[Tribune] Vite, un Etat "bottom-up" pour écouter les PME !

Haut fonctionnaire de l’Etat, Jean-Baptiste Avrillier explique à L'Usine Nouvelle comment une approche "bottom-up", instituée au sommet de l’Etat, peut améliorer la vie des entreprises. Celle-ci passe par l’écoute des acteurs sur le terrain et des réponses concrètes.

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[Tribune] Vite, un Etat

Jean-Baptiste Avrillier parle couramment deux langues. Ou plutôt deux langages. Une qualité plutôt rare dans l’univers un peu clos de la haute fonction publique. Commissaire au Redressement productif et directeur adjoint de la Direccte (Direction régionales des entreprises, de la concurrence, du travail et de l’emploi) Pays de la Loire, il manie aussi bien les codes de la vieille langue administrative que les concepts managériaux les plus sophistiqués, et passe de l’un à l’autre sans problème. La raideur républicaine des hussards de la République et le décontracté des hommes de terrain aux prises avec le réel.

Deux qualités au fondement même du concept d’Etat "bottom-up", exposé par Jean-Baptiste Avrillier le 4 octobre dernier au Collège des Bernardins, à Paris, devant un parterre de chercheurs et de hauts fonctionnaires réunis par l’Ecole de Paris du Management. Les mauvaises langues y verront un oxymore, tant les pouvoirs publics fonctionnent selon un schéma "top-down" : le pouvoir gouvernemental – légitimé par le suffrage populaire – fait descendre ses directives jusqu’"en bas", à l’aide des services déconcentrés de l’Etat. "Il faut retourner le processus, inverser le dispositif sans entamer la puissance publique. Un Etat capable d’écouter et de prendre en charge les attentes du public devient plus présent, plus efficace et donc plus fort", explique Jean-Baptiste Avrillier. Et cette logique s’applique encore mieux à l’économie, quand "l’administré" est une PME en difficulté, un patron en mal de trésorerie. C’est sans doute tout le paradoxe de l’époque : si l’Etat, retiré sur son Aventin ministériel, descend dans l’agora entrepreneuriale, si l’Etat se place à côté des patrons et non en surplomb, il grandit. "Sur le terrain de l’économie locale, l’Etat doit se penser comme un membre du réseau où circule des idées, avec les fédérations professionnelles, les associations, les collectivités locales". Voilà pour la théorie. Mais en pratique, comment fonctionnerait l’Etat "bottom-up" ?

"Vous êtes les yeux, les oreilles et la voix du ministre et du gouvernement, nous a dit un jour l’ancien patron de Bercy, aujourd’hui à l’Elysée", répond Jean-Baptiste Avrillier. Premier commandement : voir les problèmes sur le terrain avant même qu’ils ne soient formulés. Autrement dit, anticiper, écouter "les signaux faibles" émis au fil des rencontres plus ou moins informelles. Bien-sûr, cela suppose d’avaler des kilomètres au milieu de ces zones industrielles où seuls les panneaux publicitaires offrent quelques couleurs au regard des automobilistes égarés. "Très vite, nous avons vu que les contrats de génération étaient trop contraignants et donc ne prenaient pas dans les PME. Nous avons remonté l’information à Paris et l’Etat a pu changer le dispositif. De même, le dispositif du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (Cice) sous forme de préfinancement a très bien marché grâce à des explications sur le terrain", témoigne Jean-Baptiste Avrillier.

Heureusement, l’action d’un Etat "bottom-up" ne se résume pas à tenir à jour un immense cahier de doléances, il doit apporter des aides concrètes, en argent sonnant et trébuchant, mais aussi en chair et en os. C’est en quelque sorte le deuxième commandement. "Nous avons mis en place, avec les acteurs publics et privés, un véritable réseau d’accompagnement à disposition des entreprises en difficulté, avec la possibilité de mobiliser des financements adaptés, des consultants pour piloter les actions concrètes et même des formateurs pour la montée en compétence des salariés." Autre exemple de volontarisme économique dans la région Pays de la Loire : "La prise en compte du critère Responsabilité sociale et environnementale (RSE) dans la cotation des entreprises par la Banque de France pour faciliter l’accès au crédit des sociétés les plus vertueuses."

Reste tout de même une question, et non des moindres, celle du coût pour l’Etat. "Seuls 3,4 % des effectifs de l’Etat se situent dans les ministères parisiens. Il y a 96,6% des agents dont la majeure partie dépend des services déconcentrés de l’Etat", répond-t-il. Le problème ne viendrait donc pas des moyens financiers mais… des habitudes administratives. Jean-Baptiste Avrillier propose de généraliser des "parcours mixtes" où tout agent de l’Etat naviguerait entre l’administration centrale à Paris et les services déconcentrés en province, sous l’autorité "d’un ambassadeur du gouvernement chargé de porter la parole et la politique du gouvernement dans les territoires". Un ambassadeur "bottom-up" qu’il ne faudrait surtout pas appeler "Votre Excellence".

Ania Ameziani et Franck Dedieu, Ipag Business School
L’Ipag Business School, membre de la Conférence des grandes écoles délivre un diplôme bac + 5, grade de master. Cette école de managements compte 2 000 étudiants en programme grande école. Son laboratoire de recherche est classé troisième parmi les business schools françaises au classement de Shanghai 2017.

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