Ulcos, le dernier enfumage d’ArcelorMittal à Florange

Le groupe ArcelorMittal vient de se retirer du projet Ulcos. Il faut dire que les incertitudes autour de ce projet étaient nombreuses.

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Ulcos, le dernier enfumage d’ArcelorMittal à Florange

Jusqu’où ira le reniement de l’accord signé entre le gouvernement et ArcelorMittal ? En annonçant qu’il se retirait du projet de captage et de stockage de CO2 Ulcos, le sidérurgiste douche une nouvelle fois les espoirs des salariés du site de Florange (Moselle). Ce projet semblait être la dernière chance de maintenir en vie les deux hauts-fourneaux toujours en sommeil.

"Les installations de la phase liquide de Florange seront mises sous cocon dans l'état actuel […] avec la perspective de réalisation d'un démonstrateur industriel Ulcos sur un haut-fourneau", peut-on lire dans l’accord de deux pages dévoilé hier. Il n’aura pas fallu plus d’une semaine pour tirer un trait sur cet engagement.

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Dès le début de la semaine, ArcelorMittal annonçait qu’il allait couper le gaz des hauts-fourneaux dans le courant du printemps 2013. De quoi rendre problématique un éventuel redémarrage de la production d’acier. Avec l’annonce aujourd’hui du retrait du groupe de ce projet, il est difficile de voir en l’engagement initial du sidérurgiste autre chose qu’un mensonge éhonté.

Ce que réfute catégoriquement ArcelorMittal : "Le groupe rappelle sa volonté de poursuivre le projet de recherche et de validation technologique en s’appuyant notamment sur l’expertise et le savoir-faire de son centre de recherches de Maizières-lès-Metz, clame un communiqué du sidérurgiste. Cette phase de recherche constituera une nouvelle étape de développement indispensable dans une perspective future d’industrialisation de cette technologie innovante."

Pour comprendre les attentes des salariés vis-à-vis de ce projet, il faut revenir sur la nature d’Ulcos. Il s’articulait en deux volets visant au final à produire de l’acier moins cher et moins polluant. La sidérurgie est en effet l’une des activités industrielles les plus émettrices de gaz à effet de serre.

En amont, au niveau de la production d’acier brut, Ulcos prévoyait sur l’un des hauts-fourneaux une recirculation des gaz de gueulard (émis lors de la production de la fonte) afin de rendre le process de production plus efficace. En aval, il devait capturer le CO2 en sortie des cheminées, le transporter via un gazoduc pour enfin l’enfouir en sous-sol.

Un projet ultra-innovant, donc, qui aurait fait de Florange la tête de pont mondiale d’une nouvelle manière de produire de l’acier. De quoi pousser la compétitivité de l’acier mosellan : Ulcos permettrait en théorie une économie d’énergie globale d’environ 10 % et une réduction de la consommation de charbon à coke de l’ordre de 25 %.

Si le revirement d’ArcelorMittal est regrettable, il faut toutefois reconnaître que ce projet contenait en germe de très nombreuses incertitudes. Dans son rapport livré cet été à Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, Pascal Faure le résumait ainsi : "Ulcos est un projet innovant, mais l’avenir du site ne saurait dépendre uniquement de sa réalisation compte tenu des incertitudes inhérentes à sa mise en œuvre."

Alors que son coût global est estimé à environ 600 millions d’euros, le montage financier n’était pas mis au point. ArcelorMittal aurait-il vraiment investi 150 à 200 millions pour participer à sa réalisation ? Une autre interrogation majeure persiste sur la viabilité économique à long terme d’un tel projet, intimement lié au prix de la tonne de CO2. Aujourd’hui au plus bas, il n’est pas sûr qu’il remonte suffisamment dans les prochaines années…

La contestation sociale autour d’un tel projet n’est pas non plus à écarter. Alors que l’éventualité d’une exploitation du gaz de schiste a provoqué une levée de boucliers, comment savoir si les populations et communes concernées par Ulcos accepteraient sans mot dire l’enfouissement de CO dans leur sous-sol ?

Sur la question environnementale également, les effets d’Ulcos sont bien incertains. L’Ineris vient d’ailleurs de pointer du doigt le risque associé de pollution des nappes phréatiques par des métaux lourds… Autant de points qui, depuis plusieurs mois, jetaient un doute sur la faisabilité de ce projet. L’empressement du gouvernement à le mettre en avant comme seul moyen de relancer les hauts-fourneaux ne font qu’attiser le désarroi des salariés.

Olivier James

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