Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

[Tribune] Les grandes entreprises françaises sont-elles vraiment à l'abri d'un effet Gilets Jaunes ?

, ,

Publié le

Tribune Ancien DRH d'Orange qu'il a contribué à pacifier, auteur d'un rapport sur le numérique et le travail, Bruno Mettling connaît mieux que personne les situations sociales tendues ou l'impact des nouvelles technologies sur les manières de travailler ou de prendre la parole dans l'entreprise. Dans le texte qu'il nous a fait parvenir, il analyse l'impact du mouvement des gilets jaunes, dresse des pistes pour en sortir fort de son expérience et prévient les grandes entreprises des risques sociaux à venir. Pourtant, assure-t-il, il y a là une chance de refondation véritable.

[Tribune] Les grandes entreprises françaises sont-elles vraiment à l'abri d'un effet Gilets Jaunes ? © Thomas Bresson

Le lancement du Grand débat national, initié par le Président de la République pour réinstaurer un dialogue constructif avec les Français en pleine crise des gilets jaunes, n’est pas sans rappeler les processus impulsés par plusieurs grandes entreprises il y a quelques années en vue de reconstruire une dynamique sociale positive. Cela tient à un élément commun à toute structure humaine : le contrat, généralement implicite, qui en lie les parties. Quand le contrat a été profondément endommagé, il est nécessaire de le ré-expliciter, voire de le repenser.

Ce fut le cas à partir de 2010 lorsque Stéphane Richard m’a appelé à ses côtés pour sortir France Telecom de la plus grave crise sociale de son histoire. Nous avons mené avec l’ensemble du comité exécutif d’Orange et des équipes des ressources humaines, un profond programme d’écoute, de dialogue puis de rénovation du contrat social. D’autres entreprises, La Poste, PSA Peugeot Citroën, la Macif, Renault…, confrontées peu ou prou aux mêmes symptômes avaient emboîté le pas. Pour celles qui ne s’étaient pas attelées à la tâche ou qui se sont contentées d’un diagnostic superficiel sans mettre en œuvre les mesures adéquates, l’heure est sans doute venue de bien mesurer le risque associé.

Où sont les Gilets Jaunes des grandes entreprises ?

De ce point de vue, la crise des Gilets Jaunes marque un avertissement, y compris au sein des grandes entreprises où travaillent près d’un tiers des salariés. On aurait tort de considérer que cette crise n’a pas et n’aura pas de répercussion interne, au motif qu’elle n’est pas née dans l’entreprise. Les crises répétées du marché de l’emploi, l’irruption du chômage de masse depuis plus de 20 ans, la précarisation croissante de l’emploi salarié, la réduction relative des CDI, la persistance de taux de chômage élevés, en particulier chez les jeunes et les seniors, ont créé le terreau de la grogne sociale à laquelle on assiste actuellement. Jusqu’à présent, s’ils disent soutenir le mouvement des Gilets Jaunes, les salariés en CDI dans les grands groupes ne se sont pas directement impliqués sans doute en considération de la protection garantie par leur statut. Qu’en sera-t-il de leur implication dans le Grand débat national ?

La situation sociale de l'Etat et des entreprises : similitudes et différences

En qualité d’expert des problématiques sociales, je suis attentif à la fois à l’absence d’effet de contagion, jusqu’ici du moins, mais aussi aux fortes similitudes entre la situation sociale de la France et celle de nos grands groupes. Le premier élément commun consiste en un net affaiblissement du projet collectif. Les années glorieuses durant lesquelles la France, comme les entreprises, offraient des perspectives de développement, de progression sociale est un temps bien révolu. Aujourd’hui, que reste-t-il du deal tacite qui scellait la question économique et sociale : l’individu fait des efforts et l’Etat d’un côté, l’Entreprise de l’autre le protègent. Si ce modèle demeure pour un nombre de plus en plus réduit de citoyens et salariés, il ne fonctionne plus massivement et cette rupture a entraîné avec elle le blocage de l’ascenseur social, l’éloignement des différentes classes sociales…

Evidemment, on comprend la difficulté de penser et mettre en œuvre un projet universel, qui transcende les approches partisanes, communautaires ou corporatistes à l’échelle de l’Etat sans une dynamique forte de croissance. Au sein des entreprises, les dirigeants ont trop souvent confondu la raison d’être sociétale avec celle purement économique de leurs actionnaires. Sans verser dans l’utopisme, je constate tout de même que les entreprises qui se vivent comme un projet collectif créent une dynamique de progrès confirmée le plus souvent par des résultats profitables, des capacités d’adaptation et de rebonds incroyables. Je pense évidemment à Orange mais aussi a tant d’autres, petites ou grandes, industrielles ou de service.

Les managers de nos entreprises : un des derniers corps intermédiaires efficaces

Un des corollaires de l’affaiblissement du projet collectif est une fracture profonde de confiance entre les dirigeants politiques ou économiques et les citoyens, salariés. Dans ce contexte, où sont les corps intermédiaires qui sont les relais, les soutiens, les moteurs au quotidien ? Les entreprises les plus performantes sont généralement celles qui considèrent, soutiennent et développent leur ligne managériale.

Parce qu’elles ont compris que les managers jouent un rôle clé de lien. Ils sont le visage de l’entreprise, donnent le sens du travail quotidien, sont ceux qui savent reconnaître la qualité du travail pour que les efforts produits ne soient pas perçus comme exclusivement tournés vers l’actionnaire. Dans le contexte actuel, on peut s’interroger sur le rôle des corps intermédiaires à l’échelle de la nation. Où sont les managers du pays France ? Quelle reconnaissance et quel soutien pour nos maires et leurs équipes municipales qui sont et demeurent l’incarnation de la République au quotidien.

Restaurer la confiance, préalable à tout projet de transformation

Pour conclure et revenir à la démarche de Grand Débat national, il me semble impératif de redonner de l’espace aux corps intermédiaires, qu’ils soient élus de proximité ou partenaires sociaux. Sur la place publique comme au sein des instances représentatives du personnel, il est urgent de reconsidérer leur rôle, d’assumer les débats contradictoires à condition qu’ils visent la construction et non la déstabilisation. 

Cette restauration de la confiance est d’autant plus indispensable, que l’Etat comme nos entreprises, vit la plus grande transformation de l’ère moderne, celle de la révolution numérique. De nouvelles façons de travailler, d’éduquer, de soigner, de produire émergent et appellent de nouvelles exigences d’accompagnement, de formation, d’investissement dans nos entreprises comme dans le pays. Puisse le grand débat permettre à notre pays de se re-doter rapidement du socle de confiance nécessaire et à nos entreprises de se pencher à nouveau en urgence sur la qualité de leur modèle interne. 

 

Bruno Mettling, président de Topics Conseil en stratégie sociale

Les avis d'experts sont écrits sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle

 

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle