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[Tribune] Pourquoi le projet de rachat de Qualcomm par Broadcom n’a aucun sens

Ridha Loukil , , , ,

Publié le

Point de vue L’OPA osée de Broadcom sur Qualcomm crée une onde choc dans l’industrie des semi-conducteurs. Au-delà de la surprise et de la stupéfaction, elle soulève des interrogations sur les significations industrielles d’une telle opération, la plus grande transaction dans l’histoire de la high-tech. Que veut exactement Broadcom ? Qualcomm a-t-il intérêt à accepter l’offre ? Quels sont les obstacles auxquels cette acquisition risque de se confronter ? Point de vue tranché de Sravan Kundojjala, analyste au cabinet d’études de marché Strategy analytics, bon connaisseur du marché des semi-conducteurs et des deux protagonistes.

[Tribune] Pourquoi le projet de rachat de Qualcomm par Broadcom n’a aucun sens
Sravan Kundojjala, analyste chez Strategy Analytics.
© Strategy Analytics

Broadcom a officiellement annoncé une offre publique de rachat record de 130 milliards de dollars sur Qualcomm, confirmant les informations publiées auparavant dans les médias.  Les nouvelles de cette importance ont certainement besoin de temps pour être digérées. L'industrie des semiconducteurs a traversé une période de consolidation extrême au cours des deux dernières années où des centaines de milliards de dollars ont été dépensés en fusions-acquisitions. Qualcomm lui-même est en train d'acquérir NXP. Confrontées à l'augmentation des coûts d'investissement, les sociétés de semiconducteurs sont engagées dans la consolidation afin de stabiliser l'environnement des prix et tirer parti de la réduction de la base de leur clientèle. La recherche de gains d'échelle est souvent citée comme une justification clé des acquisitions et l'OPA de Broadcom sur Qualcomm soulève une question clé : quelle est l’échelle suffisante pour une entreprise de semiconducteurs ?

Qualcomm vulnérable?

Cette prise de contrôle n'a aucun sens selon nous pour trois raisons. Tout d'abord, Qualcomm est une société établie qui a fait ses preuves dans l'exécution de son plan d’affaires. On ne s'attendait guère à ce qu'elle soit une cible d'acquisition par une entreprise relativement plus petite.  Broadcom a osé le faire.

Deuxièmement, l'offre opportuniste de Broadcom ressemble à l'acquisition d'une entreprise en difficulté. Les batailles juridiques très médiatisées de Qualcomm avec Apple et les autorités de la concurrence dans diverses régions du monde et son processus d'acquisition plus lent que prévu de NXP ont donné l’impression que Qualcomm est devenu vulnérable.  En réalité, Qualcomm n'est pas vulnérable car son activité QCT dans les puces fonctionne bien depuis que l’entreprise a décidé en 2015 de ne pas la dissocier de son activité QTL de valorisation des brevets. Ses marges se sont bien rétablies et ses efforts pour se développer ont commencé à payer.  Afin de poursuivre son expansion dans des marchés autres que les smartphones et de sécuriser davantage son avenir dans l'industrie des semiconducteurs, Qualcomm veut acquérir NXP, fortement présent sur les marchés de la sécurité, de l'Internet des objets et de l'automobile.  Ceci va s'ajouter à son leadership incontesté dans les modems et à ses efforts pionniers dans le développement de la prochaine génération de mobiles 5G. Les efforts de QCT pour capturer plus de valeur par smartphone avec son large portefeuille (modems, processeurs d'application, composants de connectivité, coentreprise RF 360 avec TDK dans les filtres, etc.) ont également commencé à donner des résultats fructueux.

Examen minitieux des autorités de la concurrence

Enfin, un accord de cette ampleur fera sans aucun doute l'objet d'un examen minutieux de la part des régulateurs dans le monde entier, en particulier lorsque Qualcomm est impliqué. La combinaison des deux sociétés aurait une part enviable dans les puces de smartphone, y compris les modems, les processeurs d’application, les circuits de connectivité et les composants radiofréquences.  Cela pourrait pousser les autorités de la concurrence à exiger des concessions, qui peuvent inclure des cessions d’activités, des conditions sur les prix et des mesures favorables à la concurrence sur le marché. L’ex-Avago Technologies (baptisé Broadcom aujourd’hui)  a finalisé l'acquisition de l’ancien Broadcom en 8 mois et s'attend à ce que le rachat de Qualcomm soit conclu en 12 mois.  C’est un planning agressif qui a peu de chance d’être respecté. L'acquisition en cours de NXP par Qualcomm a déjà pris plus de 12 mois et Qualcomm attend toujours les approbations de la Chine et de la Commission européenne.  Et pourtant, Qualcomm a déjà fait des concessions à l'UE pour accélérer le processus.

L'OPA de Broadcom sous-évalue Qualcomm en tant qu'entreprise. À notre avis, une fois l'acquisition de NXP conclue, la division QCT de Qualcomm dans les puces pourrait fonctionner de manière plus indépendante de QTL, son bras armé dans la cession de licences.  En ce moment, le succès de la division de puces est largement lié à la division de licences, dont les bénéfices financent la R & D dans les puces.  À la lumière des défis auxquels est confrontée la division de licences et de la nécessité pour la division de puces de s'étendre au-delà des smartphones, Qualcomm est soumis à une pression pour être moins dépendant de ce modèle économique interconnecté.

Seuls les modems de Qualcomm intéressent Broadcom

Que veut Broadcom de Qualcomm ?  Un mot : modems!  Pour une société comme Broadcom, le leadership de Qualcomm dans les modems complète son portefeuille de produits dans le sans fil. Avago a acquis Broadcom un an après la sortie de ce dernier du marché des modems.  À ce stade, seuls les modems de Qualcomm prennent tout leur sens, Intel, MediaTek et Spreadtrum étant à la traîne en termes de performances. HiSilicon et Samsung destinent leurs modems d’abord à leurs usages internes, et Broadcom ne peut pas les acquérir.  Le succès de Qualcomm dans la 5G est assuré à ce stade grâce à son avantage de primo arrivant sur le marché.  Broadcom peut-il développer ses modems 5G tout seul ? Oui bien sûr.  Mais, il faudrait un investissement R&D énorme et plusieurs années pour obtenir l'acceptation de clients d’acheter ses produits. Le manque d'expérience de Broadcom dans les modems 4G complique encore le processus car la rétrocompatibilité est une exigence clé des opérateurs mobiles. Donc, la seule option est de passer par une acquisition pour combler cette lacune et Qualcomm correspond parfaitement au besoin.

Cela remet en question l'engagement de Broadcom vis-à-vis de l'acquisition de NXP par Qualcomm. Si Broadcom voulait NXP, il l’aurait directement acquis par contre-enchères sur Qualcomm. Mais cela n'a pas été le cas.  Broadcom veut seulement les puces de Qualcomm.  Cela met en doute son engagement envers la division de licences de Qualcomm. Dans l'ensemble, l'OPA de Broadcom sur Qualcomm soulève plus de questions que de réponses.

Qualcomm doit réfléchir plus de deux fois avant d'accepter

La direction de Qualcomm a dit que la résolution de son litige avec Apple et la finalisation de l’acquisition de NXP finiront par arriver, bien que ces questions prennent du temps et mettent à rude épreuve la patience des investisseurs. Les antécédents de Qualcomm dans la résolution des problèmes juridiques sont en sa faveur et nous sommes convaincus que Qualcomm trouvera le moyen de mettre fin à toutes ses batailles avec Apple en dehors des tribunaux. En outre, l'acquisition de NXP devrait être finalisée avec un retard de 2-3 mois sur le calendrier de départ.  En outre, la 5G démarrera en 2019, augmentant l'opportunité de Qualcomm. Une fois l'acquisition de NXP conclue, la division puces de Qualcomm sera moins dépendante d'Apple et de Samsung, et participera plus agressivement aux marchés en croissance. L'OPA de Broadcom perturbe ce plan de croissance organique bien pensé et crée une distraction inutile. Les obstacles liés aux prix et à la concurrence devraient conduire Qualcomm à réfléchir plus de deux fois avant d'accepter l'offre de Broadcom.  Broadcom et Qualcomm n'ont pas beaucoup de recouvrement de produits (à l'exception des filtres radiofréquences, des puces de connectivité et de certains produits de mise en réseau) et font une bonne combinaison sur le papier. La présence de Broadcom dans les centres de données et les ambitions de Qualcomm sur ce marché s'accordent également bien. Mais, nous pensons que Broadcom a besoin plus de Qualcomm que Qualcomm n'a besoin de Broadcom. Qualcomm a déjà une longueur d'avance et la dernière chose dont l'entreprise a besoin est une autre distraction.

Si Qualcomm accepte l’offre de Broadcom, cela augmentera la dépendance de Qualcomm vis-à-vis du marché des smartphones plutôt que de le réduire.  Une position clairement inconfortable pour les deux sociétés, même avec NXP, car Broadcom a des chances de se concentrer sur le sans fil.

Une opération à hauts risques

Qualcomm a déjà travaillé patiemment pendant longtemps pour acquérir NXP avec l’ambition d’accélérer sa diversification au-delà des mobiles. Une combinaison Qualcomm-NXP reste préférable à une combinaison Broadcom-NXP-Qualcomm ou simplement à une combinaison Qualcomm-Broadcom.  L'intégration avec Broadcom fait courir beaucoup de risques.

 Sravan Kundojjala, analyste au cabinet d’études de marché Strategy analytics

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