Tricastin : chronologie de l'accident

Suite au rejet accidentel de déchets radioactifs sur le site industriel de Tricastin le 7 juillet, des mesures ont fait état de pollutions plus anciennes, qui aujourd'hui inquiètent. Retour sur le déroulement des faits.

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Tricastin : chronologie de l'accident
Lundi 7 juillet. Une fuite d'effluents contenant 74 kg d'uranium naturel se prépare pendant une opération de nettoyage d'une cuve dans l'usine Socatri, sur le site nucléaire du Tricastin à Bollène (Vaucluse). Une alarme signalant un niveau élevé d'effluent dans la cuve se déclenche à 19 heures .

Nuit du lundi 7 au mardi 8 juillet. Le débordement est constaté à 23 heures, mais ce n'est qu'à 4 heures le lendemain que la fuite en dehors de la cuve de rétention, accidentellement fendue lors de travaux récents, est détectée. Le liquide se répand sur le sol, où une partie est récupérée, ainsi que dans le canal adjacent, polluant ensuite les rivières de la Gaffière et du Lauzon. Le plan d'urgence interne est déclenché à 6h15. L'Autorité de Sécurité Nucléaire et la préfecture de la Drôme sont prévenues une heure plus tard.

Mardi 8 juillet. L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire n'est averti qu'à 11h30. La préfecture alerte vers 13h30 seulement les mairies des trois communes autour du site nucléaire: Bollène, Lapalud et Lamotte-du-Rhône. Vers 16h, la préfecture prend des mesures de précaution, interdisant la consommation d'eau potable issue de captages privés sur les communes de Bollène, Lapalud et Lamotte-du-Rhône. Sont également interdites l'irrigation agricole issue des rivières contaminées, les activités nautiques et la baignade, la pêche et la consommation de poissons.

Jeudi 10 juillet. Quatre inspecteurs de l'Autorité de Sécurité Nucléaire(ASN) procèdent à une inspection approfondie de l'installation. L'ASN classe l'accident en niveau 1, sur une échelle de gravité des accidents nucléaires allant de 0 à 7.

Vendredi 11 juillet. L'ASN impose l'arrêt d'une de ses deux stations de traitement sur le site du Tricastin, estimant qu'elle n'est toujours pas sûre. Dans un rapport accablant, l'ASN constate en effet une «série de dysfonctionnements et de négligences humaines» dans la gestion de l'incident. Les inspections révèlent que «la mise en sécurité destinée à empêcher toute nouvelle pollution (n'est) pas complètement satisfaisante» et que «les conditions d'exploitation (...) présentent des irrégularités». L'ASN dénonce également des «lacunes en matière d'information des pouvoirs publics». Catherine Dalverny, responsable de la communication du site, explique à 20 minutes que la cuve à l'origine de la fuite « aurait dû s'arrêter d'ici quelques semaines pour une rénovation avec l'installation de nouvelles cuves. Des travaux d'un montant de 13 millions d'euros votés en 2005».

Samedi 12 juillet. L'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) constate lors d'une deuxième visite que ses prescriptions ont été respectées : la Socatri a achevé la vidange du bac de rétention à l'origine de la fuite ; a mis la terre contaminée en lieu sûr et a nettoyé le réseau d'eaux pluviales souillé.

Dimanche 13 juillet. Une autre fuite? De nouveaux prélèvements réalisés à divers endroits de la nappe phréatique révèlent une radioactivité persistante non expliquée. Sur un point de prélèvement situé à deux kilomètres de la Socatri, situé chez un particulier, la teneur en uranium a grimpé à 64 µg/l après la fuite du 7 juillet, avant de stagner à 36,6 µg/l, le 13 juillet.

L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) repère dans la nappe quatre points où la concentration en uranium est anormalement élevée et fluctuante et qui ne peuvent pas s'expliquer par l'incident de Socatri du 7 juillet.

Pour la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), l'explication est simple. «Ça veut dire qu'il y a des événements antérieurs (des pollutions) qui n'ont pas été rendus publics, qui n'ont pas fait l'objet de contre-mesures, de prévention, d'information de la population», déclare Roland Desbordes, son président, sur France Info, mardi. Si c'était le cas, ce serait «grave (...) car ça voudrait dire qu'on nous cache des choses».

Mercredi 16 juillet. La butte militaire. La Criirad rappelle que des déchets radioactifs, provenant d'une ancienne usine d'enrichissement d'uranium à des fins militaires, ont été enfouis de 1964 à 1976 sous une butte de terre située dans le nord-est du site. Un rapport du Haut-Commissariat à l'Energie atomique publié en 1998 mentionne une pollution de la nappe, traitée par pompage de 1980 à 1998. Une étude d'impact ayant ensuite conclu à l'absence de risque sanitaire, le tertre est depuis sous simple surveillance.

Face à la polémique soulevée par la Criirad, l'IRSN reconnaît que la pollution peut être d'origine ancienne, mais estime que remonter à la source de la pollution va demander des investigations poussées.

Jeudi 17 juillet. Borloo veut surveiller toutes les centrales. Plutôt discret jusqu'alors, le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo réagit et annonce ce jeudi matin une série de mesures dans le Parisien. Il explique avoir saisi mercredi le Haut-Comité pour la transparence et l'information sur la sécurité nucléaire. Outre un suivi local sur le site du Tricastin, le ministre lui demande d'examiner «l'état des nappes phréatiques situées près de toutes les centrales nucléaires françaises».

Vendredi 18 juillet. Anne Lauvergeon s'y rendra. Jean-Louis Borloo a annonce également avoir demandé à Anne Lauvergeon, la présidente d'Areva, l'exploitant de la Socatri de se rendre sur place. Elle ira vendredi, pour "faire un point sur les causes de l'incident", a fait savoir Areva dans un communiqué, et "rencontrera les salariés de Socatri et un certain nombre d'élus et de représentants des pouvoirs publics"."Un audit interne et une inspection générale sont en cours. Cet incident, quoique de niveau 1, a suscité des émotions qui méritent que d'éventuels manquements soient sanctionnés. Toutes les conséquences en seront tirées par le groupe", ajoute le communiqué.

A.L.

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