Trois questions à..., P-DG de Labinal

Partager

Trois questions à...

, P-DG de Labinal





La hausse de la taxe professionnelle prévue dans le projet de budget 1995 vous inquiète-t-elle?

Cette mesure me surprend beaucoup. On parie énormément sur la croissance, or tous les experts le disent: la taxe professionnelle est pénalisante pour l'investissement et l'embauche. Le citoyen que je suis déplore cette mesure. Le président de Labinal, lui, a les moyens de s'adapter puisque nous sommes implantés à l'étranger. Depuis trente ans dans ce pays, la politique de l'emploi, c'est le tonneau des Danaïdes. On se préoccupe d'essayer de créer des emplois. On ne se préoccupe pas des emplois qui peuvent disparaître.

Le gouvernement a cependant tenu à épargner une catégorie d'entreprises souvent fragiles, les PMI?

Cela ne résout rien. D'abord, ce sont les grandes entreprises qui sont les mieux placées pour arbitrer entre développer une usine française et investir dans une implantation à l'étranger. Ensuite, on se heurte là à un postulat en vigueur dans ce pays, qui dit que la grande industrie ne créera plus d'emplois et qu'il n'y a que les PME et les services qui en créeront. C'est faux. L'industrie des équipementiers, par exemple, continue d'en créer. Labinal sera donc dans ce cas dans les dix ans à venir. Le problème, c'est: allons-nous pouvoir les créer en France? Nous avons aujourd'hui des projets d'investissements et d'embauches. Nous allons donc être obligés de faire une réévaluation en fonction de l'évolution de la taxe professionnelle. On fait appel au patriotisme des chefs d'entreprise pour qu'ils créent des emplois en France. Le vrai patriotisme pour les chefs d'entreprise, c'est de donner à leurs entreprises les moyens de survivre à une concurrence mondiale de plus en plus exacerbée.

La réduction du coût du travail doit-elle être ciblée sur les bas salaires, comme le propose Valéry Giscard D'Estaing, ou s'appliquer à tous les salariés, comme le réclame Raymond Barre?

Dans la pratique, faire des seuils, c'est dramatique sur le plan social. Il est évident que les industriels y regarderont à deux fois avant de décider des augmentations qui entraîneraient une hausse massive des charges. Il y aura une accumulation de salariés juste au-dessous de ces seuils. Cela créera un trouble social dans l'entreprise.

USINE NOUVELLE - N°2472 -

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS