[Tribune] Voiture autonome, des risques écologiques majeurs

Présenté par certains comme la solution miracle pour la mobilité de demain, le véhicule autonome est porteur de toutes les promesses, notamment celle d’être moins polluant. C’est d’ailleurs le projet mené par l’exécutif français dans le cadre de sa stratégie nationale dévoilée en fin d’année dernière. Si les promesses sont nombreuses, le Forum Vies Mobiles et la Fabrique Écologique, qui viennent de réaliser une étude sur le sujet, estiment que sous ces « discours prometteurs » se cachent « des conséquences écologiques potentiellement catastrophiques ».

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[Tribune] Voiture autonome, des risques écologiques majeurs
Le Forum Vies Mobiles et la Fabrique Écologique s’interrogent sur la contribution réelle du véhicule autonome à la transition écologique à l’horizon 2050.

Sous l’impulsion notamment des géants du numérique (Google, Amazon, Uber...), le véhicule autonome est devenu ces dernières années l’un des principaux horizons de recherche industrielle. De peur d’être distancé, le secteur automobile a emboîté le pas, avec le soutien des pouvoirs publics aux États-Unis, en Chine, en Europe et particulièrement en France. Il est parfois présenté comme la solution miracle pour la mobilité de demain, en particulier pour la faciliter dans les territoires peu denses.

Pour ses promoteurs, il serait même l’avenir d’une mobilité motorisée plus écologique grâce à des véhicules complémentaires aux transports en commun, permettant une conduite fluidifiée et de meilleures performances de sécurité autorisant une carrosserie plus légère.

L’enjeu climatique est immense, puisque le secteur des transports doit diviser par 33 ses émissions de CO2 d’ici à 2050. Notre étude (1) montre au contraire que le véhicule autonome comporte des risques écologiques majeurs.

Des conséquences écologiques potentiellement catastrophiques

Les chercheurs et les experts envisagent trois principaux scénarios de développement des véhicules autonomes : mobilité individuelle avec des voitures privées, mobilité à la demande s’appuyant sur des flottes de robots-taxis et mobilité collective avec des navettes autonomes.

Les deux premiers pourraient s’accompagner d’effets-rebonds considérables (étalement urbain, circulation à vide, congestion...) qui pourraient faire tripler la consommation d’énergie du parc automobile ! Les émissions de CO2 liées à la production, l’installation, la maintenance, la gestion des déchets d’un ensemble d’objets et d’infrastructures sur route ou embarqués s’y ajoutent, sans compter le poids des véhicules qui, contrairement aux promesses, pourrait augmenter avec les multiples capteurs et équipements de loisirs à bord. Quant à l’impact énergétique lié aux énormes quantités de données qui seront échangées entre les véhicules, nécessitant très probablement la 5G, il sera considérable si le véhicule autonome se développe massivement.

Le troisième scénario pourrait permettre de lutter contre « l’autosolisme » et l’enclavement des territoires dépendants de la voiture. Plusieurs entreprises françaises sont d’ailleurs à la pointe du développement des navettes autonomes, mais ne faut-il pas alors craindre que leur déploiement prépare le terrain pour un développement massif des autres usages ? Restreindre le développement du véhicule autonome à sa zone de pertinence nécessiterait une forte régulation de la puissance publique. Pour le moment, le nombre d’expérimentations dans les territoires ruraux est pourtant très limité.

Par ailleurs, certaines collectivités mettent en avant une baisse du coût global du fonctionnement liée au remplacement des chauffeurs par des intelligences artificielles, mais c’est sans considérer les nombreux coûts du développement du véhicule autonome (adaptation des infrastructures routières, développement du numérique...) qui seront probablement pris en charge par l’État ou les collectivités. À l’inverse, le développement des transports en commun dans les zones rurales pourrait être développé dès aujourd’hui en embauchant des conducteurs et conductrices dont on revaloriserait la reconnaissance sociale tout en changeant le modèle économique de financement des transports. Est-ce plus utopique que de compter sur le déploiement rapide des véhicules autonomes et le réaménagement de toutes les routes, dont la moitié ne dispose même pas de marquage au sol ?

Un déploiement correspondant aux besoins ?

Depuis 2018, Elon Musk promet systématiquement un véhicule 100 % autonome pour l’année suivante. Pourtant, l’automatisation totale et en toutes conditions (pluie, brouillard, nuit…) est encore largement hors de portée. À ce défi technique s’ajoute une forte contrainte juridique : depuis janvier 2021, pour 58 des pays de l’ONU, les véhicules individuels de niveau 3, partiellement autonomes, ne sont autorisés à circuler qu’à certaines conditions : conducteur assis et attaché, vitesse maximale de 60 km/h, séparation physique entre les deux sens de circulation, sur des routes sans piétons ni cyclistes.

Les navettes autonomes ont, elles, le droit de circuler parmi d’autres véhicules, mais compte tenu de leur vitesse infiniment plus faible, on peut s’interroger sur les besoins auxquels elles répondent. On est encore loin du monde futuriste sillonné de voitures autonomes promis par les industriels. En fait, CNRS et pouvoirs publics français n’envisagent pas un déploiement massif de l’autonomie avant 2050, l’échéance fixée par la Stratégie nationale bas carbone (SNBC) pour atteindre la neutralité carbone.

Il est urgent de mettre en place un véritable débat public sur la mobilité et le véhicule autonome. L’objectif n’est pas d’être pour ou contre cette nouvelle technologie, mais de développer les meilleures solutions correspondant à de vrais besoins et compatibles avec la lutte contre le changement climatique. Pour éclairer ce débat, il faut évaluer dès maintenant le coût économique d’un déploiement de la navette autonome excluant les autres usages (véhicule individuel, robot-taxi), et les autres solutions possibles, écologiquement plus compatibles. Parmi elles, les véhicules légers ou low-tech, facilement réparables et recyclables, consommant moins de matériaux, nécessitant moins d’infrastructures lourdes et fonctionnant en synergie avec les modes actifs et les transports collectifs devraient faire l’objet d’un effort massif de recherche et de développement. Cela nous semble tout aussi légitime pour incarner la mobilité du futur.

Par Anne Fuzier, chargée de projet au Forum Vies Mobiles, Christophe Gay, codirecteur du Forum Vies Mobiles, Géraud Guibert, président de La Fabrique Écologique et Jill Madelenat, chargée d’étude à La Fabrique Écologique

Les tribunes sont publiées sous l’entière responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction de L’Usine Nouvelle.

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(1) Le véhicule autonome, quel rôle dans la transition écologique?, Forum Vies Mobiles, La Fabrique Écologique, 2021

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