[TRIBUNE] Loi et données minières: l’Afrique et le Canada en pole position

Le rôle des données et, plus largement, du digital va grandissant dans le secteur des industries extractives. Dans cette quatrième chronique, David Weber, expert industries extractives chez BearingPoint, s'attache au rôle des Etats dans cette révolution. Et les pionniers ne sont pas forcément ceux que l'on croit. Ses chroniques sont publiées chaque lundi sur usinenouvelle.com.

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C’est un fait, la digitalisation touche toute la sphère économique. Les sociétés pétrolières et minières s’emparent elles aussi de cette révolution, cependant il existe dans cette logique d’optimisation des données du sous-sol un acteur méconnu qui est à même de bouleverser la donne dans des proportions économiques tout à fait considérables: les Etats.

Ceux-ci se cantonnaient jusqu’à présent à la production et à la mise à jour d’un code minier, renforcé ou amendé de dispositions législatives particulières. Les pays les plus développés disposent tous de leur organisme dédié à l’étude du sol, du sous-sol et de leurs risques. Le BRGM en France ou l’USGS aux USA remplissent cette fonction, et des structures ministérielles dédiées existent dans les états africains. Historiquement, ces derniers bénéficient des travaux en gîtologie menés par leurs anciennes puissances tutélaires et ont procédé à quelques mises à jour depuis, mais restent globalement passifs sur la façon de traiter d’égal à égal avec les compagnies minières. Un manque relatif d’information, de formation et d’outils expliquent cet état de fait mais cela change à la faveur de plans de développement mettant le secteur minier au centre des priorités.

Valorisation du patrimoine national

L’optimisation des données liées au monde minier tient en deux grands chapitres : dans une première phase, être capable d’optimiser les fonds propres des états dans des campagnes de prospection afin de valoriser le potentiel minier du pays auprès d’investisseurs et dans une seconde phase, négocier d’égal à égal avec les sociétés minières ou pétrolières en objectivant le niveau de ressources de façon beaucoup plus fine que ce que proposent aujourd’hui les sociétés spécialisées. On comprend aisément que si la redevance perçue par l’État est basée sur une approximation à plus ou moins 15 ou 20 % (ce qui est la marge d’erreur des standards JORC et NI43-101 au stade déclaratif des réserves), il existe un effet de levier considérable pour négocier en disposant d’informations plus précises et indubitables sur le niveau réel des réserves en hydrocarbures ou minerais. Une solution comme HyperCube® a démontré sa capacité à diviser par plus de deux l’incertitude dans ce genre de calcul, parvenant même à identifier factuellement des gisements sous 30 à 60 mètres d’overburden en zones marécageuses.

Ceci n’est ni une fiction ni un rêve, mais une réalité qui promet de s’imposer, de bousculer l’industrie et de donner l’avantage à ceux qui auront pris les devants législatifs et commerciaux car je gage que personne ne voudra dépenser plus que nécessaire ni arriver à la table des négociations en sachant que la partie adverse peut lire dans une partie de ses cartes.

Le Sénégal prend les choses en main

Le Sénégal, à travers son Plan Sénégal Emergent (PSE), a défini le secteur minier comme un des piliers majeurs de son développement. Il est le parfait exemple d’un pays susceptible de prendre le lead en Afrique. Directeur du PSE, Ibrahima Wade est très clair sur le sujet : "nous voulons ce qui se fait de mieux pour le pays sur le sujet", a t-il déclaré. Et les sujets ne manquent pas, comme me l’a confirmé le Dr Rokhaya Samba Diene, directrice de la prospection et de la promotion minière. Dakar se promet d’avancer, mais d’autres pays sont dans la course et se positionnent : le Congo, le Gabon, la RD Congo, le Canada… Et la France, via E-mines, une société fondée par Michel Bonnemaison, ex-adjoint au chef de service ressources minérales du BRGM et aujourd’hui directeur général de Variscan mines.

L’Afrique a un intérêt majeur à ceci, mais il est tout aussi intéressant de regarder comment de grands pays miniers peuvent utiliser cette nouvelle façon d’analyser la donnée avec profit et ainsi créer de nouveaux marchés. En effet, lorsqu’une société minière au Canada détient une propriété sur laquelle elle n’a exercé aucune activité depuis plusieurs années, les autorités peuvent légitimement lui retirer son permis minier. Il lui faut donc justifier d’une activité, même minimaliste. Plutôt que d’entreprendre une campagne d’exploration coûteuse, refaire l’analyse sur les données historiques apparaît être une très bonne idée : c’est non seulement reconnu comme une activité à part entière mais a également le bon goût d’être bien plus abordable. Personne n’est jamais à l’abri d’une bonne nouvelle…

David WEBER, expert industries extractives au sein du cabinet BearingPoint, est féru de technologie et particulièrement de tout ce qui touche aux données. Au confluent de ces deux mondes, il conseille sociétés minières et gouvernements, du Canada au Niger, sur l’ensemble de l’écosystème.

Il est par ailleurs auteur de nombreuses publications, rapports gouvernementaux et d’un ouvrage paru en 2012 sur le sujet des terres rares (www.terresrares.fr)

Lire la tribune de la semaine dernière: Digitalisation des mines des océans et de l'espace: le terrain de jeu s'agrandit

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