Trop de rapports tue la compétitivité !

Trente députés viennent de remettre un rapport sur les coûts de production en France. Ils ont audité pendant six mois de nombreux industriels et experts de l'industrie pour mieux comprendre le problème de compétitivité en France. A la fin, ils dressent le même diagnostic que tous les autres rapports produits sur le sujet depuis dix ans, à commencer par le rapport Gallois publié à l'automne dernier. Un rapport pour rien ?

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Trop de rapports tue la compétitivité !

Et ça missionne, et ça audite, et ça rapporte… Nos députés donnent parfois l’impression d’être comme les Shadoks. Ils pompent, ils pompent pour rien. Ou plus exactement ils ne travaillent que pour paraphraser ce que d’autres ont déjà diagnostiqué maintes fois avant eux. Ainsi en va-t-il de la mission d’information sur les coûts de production en France, dirigée par Daniel Goldberg, député de la Seine-Saint-Denis, qui vient de rendre les fruits de son travail. Que dit ce rapport ? Pêle-mêle : il nous apprend que la compétitivité de la France et de ses usines s’est dégradée ces dernières années (grande nouvelle !), que le positionnement de notre offre produit n’est pas assez haut de gamme, que notre outil de production est désuet, que les charges pesant sur le travail sont sans doute trop lourdes, et caetera, et caetera. Le summum est atteint dans ce texte quand les 30 parlementaires cosignataires affirment doctement qu´il n’y a d’autre issue possible pour sortir de cette crise que l’innovation… Et cela, en ne citant que sept fois le mot "numérique", pourtant une brique technologique essentielle aujourd’hui pour inventer des produits et des services dans toute industrie !

La compétitivité n'est pas une divinité

Ce rapport n’est pas mauvais en soi, mais il donne la désagréable impression du déjà-vu, de ne servir à rien, d’enfoncer des portes ouvertes sans proposer une nouvelle approche du problème "compétitivité". Ses auteurs citent d’ailleurs abondamment au fil des pages les autres textes produits sur le sujet par Jacques Attali, Christian Blanc ou, très récemment, Louis Gallois. Comme si ces élus s’étaient rendu compte au cours de leur mission qu’ils revenaient sur un chemin déjà maintes fois emprunté…

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Nos politiques doivent comprendre que la compétitivité n’est pas une divinité. Il ne suffit pas de l’invoquer à grands coups de rapports et de missions pour qu’elle survienne et étende son pouvoir magique sur l’ensemble de l’économie. Et si jamais elle en était une, elle exigerait de douloureux sacrifices (que nous n’avons pas encore fait) pour accorder sa protection. L’industrie n’a plus besoin de rapports mais d’actes. Le pacte de compétitivité, décrété dans la foulée du rapport Gallois, est une première résolution importante qu’il faut appliquer sans faillir. Mais il faudra aussi aller plus loin, plus fort et sans doute plus vite pour voir l’usine France se remettre à produire en masse. Pas la peine de missionner, d’auditer et de rapporter à nouveau. Pour redonner des marges de manœuvre à l’industrie, il faudra s’attaquer résolument au poids des taxes pesant sur le travail. Après tout, dans un pays qui compte 4,5 millions de personnes sans emploi, continuer à faire peser sur les salaires la majeure partie du mécanisme de solidarité nationale est une question qui mérite au moins d’être posée.

Thibaut De Jaegher

3 Commentaires

Trop de rapports tue la compétitivité !

Daniel Goldberg
23/04/2013 22h:54

Bien sûr, l’essence même de votre métier est l’analyse et la critique, et loin de moi l’idée de vous le reprocher. Bien sûr, vous pouvez penser que le travail parlementaire est inutile quand des experts, aux positions souvent divergentes, ont déjà donné leur verdict. Et bien sûr, vous me permettrez de ne pas être de votre avis. Ainsi, je souhaiterais de vous inciter à aller un plus avant dans les 300 pages que comporte mon rapport, dont je me permets de penser que vous n’avez pu faire qu’une lecture superficielle. En effet, sinon comment pourriez-vous affirmer que sont cités « abondamment » les noms de J. Attali et Ch. Blanc qui ne sont chacun présents qu’une seule fois et dans la seule introduction ? Vous auriez ainsi pu découvrir que nos préoccupations étaient d’envisager notre redressement par différents biais, de la volonté de voir l’Etat se donner les moyens de jouer un rôle de stratège et de facilitateur pour notre économie à la nécessaire redirection de la commande publique, des relations inter-entreprises aux perspectives de colocalisation dans nos relations avec l’Afrique, de la prise en compte du poids du cout du foncier dans notre déficit de compétitivité à la volonté de faire de la transition écologique de notre appareil productif une source de rebond économique. Je partage avec vous le fait que « la compétitivité n’est pas une divinité » : il ne faut donc pas lui servir la même offrande sans issue psalmodiée depuis des années. Dire par exemple aujourd’hui que la seule nouveauté d’approche consisterait à « s’attaquer résolument au poids des taxes qui pèsent sur le travail » me semble bien en-deçà par rapport à la désindustrialisation massive que nous connaissons. Tout en refusant cette exclusive, j’ai indiqué clairement que le prix du travail et notamment le niveau de cotisations sociales est bien entendu un sujet qui « mérite au moins d’être posé ». Et d’ailleurs il l’est ! (voir les pages 238 à 242 et l’orientation n°17 page 271). Si les Shadoks étaient bien connus pour pomper, les Gibis, se vivant intellectuellement supérieurs, habitaient eux une planète plate et déséquilibrée qui penche tantôt d’un côté ou de l’autre. Plutôt que toutes les fausses solutions, utilisons plutôt donc notre intelligence collective comme nous y incitait l’inimitable série de Jacques Rouxel ! A votre disposition pour poursuivre cet échange. Daniel Goldberg

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Thibaut De Jaegher
24/04/2013 11h:00

Je comprends que mon éditorial ne vous plaise pas mais j'observe l'industrie depuis des années et je vois les rapports s'accumulaient en dressant à chaque fois le même diagnostic et en proposant souvent les mêmes solutions... Sans que celles-ci soient appliquées. J'ai lu votre rapport (j'y ai même passé une partie de mon samedi pour tout vous dire), je persiste et signe, il n'apporte rien de neuf sur la question de l'industrie, de sa compétitivité et de ses handicaps. Ce que je vois en revanche, c'est que l'on s'intéresse assez peu au traitement micro-économique de ces problèmes, à la manière dont des entreprises, ou des groupements d'entreprise les règlent à leur niveau, avec leurs moyens modestes. Il y a en France des zones qui font mieux que résister aux crises en prenant en main leur destin. C'est sans doute chez eux qu'il faut aller chercher les vrais leviers du redressement productif. Je suis prêt à poursuivre avec vous ce dialogue et à faire avancer ainsi la cause de l'industrie !

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marc le breton de nantes
01/05/2013 16h:14

Tout à fait d'accord avec vous pour que le coût du social en France ne repose pas uniquement sur le coût du travail. Pourquoi n'envisageons nous pas de le financer même partiellement par une taxe sur les produits d'importation des pays à bas coût ?

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