"Un accord avec le Mercosur sur la viande bovine serait dramatique pour la France", explique Dominique Langlois

Dominique Langlois, le président de l’interprofession bovine, Interbev, condamne les négociations bilatérales en cours entre l’Union européenne et le Mercosur. Elles porteraient sur l’importation de 80 000 tonnes de viande bovine, exemptées de droits de douanes et ne répondant pas aux critères sanitaires européens.

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Dominique Langlois, président d'Interbev

L'Usine Nouvelle : Vous avez envoyé le 13 avril une lettre ouverte au président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, concernant un projet d’accord bilatéral avec le Mercosur. Pourquoi ?

Dominique Langlois : Nous avons découvert il y a peu de temps que la Commission européenne avait entamé des négociations avec les pays du Mercosur pour importer, sans droits de douane, un contingent de viande bovine. Il s’agirait de 80 000 tonnes principalement du Brésil. Nous dénonçons les agissements de la Commission européenne.

Non seulement, il y a un manque total de transparence, mais cet accord viendrait mettre à mal la filière bovine française et européenne déjà en difficulté. Cela est d’autant plus inquiétant quand on sait que les normes d’hygiène, de bien-être, d’alimentation animale et les conditions sociales, sont très éloignées de celles en vigueur en Europe. Il s’agirait pour nous d’une concurrence déloyale majeure.

L’Europe ne peut pas imposer des règles drastiques à ses éleveurs et importer des viandes qui ne répondent pas à ses critères. Nous demandons à Jean-Claude Juncker d’exclure la viande bovine de cet accord, en tant que produit dit "sensible", comme l’avait formulé le président François Hollande, il y a deux ans.

Cet accord en cours de négociations avec le Mercosur fait suite à celui, également en cours, avec les Etats-Unis, le fameux traité transatlantique de libre-échange, dit "Tafta" ou "TTIP". Où en est-il ?

Dominique Langlois : Nous sommes en lien avec Matthias Fekl, le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, qui nous tient au courant sur le sujet. C’est là aussi très inquiétant. L’accord porte sur un contingent de 300 000 tonnes sans droit de douane. Ce serait surtout des morceaux nobles, filets, faux-filets, entrecôtes...

Cela ferait suite à l’accord de libre-échange avec le Canada, signé en septembre 2014, qui prévoit l’importation de 64 500 tonnes de viande bovine en Europe. L’accord avec les Etats-Unis aurait des conséquences très graves pour la filière européenne. On estime que les cours payés aux éleveurs pourraient chuter de 30 à 40 %.

La France produit 1,4 million de tonnes de viande bovine et l’Europe des 28,5 millions. Notre espoir est que les prochaines élections américaines gèlent le processus de négociations. Mais cela peut aussi aller très vite.

Les abattoirs français ont été sous le feu des projecteurs récemment, avec les polémiques liées à la maltraitance envers des animaux. Que pensez-vous des mesures qui ont été prises par le gouvernement depuis ?

Nous avons condamné sans réserve les pratiques qui ont été mises à jour. Elles ne suivent pas du tout notre guide de bonnes pratiques pour la protection animale en abattoir de bovins, signé en 2014. Ce sont des outils minoritaires qui pénalisent toute notre filière. Les mesures annoncées par le gouvernement sont une bonne chose. Nous soutenons la généralisation de la mise en place de référent sur le bien-être dans tous les abattoirs, la création du statut de lanceur d’alerte et celle de délit pour ces maltraitances.

Nous ne pouvons guère aller plus loin aujourd’hui. Par ailleurs, dans notre démarche de transparence de la filière, nous relançons cette année nos rencontres Made In Viande du 21 au 25 mai, où plusieurs établissements ouvriront leurs portes.

Propos recueillis par Adrien Cahuzac

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