Trois leviers pour renforcer la mécanique française

Le rapport présenté par la section des activités productives préconise un renforcement de la capacité financière des entreprises, de rendre à la mécanique sa vraie image de modernité et la constitution des réseaux collaboratifs forts. Vaste programme…
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Trois leviers pour renforcer la mécanique française

Quel est l’avenir des industries mécaniques en France d’ici 2020 ? Le Conseil économique, social et environnemental a décidé début 2008 de confier à sa section des activités productives, de la recherche et de la technologie l’élaboration d’un rapport sur cette question essentielle pour le devenir du pays. Un document qui passe au scanner cette industrie classée au sixième rang mondial avec un chiffre d’affaires de 133 milliards d’euros, premier employeur industriel du pays (720000 personnes).

Son constat premier : l’industrie mécanique française dispose évidemment de nombreux atouts. « Des entreprises de pointe dans leur domaine, un potentiel de production moderne, un riche tissu de sous-traitance, une main d’œuvre hautement qualifiée… ses forces sont importantes », relève Martine Clement, fin connaisseur du domaine et rapporteur devant l’assemblée plénière du Conseil.

La crise à laquelle s’ajoute une concurrence internationale sans pitié, risque cependant de changer la donne et de fragiliser les entreprises françaises du secteur. Pour la commission et les experts qui ont contribué à son éclairage, l’industrie mécanique française devra faire face à trois défis majeurs : accroître ses parts de marché, proposer une offre innovante, intensifier l’internationalisation des entreprises. Et comme toujours quand on parle de mécanique on se compare aux plus forts : l’Italie et surtout, l’Allemagne. Passés sous la loupe, le nombre de brevets déposés et les échanges extérieurs déficitaires démontrent que la mécanique française reste trop centrée sur l’Europe. Et encore : sa présence est assez pale à l’Est. Or, la réunification allemande a permis aux mécaniciens d’outre-Rhin de construire une tête de pont pour conquérir ces nouveaux marchés. « Pourtant les opportunités de développement international à l’horizon 2020 restent très importantes », explique Martine Clement. Plusieurs secteurs porteurs (aéronautique, nucléaire, BTP, transport ferroviaire, équipement agricole, dispositifs médicaux, éco-équipements en devenir) auront le vent en poupe. Autant de chances à saisir, mais sous certaines conditions. « Les entreprises de mécanique devront apprendre à s’allier, proposer une offre globale et « chasser en meute » les bonnes affaires », conseille Martine Clement.

Il faudra aussi innover mieux et autrement. En s’alliant par exemple, plus profondément avec la recherche académique. Sans oublier d’accorder une attention particulière aux activités de service, source de profits importants. L’internationalisation reste enfin, un autre défi important pour les entreprises de mécanique françaises, qui doivent dépasser leurs frontières. A l’instar de l’Allemagne encore une fois, mais aussi de nouveaux acteurs comme l’Autriche ou les Pays-Bas, qui n’hésitent pas à racheter à tour de bras des sociétés en dehors de leurs frontières. « Or, c’est actuellement le meilleur moment pour faire de bonnes affaires », avertit Martine Clement.

Alors, que faire pour maîtriser ces challenges ? Verdict du rapport : il faut agir sur trois leviers. D’abord, éradiquer le manque de fonds propres, handicap qui pénalise l’industrie mécanique française. Un objectif prioritaire. « Ses conséquences sont graves car il provoque une perte du contrôle des entreprises mécaniciennes en France et un déplacement des centres de décision », constate Martine Clement avec un avertissement pour le monde financier qui doit changer son regard sur cette industrie dont la santé en conditionne beaucoup d’autres. Des financiers qui ne doivent pas oublier ses spécificités, comme le temps de retour sur investissement, supérieur à cinq ans.

Second levier : restituer aux industries mécaniques leur vraie image de modernité. Ne parle-t-on pas de plus en plus de mécatronique et non pas de simple mécanique ? L’image de « mains dans le cambouis » qui colle à la peau des entreprises de mécanique ne correspond depuis quelques bonnes années déjà à la réalité des ateliers. La mécanique doit trouver la place qu’elle mérité dans la formation.
Enfin, le rapport relève un autre point faible qu’il faut éliminer rapidement : les entreprises françaises de mécanique figurent parmi les plus réticentes en Europe pour innover avec les autres.

Plusieurs remèdes sont proposés dans le rapport. Comme la mise en place des réseaux entre les PME de mécanique et leur environnement (en amplifiant par exemple, le programme Acamas créé par la Fédération des industries mécaniques et le Centre des industries mécaniques). Ou le développement des programmes d’échanges par filières pour créer des « entreprises étendues » jusqu’à la sous-traitance de rang deux et même en-dessous. Ou encore, la possibilité de hisser un ou deux pôles de compétitivité mécaniciens au niveau mondial… Vaste programme qu’il faut appliquer vite. « 2020, c’est demain mais cela se prépare dès aujourd’hui », conclut Martine Clement.

Mirel Scherer

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