Tricastin : Areva veut solder le passé avec 20 millions d'euros

Après les incidents de l'été, le groupe a annoncé plusieurs mesures volontaristes représentant un investissement de 20 millions d'euros, dont l'évacuation d'une butte de terre constituée de déchets nucléaires d'origine militaire d'ici 2013.

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Tricastin : Areva veut solder le passé avec 20 millions d'euros
« C'est l'occasion pour le groupe Areva de montrer qu'il rend des comptes », positive Jacques -Emmanuel Saulnier, porte-parole d'Areva. « Nous avons assisté à une coïncidence d'accidents de niveau 1 dans le cadre de travaux de modernisation. Des incidents de niveau 1, il y en a eu 86 en France en 2007. Il y en aura d'autres, des anomalies héritées de l'histoire. » a-t-il prévenu. « Nous assumons d'être une entreprise sur-médiatisée. Au fur et à mesure que l'on se rend compte que l'énergie nucléaire est incontournable dans le mix énergétique aujourd'hui, l'exigence s'accroit en matière de transparence. C'est en quelque sorte la rançon du succès. Et nous nous en réjouissons, » a expliqué le porte-parole, qui a dressé l'inventaire des mesures à l'initiative d'Areva applicables dès aujourd'hui et à l'automne.

Compensation des riverains. Première préoccupation, accompagnée de mesures qui ne coûteront pas très cher au groupe : rassurer les riverains. Une commission de règlement siège tous les quinze jours pour statuer sur les réclamations des agriculteurs, hôteliers et particuliers lésés par la fuite du 7 juillet, lorsque la Socatri a déversé plusieurs dizaines de kilos d'uranium « naturel » à même le sol, puis dans la Gaffière et le Lauzon. A ce jour, 130 dossiers ont été traités, donnant lieu à des compensations financières pour des montants entre 300 et 1000 euros. Pour rassurer, Areva a également mis en place un programme de 350 mille euros de raccordement au réseau d'eau potable de 15 foyers voisins, ces foyers étant jusqu'à présent raccordés via des puits à la nappe phréatique, dont la teneur radioactive inquiète. Des travaux plus petits tels que changements de ballons d'eau et de citernes sont également entrepris.

La butte. Elle avait beaucoup fait parler d'elle. « En décembre 2006, Areva reçoit la propriété d'une butte constituée de déchets déposés par le CEA » contextualise Jacques-Emmanuel Saulnier . Des barrières de diffusion stockées dans des fûts, contenant des déchets radioactifs issus des activités militaires d'enrichissement d'uranium menées de 1964 à 1976. La Criirad ayant attiré l'attention de l'opinion publique sur les risques de cet entreposage de bidons à teneur radioactive à même la terre, le groupe annonce désormais des actions plus conséquentes. « Areva entreprend dès aujourd'hui une opération de reprofilage de la butte, pour permettre une meilleure imperméabilité. Et s'engage à transférer ces déchets vers un centre de stockage de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs dont le lieu n'est pas encore déterminé, d'ici 2013 ». Des études débuteront dès septembre pour valider les conditions d'extraction, de transport, et de stockage final des 760 tonnes de barrières radioactives.

Les gravats. Autres déchets dont on a beaucoup moins parlé, et dont Areva a également annoncé l'évacuation, 233 mètres cubes de gravats radioactivfs stockés dans un silo et surveillés par l'Autorité de Sûreté de défense. Ces gravats sont issus du démantèlement d'un pilote « Chémex » d'enrichissement d'uranium par voie chimique, au sujet duquel Areva se montre peu bavarde.

20 millions d'euros. « Si nous souhaitons un avenir serein industriel mais aussi sociétal pour Tricastin, nous devons solder les héritages du passé. Ce site compte beaucoup pour Areva au niveau industriel, commercial, et sociétal". Et pour cause, Tricastin constitue la véritable plaque tournante de l'uranium du groupe. "Il s'agit d'un pôle d'exportation considérable, et d'une valeur ajoutée majeure pour l'activité du groupe. C'est pourquoi Areva investit aujourd'hui 4 milliards d'euros au total pour moderniser les installations du Tricastin » a déclaré le porte-parole, faisant en particulier allusion aux 3 milliards investis pour mettre en place une technologie de centrifugation au sein de la centrale Georges Besse 2, plus performante que la diffusion gazeuse utilisée dans les années 70. Parmi le total de 4 milliards investis, plus de 20 millions seront "consacrés à la surveillance environnementale et sanitaire du site". Une somme qui comprend déjà 10 millions d'euros destinés à la gestion des passifs tels que l'évacuation de la butte de terre et des gravats radioactifs d'origine militaire.

Socatri. Le précédent directeur de la Socatri ayant été limogé suite à la fuite accidentelle du 7 juillet, Pascal Molinari qui lui succède prendra en charge une revue globale de la sécurité et de l'encadrement des équipes de l'usine. Le débordement de la nuit du 7 au 8 juillet ,survenu au cours d'une opération de vidange, avait concerné une partie d'une unité de traitement d'eaux industrielles aujourd'hui fermée, et remplacée par une nouvelle station. Les travaux de modernisation de cette station de traitement des eaux de Socatri représentent 13 millions d'euros.

Avec l'annonce de cet ensemble de mesures, Areva espère récupérer la confiance "perdue" et tourner la page. La délégation constituée entre autres du porte-parole d'Areva, du directeur du site du Tricastin, du nouveau directeur de la Socatri et de son directeur d'exploitation s'est livrée face à la presse à une reconstitution in situ du scénario ayant débouché sur la fuite de plusieurs dizaines de kilos d'uranium naturel dans le sol sous la Socatri le 7 juillet. Une opération "portes ouvertes" se terminant par une visite des nouvelles installations, aux normes de sécurités... "plus sûres".

Ana Lutzky

Lire aussi :
Socatri indemnise les victimes de la fuite du Tricastin, le 22/08/2008.


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