[Tribune] Quel mix énergétique optimum pour la France en 2030

Un scénario de mix énergétique pour la France en 2030, avec 60-55% Nucléaire, 30-35% ENR et 10% Hydraulique, est possible, voire souhaitable selon Corine Dubruel, directrice exécutive adjointe énergie et smart-grid de Sun’R, producteur indépendant d’électricité d’origine photovoltaïque, et présidente du groupement Centraliens de l’Energie. Mais un débat national objectif est indispensable pour y parvenir. L’experte oppose quelques éclairages pour alimenter ce débat.

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[Tribune] Quel mix énergétique optimum pour la France en 2030
Corine Dubruel, directrice exécutive adjointe énergie et smart-grid de Sun’R

Selon Les annonces simultanées du Ministre de la transition écologique en Juillet dernier sur la suppression des véhicules diesel/essence en 2040 et le rappel des enjeux « optimistes »de la loi actuelle de la transition énergétique visant à ramener la part du nucléaire autour de 50% en 2025 donnent l’impulsion nécessaire pour lancer la concertation en 2018 vers une vision opérationnelle 2030/2050 pour la France. Quels sont les éléments structurants possibles de ce débat qui doit s’organiser au plus tôt et avec méthode ?

L’essor important des véhicules propres

En fonction des politiques décidées en faveur des véhicules propres, le RTE préconise deux scénarii ; soit un parc de 400 000 à 800 000 VE à l’horizon 2021 et peu d’incidence significative sur la consommation électrique, soit un parc de 5 millions de VE en 2030 et un besoin supplémentaire de 12 TWH de consommation, équivalant à un EPR ou plus de 1,6GW d’énergies renouvelables.

La deuxième option suppose une véritable révolution culturelle, une nécessaire réflexion collective sur un mix usages/nouvelles technologies/fiscalité et le concours des équipementiers automobiles qui peuvent prendre un leadership sur des véhicules de moyenne gamme. Tesla vient de sortir un véhicule à 30000€ …mais Nissan, PSA, GM…progressent rapidement sur ce sujet.

Des filières énergétiques propres et matures

La Cour des Comptes en 2014 calculait un coût moyen de production nucléaire autour de 62€/MWh. Mais ce « coût courant économique » rajoute au coût cash estimé par EDF autour de 32€/MWh une rémunération du capital investi. Pour les années à venir, il recommande de comparer ce coût cash avec le coût des ENRs pour savoir s’il fait sens d’anticiper la fermeture de centrales existantes. Par ailleurs, la décision de l’Autorité de sûreté nucléaire ASN attendue fin 2018 permettra d’avoir une bonne visibilité sur la prolongation des réacteurs français.

Les coûts prévisionnels du nucléaire futur comme l’EPR Flamanville seront nécessairement supérieurs à 70€/MWh, chiffre qui peut varier en fonction de contraintes spécifiques comme en Angleterre (Prix de vente sur 35 ans 114€/MWh). Il faut bien sûr attendre les premières mises en service pour en avoir la certitude.

Quant au prix de l’électricité produite par des ENRs, il ne cesse de diminuer (avec aujourd’hui l’éolien terrestre autour de 60€/MWh, le solaire de 60 à 120€/MWh et enfin celui de l’éolien offshore autour de 150€/MWh ) et peut jusqu’à devenir compétitif sans subvention . N’oublions pas cependant le surcoût lié à leur intermittence d’un montant supérieur à 15-20€/MWh au-delà d’un certain taux de pénétration.

Il est important de rappeler que le faible coût de l’énergie en France, comparé à nos voisins, est un atout pour l’industrie française ; le développement de notre mix énergétique devra se faire dans des conditions qui nous permettent de conserver cet atout sur le long terme.

Une vision long terme pour des filières d’excellence

Depuis l’audition de monsieur Proglio au Sénat en 2014, qui suggérait possible 50% de nucléaire dès 2030, EDF en Juillet 2017 a rappelé qu’il se conformerait à la Programmation Pluriannuelle énergétique actuelle prévoyant un plafond de 63 GW de nucléaire, tout en recherchant une complémentarité entre le nucléaire et le renouvelable.

Notre priorité aujourd’hui est de planifier un mix énergétique optimum sur le plan économique, social et climatique : Des scénarii à 2030 (60-55% Nucléaire, 30-35% ENR, 10% Hydraulique) avec une perspective 2050 pourraient être utilement discutés en fonction de nombreux facteurs (autorisation de l’ASN, coût final du nouveau nucléaire et des ENRs, progrès dans le stockage, développement de la mobilité électrique …).

L’enjeu pour la France est de permettre à nos industriels d’investir en toute connaissance de cause afin de permettre l’essor de nos champions industriels dans des filières pleines d’avenir : le démantèlement nucléaire, les énergies renouvelables et les solutions de stockage, la e-mobilité...

Par exemple, le secteur du démantèlement voit s’industrialiser peu à peu les techniques d’assainissement et de déconstruction nucléaire et peut offrir à des acteurs, comme EDF ou le Pôle de Valorisation des Sites Industriels, des perspectives de nouveaux marchés tout à fait importants.

Une place équilibrée pour les ENR

Les scénarii suggérés laissent une place équilibrée et suffisamment ambitieuse aux ENRs et permettent aux nombreux acteurs de cette filière comme ENGIE, EDF EN… de disposer d’une base française confortant le déploiement de l’ensemble des savoir-faire, incluant les smart grids et les solutions de stockage.

Dans un contexte de marché en constante croissance, la filière ENR connait aujourd’hui un mouvement de consolidation significatif avec l’émergence de champions, qui pourront grâce à une vraie réflexion stratégique collective consolider leurs positions en France et à l’international en vue de devenir des leaders mondiaux.

Dans ce panorama, le stockage d’énergie par batterie est actuellement la brique manquante des réseaux dits « intelligents ». De nombreuses initiatives ont été prises en France comme le plan de la Nouvelle France Industrielle ,des expérimentations en zones insulaires et en métropole, des investissements conséquents de la part des leaders et l’émergence d’un écosystème de start-ups autour de sujets comme le recyclage des batteries des véhicules électriques, le stockage hydrogène, ainsi que les solutions de pilotage de la transition énergétique au niveau local.

Il reste à aider nos champions français à prendre de vraies positions dans la fabrication des batteries et dans la fourniture des systèmes associés.

Ce débat sur les options possibles qui se tiendra en 2018 nous offre de belles perspectives si nous décidons avec lucidité et courage un mix progressif et ambitieux, générateur de croissance pour la France.

2 Commentaires

[Tribune] Quel mix énergétique optimum pour la France en 2030

Caroline17
25/09/2017 19h:30

Bizarre de ne pas inclure l'énergie hydraulique dans les énergies renouvelables.. Quant aux voitures électriques, elles ne seront "propres" que si elles utilisent une énergie propre, à savoir renouvelable.

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Davy Marchand-Maillet
06/10/2017 19h:24

La position de Mme Dubruel n'engage pas le groupe Sun'R, qui est bien plus précis dans sa vision de la trajectoire que doit adopter notre pays pour réaliser sa transition énergétique. A titre personnel, je considère que l'enjeu majeur est l'efficacité énergétique (EE), voire la sobriété. Ainsi, les objectifs de réduction des émissions de GES et de développement des EnR seront d'autant plus facile à atteindre. Mais l'EE a un effet destructeur de flexibilité, principalement au niveau de la consommation (le potentiel d'effacement du chauffage électrique sans réduction du confort est nul si le chauffage est totalement optimisé) mais également au niveau de la production (les bons vieux outils de production flexibles comme les turbine à combustion fioul font évidemment partie des outils totalement sous-efficaces en termes de rendement énergie primaire/énergie électrique...). Aussi, il va falloir aller chercher de la flexibilité "durable". J'en dirai volontiers plus dans un article complet

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