[Tribune] Pour une informatique moins gourmande en énergie, formons les ingénieurs

Enseignant-chercheur à IMT Atlantique, Thomas Ledoux soulève l'urgence de se préoccuper de la sobriété numérique des entreprises. Il soutient qu'une informatique frugale est possible à conditions de former les experts de la fonction dans les organisations. Les ressources pédagogiques existent. Et les initiatives se multiplient. 

Partager
[Tribune] Pour une informatique moins gourmande en énergie, formons les ingénieurs
Les experts du numérique dans les entreprises doivent se former à la sobriété, selon Thomas Ledoux.

A lui seul, le numérique représente environ 4% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Et ce chiffre pourrait doubler d’ici à 2025, ordinateurs, smartphones, objets connectés et autres data centers se montrant particulièrement gourmands en électricité. Pourtant, alors que les préoccupations environnementales et les questions énergétiques occupent une place croissante dans le débat public, l’impact du numérique passe largement inaperçu. Certains acteurs, cependant, ont pris conscience de l’ampleur du problème. Depuis quelques années, diverses initiatives sont apparues pour tenter de limiter l’empreinte carbone du numérique. C’est le cas du Shift Project de Jean-Marc Jancovici, ou de l’Institut du Numérique Responsable (INR), qui délivre un label.

Les entreprises, de leur côté, sont demandeuses, surtout à un moment où le coût de l’énergie s’envole, et alors qu’elles sont questionnées sur leurs engagements concrets en faveur de l’environnement. Elles sont conscientes que leurs activités numériques, souvent, sont inutilement voraces. Elles sont à la recherche de solutions pour en limiter l’impact. Bref, elles sont prêtes à participer à l’émergence d’un numérique plus sobre et plus responsable.

Des économies d’énergie considérables en perspective

Certes, il est difficile d’évaluer avec précision quel gain peut procurer une informatique « frugale ». Tout dépend du compromis que l’on accepte. Mais une chose est sûre : des économies significatives sont possibles. En utilisant des services « dégradés » (site Web plus sobre, calculs d’itinéraires moins sophistiqués, images 3D moins soignées…), on peut réduire l’empreinte carbone d’environ 20% - voire de 50% si l’on recourt à une énergie renouvelable.

Dans le cas de la blockchain Ethereum, 70% des scripts déployés ne sont jamais appelés : il suffirait de modifier ce mode de fonctionnement pour diminuer de 60% l'espace de stockage minimal pour chaque participant. Par effet domino, cela conduirait à une réduction importante de la consommation d’énergie de l’ensemble de la blockchain, celle-ci étant répliquée par tous ses participants !

Mais tout cela ne s’improvise pas. Mettre en place une informatique frugale nécessite un véritable changement de paradigme - depuis les achats jusqu’à la conception de logiciels, l’hébergement des données ou l’utilisation de l’intelligence artificielle. Il y faut des compétences spécifiques. C’est pourquoi les entreprises sont désireuses de recruter des profils capables de prendre en charge ce sujet.

Il faut donc attaquer le problème à la racine : dès la formation des ingénieurs. Les écoles d’ingénieurs ont en effet un rôle décisif à jouer, en apportant à leurs étudiants les outils et les compétences qui leur permettront de faire baisser l’empreinte carbone dans l’exercice de leur métier. La Commission des titres d’ingénieur (CTI) s’est emparée de la question : elle pousse à l’organisation de cours dès la rentrée prochaine. Déjà, quelques écoles se lancent. De son côté, le Sénat a adopté, en novembre, un projet de loi portant sur la sobriété numérique et la formation des ingénieurs. L’heure est donc à la mobilisation.

Des experts bénévoles pour des formations open source

Miser sur la formation des ingénieurs : c’est également l’ambition d’Ecolog, fruit de l’association de l’institut du numérique responsable et de la filière informatique nantaise, laquelle regroupe l’université de Nantes, IMT Atlantique et Centrale Nantes. Pour répondre au défi de la sobriété numérique, Ecolog vise à élaborer un corpus de formations disponibles en open source et dédiées à l’informatique responsable. Une quarantaine d’experts de toute la France, tous bénévoles, planchent sur ce projet.

Celui-ci comprend une dizaine de ressources pédagogiques correspondant chacun à une vingtaine d’heures de cours - l’équivalent de trois journées de formation continue. Parmi ceux-ci, un tronc commun « généraliste », destiné à des ingénieurs de tous profils, et traitant de la problématique du numérique responsable, des achats responsables, de stratégie numérique… D’autres modules, plus ciblés, seront dédiés à des métiers spécifiques de l’ingénieur informaticien : développeurs, chefs de projet, data scientists, spécialistes IA, ingénieurs fullstack, designers UX/UI, ingénieurs IoT... Les écoles et les entreprises auront accès librement à ces ressources. L’objectif étant d’aboutir à un corpus complet, assorti d’un site web, en septembre 2022.

D’ores et déjà, Ecolog suscite un réel intérêt. De nombreux partenaires soutiennent l’initiative : des institutions académiques (Télécom Paris, universités de Grenoble, Lille, Toulouse, Nantes, Pau, Rennes…), des entreprises de services numériques (CapGemini, Sopra-Steria, CGI), des start-ups, des banques ou des assurances (Crédit Agricole ,MAIF). Des institutionnels comme la Direction interministérielle du numérique, Ademe, et la région Bretagne, quant à elles, contribuent à son financement.

Par Thomas Ledoux, Enseignant-chercheur au département automatique, productique et informatique d’IMT Atlantique

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

SUR LE MÊME SUJET

Sujets associés

NEWSLETTER La Quotidienne

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

Tous les événements

LES PODCASTS

A Grasse, un parfum de renouveau

A Grasse, un parfum de renouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Anne Sophie Bellaiche nous dévoile les coulisses de son reportage dans le berceau français du parfum : Grasse. Elle nous fait découvrir un écosystème résilient, composé essentiellement...

Écouter cet épisode

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe.

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos sociétés.

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu ses installations.

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

BUREAU VERITAS

Chargé de Certification Clients Production Bio (F-H-X)

BUREAU VERITAS - 21/01/2023 - CDD - Valence

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

Accédez à tous les appels d’offres et détectez vos opportunités d’affaires

75 - TOULOUSE BUSINESS SCHOOL

Travaux de maintenance, réparation et rénovation sur le campus parisien de TBS Education

DATE DE REPONSE 03/03/2023

+ de 10.000 avis par jour

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS