[TRIBUNE] Viva la robolution ?

La robotisation n’est pas suffisante pour améliorer la performance opérationnelle d’un site industriel. Dialogue de performance, revalorisation du rôle de manager de proximité, coaching de dirigeant : il faut simultanément agir sur le levier managérial pour permettre à un site de faire décoller sa compétitivité industrielle. L'avis de David Machenaud, directeur associé d’OPEO, cabinet spécialisé dans l’accompagnement vers l’excellence opérationnelle.

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[TRIBUNE] Viva la robolution ?

Il est d’usage de penser que les robots sont décisifs dans la compétitivité industrielle d’une nation.

Et c’est vrai ! Sur le podium de la robotisation industrielle, on retrouve notamment le Japon et l’Allemagne, c’est-à-dire deux leaders du classement de la compétitivité mondiale réalisé par le World Economic Forum. Peu de personnes croient encore à l’idée simpliste du robot ennemi de l’emploi, conviction qui a si longtemps pénalisé notre pays.

Comme l’évoquait Emmanuel Macron il y a quelques mois : « on se retrouve aujourd'hui avec cinq fois moins de robots en France qu'en Allemagne, deux fois moins qu'en Italie ; est-ce que cela a protégé l'emploi industriel ? Non, parce que la première décennie des années 2000 a montré l'effondrement de l'emploi industriel. »

Bonne nouvelle : la France industrielle est en passe de rattraper son retard en robotisation. Création de Robolution capital en 2013, plan de soutien à la robotisation des PME-ETI dans le cadre de l’industrie du futur en 2015 : les initiatives mises sur pied par Arnaud Montebourg puis par Emmanuel Macron ont sérieusement dynamisé l’équipement industriel.

Et le marché aussi a répondu présent. Côté offre : on ne comptait que deux entreprises de robotique sur le marché français en 2010, elles ne sont pas moins de 15 aujourd’hui.

Côté demande : en France, l’équipement en robots a bondi de 36% en un an, culminant à près de 35 000 unités en fonction. Et cette tendance devrait se confirmer en 2016.

Dès lors, l’impact sur la compétitivité industrielle française devrait se faire ressentir. A quand le rebond ? Pour l’instant, il se fait attendre. La faute aux robots ? Pas si sûr. Plutôt aux hommes qui refusent d’agir sur l’autre levier indispensable de la compétitivité industrielle retrouvée.

Les robotisations maladroites sont légions dans l’univers industriel : robots mal dimensionnés, équipes qui ne s’en servent pas ou peu faute d’avoir été consultées en phase d’installation, pannes mineures impossibles à réparer en interne, etc

Hier, comme aujourd’hui, ce sont les hommes qui dirigent les machines ; sur des marchés internationaux volatiles, il faut certes des cadences de production ajustables et donc des robots performants, mais aussi, mais surtout, des hommes pour prendre les bonnes décisions d’ajustement.

Assumons-le simplement : le premier levier d’amélioration de la compétitivité d’un site industriel demeure l’intelligence collective des hommes et des femmes qui le composent. Le robot n’en sera jamais, au mieux, que le bon instrument. Cette conception pragmatique se développe peu à peu : on revient à des usages plus raisonnables du robot, avec la percée des cobots, ces robots collaboratifs, plus simples, moins chers et aptes à travailler à proximité immédiate d’un opérateur. Ces cobots constituent désormais le « nouvel eldorado de la robotique », selon la formule de Franck Barnu pour la Fabrique de l’industrie.

Certes, ce levier humain est plus difficile à manier ; il n’existe pas de mode d’emploi, aucun tutoriel accessible en quelques clics sur YouTube. Il est donc important de comprendre la culture d’une entreprise et d’évaluer correctement son degré de maturité avant d’entamer une transformation opérationnelle. Mais c’est la seule voie pour déterminer, au cas par cas, où et comment sont accessibles les gains, y compris technologiques, et améliorer durablement la compétitivité.

Lacanche, MIG, Daher : des entreprises déjà très bien équipées en machines ont pu obtenir des améliorations considérables de leur production en misant simultanément sur le volet humain. Dialogue de performance, revalorisation du rôle de manager de proximité, coaching de dirigeants : pour permettre à l’industrie française de faire décoller sa compétitivité, il est nécessaire d’agir de façon systémique. S’équiper en robots ET faire progresser les équipes. Atteindre véritablement l’excellence opérationnelle est à ce prix.

David Machenaud est directeur associé d’OPEO

Les avis d'experts et points de vue sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n’engagent en rien la rédaction.


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