne perçoivent pas la menace à venir. Pourtant, la nouvelle entreprise pan-européenne va devenir le principal concurrent de Boeing et lui offrir l’occasion de réaliser la fusion du siècle.

Un concurrent dans chaque secteur

Dans les années 1980, l’avionneur américain est choisi par l’US Air Force pour concevoir le système ALCM, un missile doté d’une précision remarquable avec une portée de plus de 2 500 km d’une cible. Mais au même moment, McDonell Douglas, le concurrent de Boeing dans le domaine militaire, reprend des couleurs. En 1983, Mc Donnell Douglas présente le F/A Hornet qui entre en fonction dans les US Marine Corps et la Navy. L’avion de chasse est le premier à pouvoir remplir plusieurs types de mission simultanément. L’année suivante, le constructeur rachète Hugues Helicopters juste après la création de l’Apache AH-64. En 1986, le F-15E Strike Eagle entre en piste. L’avion, dérivé du F-15, dispose d’un rayon d’action et d’armement inégalés, à tel point qu’il est considéré comme le pilier de l’US Air Force encore aujourd’hui.

Malgré une très bonne maîtrise du domaine défense, McDonnell Douglas tentera de refaire son retard dans l’aviation civile avec le lancement en 1980 du MD-80. Le monocouloir sera produit à termes dans six versions pour un total de 1 100 exemplaires. Pourtant, les revenus de l’entreprise viennent très majoritairement des activités militaires. L’exact inverse de Boeing, qui engrange 90% de son chiffre d’affaire du civil.

Au début des années 1990, Boeing se lance dans le développement du 777. L’objectif est de créer le plus large et le plus spacieux avion de ligne de sa catégorie, avec une capacité de plus de 300 passagers et un rayon d’action de 16 650 km. Mais penché sur son projet, l’avionneur américain ne tient pas compte de l’ampleur que prend Airbus. Le consortium européen vient de lancer son A320, destiné à ses débuts à des pays délaissés par les américains. Avec des ventes en Asie, en Afrique et dans le Golfe persique, "Airbus a pu rattraper rapidement son retard", explique William Kovacic, l’ancien président du conseil d’administration de l’US Federal Trade Commission.

Le premier constructeur aérospatial

L’avionneur européen présente un avantage certain sur ses concurrents : ses subventions, versées par les gouvernements d’Europe. Cette aide financière sera d’ailleurs un point clé face à la concurrence américaine. "Pris en sandwich entre un constructeur européen subventionné, et Boeing, beaucoup plus grand et plus efficace", c’est McDonnell Douglas qui en fera les frais, explique Loren Thompson, consultant en aviation. "Il n’est tout simplement pas en mesure de générer les ressources nécessaires pour rivaliser avec ces deux mastodontes sur tous les marchés."

Avec ses parts de marché grandissantes, Airbus assiste à une série de cessions, d’acquisitions et de regroupements. En 1995, Lockheed Corporation, retiré de l’aviation civile depuis 10 ans, n’a d’autre choix que de fusionner avec Martin Marietta Corporation pour donner naissance à Lockheed Martin. L’année suivante, Boeing acquiert les divisions spatiales et défense de Rockwell International. Le reste de l’entreprise devient une filiale de l’avionneur américain avant d’être entièrement intégré.

Mais une plus grande surprise se produit en le 15 décembre 1996. Une transaction de 13,3 milliards de dollars, la plus importante du monde aéronautique, voit Boeing avaler McDonnell Douglas. Pourtant deuxième plus gros fournisseurs des Etats-Unis sur le marché militaire, l’entreprise ne tenait plus face aux concurrents. Grâce à cette "vente du siècle", comme la qualifiera le magazine Fortune, Boeing devient le seul constructeur d’appareil commerciaux des Etats-Unis et la première entreprise aérospatiale du monde.

Pierre Monnier

Cette série est réalisée avec l'aide de l'ouvrage écrit par Russ Banham,
Boeing : 100 ans, toujours plus haut, publié aux Editions Du Chêne / EPA.

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