[TRIBUNE] Pour les juniors comme les majors du secteur minier, la donnée deviendra quitte ou double

Les juniors minières, qui peinent actuellement à se financer, comme les majors dont les actionnaires finiront par exiger des données plus précises sur leurs réserves, ne pourront pas se passer de recourrir aux nouvelles technologies d'acquisition de données. Dans cette cinquième chronique, David Weber, expert industries extractives chez BearingPoint, s'attache à démontrer l'inexorabilité de ce mouvement. Ses chroniques sont publiées chaque lundi - et exceptionnellement ce mardi - sur usinenouvelle.com.

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Dire que dans le monde des industries extractives juniors et majors traversent une crise de l’investissement est un euphémisme qui n’aura échappé à personne et certainement pas à la myriade de fournisseurs et sous-traitants qui vivent avec les soubresauts de l’écosystème. Bien entendu, les sociétés les plus fragiles, les plus petites, sont celles qui risquent le plus de ne pas survivre alors que les majors peuvent toujours vivre sur un matelas de trésorerie et/ou fortement revoir leur périmètre d’actifs et humain, quand bien même ils sont eux aussi appelés à tailler dans le vif. La disparition d’Anglo American dans son périmètre actuel et la suppression de plus de 80 000 emplois dans le groupe illustre jusqu’à la caricature l’ambiance du moment.

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"Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir" écrivait La Fontaine dans sa fable. Cette morale est toujours d’actualité, car si les majors arrivent encore à se refinancer grâce à un argent devenu pratiquement gratuit malgré la dégradation du statut des obligations liées à leur dette, ce n’est clairement pas le cas des juniors qui ne lèvent pas d’argent. Moins de 2 millions de dollars ont ainsi été levés au Québec lors des six premiers mois de l’an dernier, une somme ridicule. Non pas que la qualité des projets soit subitement devenue médiocre mais le cours déprimé des matières premières et l’incertitude intrinsèque au métier d’exploration catalysent les craintes sur un retour sur investissement devenu très hypothétique.

Juniors et poker-menteur

Que peuvent donc faire les sociétés de petite taille en quête de financement auprès des investisseurs pour attirer leurs bonnes grâces ? Ne possédant aucun levier sur le cours du minerai ni sur la demande, il ne leur reste qu’à vendre un potentiel lié au niveau des réserves estimées ou prouvées. Car lorsque le marché repartira, et cela finira tôt ou tard par arriver, le caractère stratégique du minerai convoité sera mis en regard de ce que la junior pourra réellement exploiter et fournir dans une épure de coût cohérente.

Les gisements de taille petite et moyenne sont voués à disparaître, aussi assiste-t-on plus qu’à l’ordinaire dans les roadshows financiers à une sorte de course à l’échalote à la taille du gisement. L’investisseur, comme le ferait un joueur de poker, passe actuellement prudemment son tour et jauge - autant que faire se peut - celui qu’il en face de lui. Cette partie de poker menteur lui impose d’être sélectif et factuel, et la réduction du risque pris sera d’autant plus grande que les méthodes d’analyse de la ressource se seront montrées fines et transparentes. Nous l’avons dit ailleurs, les standards internationaux canadiens et australiens encadrant la méthode sont dans le meilleur des cas précis à 15%. Avec les nouvelles avancées mathématiques, il est dorénavant possible d’améliorer ce score d’un bon tiers voire de la moitié. C’est un changement de paradigme très significatif et les prochains mois nous diront si l’écosystème des juniors adopte ce qui ressemble fort à une de ses seules bouées de sauvetage. En cela, le prochain salon PDAC à Toronto et le Mines & Money de Londres seront d’excellents baromètres.

Le massacre des majors : stop ou encore ?

Les majors sont dans une position différente puisqu’elles ont déjà des mines opérationnelles et qui produisent, sans être à pleine capacité. Qu’apporterait donc de regarder au plus près, avec une vision pointue, ce que ces sociétés déclarent détenir comme réserves réelles ? Une possible bombe dans la valorisation boursière de ces sociétés avec un effet de déflagration incroyable pour le secteur.

Prenons un exemple avec l’un des principaux producteurs d’or au monde, la société ontarienne Barrick Gold. Elle déclarait détenir au 31 décembre 2014 entre ses ressources prouvées et probables l’équivalent de 2636 tonnes d’or, sachant que les probables (donc moins certaines) représentaient 73% du total. Avec une marge d’erreur de 15% sur cette catégorie, c’est un delta positif ou négatif de quasiment 11% qui s’applique sur le global, soit presque 300 tonnes ou encore l’équivalent de 1,5 milliard de dollars de valorisation sur une base d’une valorisation initiale de 14 milliards au cours d’alors si on raisonne en valeur "à la casse" (la valeur équivaut à son stock disponible). Dit autrement, chaque pourcent gagné en précision de réserve vaut 135 millions de valorisation... en plus ou en moins.

Le monde pétrolier présente des caractéristiques similaires, mais à une échelle encore bien plus grande. Il est temps que les dirigeants, les actionnaires et investisseurs de ces sociétés décident d’avoir un éclairage nouveau sur ce qui est annoncé au marché, qui finira de toute façon par l'exiger. Vous avez dit une bombe ?

David WEBER, expert industries extractives au sein du cabinet BearingPoint, est féru de technologie et particulièrement de tout ce qui touche aux données. Au confluent de ces deux mondes, il conseille sociétés minières et gouvernements, du Canada au Niger, sur l’ensemble de l’écosystème.

Il est par ailleurs auteur de nombreuses publications, rapports gouvernementaux et d’un ouvrage paru en 2012 sur le sujet des terres rares (www.terresrares.fr)

Lire la tribune de la semaine dernière: Loi et données minières: l'Afrique et le Canada en pole position

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