Economie

"Un accord sur le dialogue social sans la CGPME et l’UPA n’aurait pas beaucoup de légitimité", pour Bernard Vivier

Cécile Maillard , , ,

Publié le

Entretien Le Medef ne voulait pas que la négociation déborde sur janvier, il a finalement reporté les journées de discussions prévues jeudi 18 et vendredi 19 décembre, aux 15 et 16 janvier. Une réunion interne des instances du Medef, lundi 15, a clairement montré une impasse. Depuis le début de cette négociation, CGPME, Medef et UPA (artisans) ne parviennent pas à s’entendre sur des positions communes, et les discussions avec les syndicats portent sur un projet de texte rédigé par le seul Medef, lui-même divisé. Les petites entreprises ne veulent pas entendre parler d’une représentation des salariés des TPE, inexistante aujourd’hui, que les syndicats veulent instaurer hors de l’entreprise, au niveau territorial. Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail, analyse les fractures qui divisent le monde patronal.

Un accord sur le dialogue social sans la CGPME et l’UPA n’aurait pas beaucoup de légitimité, pour Bernard Vivier © Copie d'écran YouTube

L’Usine Nouvelle - Est-ce habituel, de constater des positions aussi divergentes entre organisations patronales ?

Bernard Vivier - C’est déjà arrivé, bien sûr. Mais l’incompréhension entre la CGPME et le Medef a beaucoup grandi du temps de Laurence Parisot. Avant, quand l’UIMM (fédération de la métallurgie) jouait un rôle de tampon entre les deux organisations, tout allait bien. Mais avec l’affaire de l’UIMM, la CGPME s’est retrouvée confrontée en direct au Medef. Et dès que Laurence Parisot a proposé une fusion de son organisation avec la CGPME, sans même avoir passé un coup de fil à son président Jean-François Roubaud, les relations sont devenues beaucoup plus chaotiques.

Et ça ne s’est pas arrangé avec l’arrivée de Pierre Gattaz ?

La première année, Pierre Gattaz a cicatrisé les relations avec la CGPME. Mais les relations se tendent à nouveau depuis la négociation sur la formation professionnelle, qu’a rejetée la CGPME. Le problème n’est pas qu’une question de personnes, mais de logique de représentation patronale : pour la CGPME, il faut une organisation représentant spécifiquement les intérêts des petites et moyennes entreprises, parce qu’ils sont différents de ceux des grandes. Or la politique générale du Medef est plus faite pour les grands groupes, même si, en son sein, la fédération du bâtiment et le Syntec représentent la voix des petites entreprises. La réforme de la formation professionnelle a été élaborée par les grandes entreprises, soulevant une incompréhension réelle de la CGPME. Elle a eu peur, aussi, de la réforme des circuits de financement de la formation professionnelle, qui va lui retirer des sources d’argent. Mais contrairement à ce que dit le Medef, ce n’est pas pour cette unique raison que la CGPME a refusé la réforme de la formation professionnelle. Les deux organisations ont des lectures différentes du rôle patronal, qui s’exprime parfois par l’affrontement.

Sur quoi coincent surtout les négociations ?

Les organisations syndicales souhaitent que tous les salariés, quelle que soit la taille de leur entreprise, soient représentés, y compris hors de l’entreprise, dans des structures territoriales. La CGT a même fait des propositions précises et cohérentes allant dans ce sens. La CGPME ne veut pas en entendre parler, alors que l’UPA, qui a mis en place un tel système, pousse à son adoption par toutes les entreprises. Cette position permet à l’UPA d’exister, de s’affirmer, et elle ne s’en prive pas.

Côté patronal, le souhait est avant tout de négocier avec des partenaires sociaux élus, plutôt qu’avec des salariés nommés par leurs syndicats, les délégués syndicaux. Plusieurs propositions allaient dans le sens de ce glissement subtil, mais les syndicats ont repéré la plupart de ces bombes à retardement pour eux ! un troisième point pose moins de problème qu’on ne le dit : la simplification des multiples négociations obligatoires au sein des entreprises et la réunion de certaines des instances représentatives du personnel y participant. Les syndicats n’ont pas toujours les moyens de fournir tous ces représentants, de participer à toutes ces réunions, et tous se sont montrés prêts à une diminution des obligations. Cela intéresse les entreprises représentées au Medef…

Les syndicats peuvent-ils signer un accord avec le seul Medef ?

Un accord sans l’UPA ni la CGPME n’aurait pas beaucoup de sens, de portée, de légitimité. Le Medef essaie de faire peur en brandissant la menace d’un législateur qui, en cas d’échec de la négociation, serait beaucoup plus sévère avec les entreprises. A l’inverse, la CGPME parie sur un législateur qui n’osera pas aller contre les intérêts défendus par les patrons des PME.

Les organisations patronales sont-elles convaincues de l’intérêt du dialogue social ?

A part l’UIMM, qui reste en avance sur cette question, la réponse est non. Pierre Gattaz s’est fait élire à la tête du Medef sur le slogan d’un "patronat de combat", et il a durci le ton. Les patrons sont irrités, et le dialogue social n’est pas vécu comme un moyen utile de donner de la performance à l’entreprise, mais plutôt comme un stock d’ennuis et de contraintes. Il n’y a pas une grande profondeur de la doctrine sociale du Medef…

Cécile Maillard

 

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