[Tribune] Les bienfaits de l’anticipation pour dépasser les crises

Frédéric Barth, le directeur général d’Altares-D&B, enjoint les dirigeants à miser sur les données pour protéger leur entreprise des crises, mais aussi à sécuriser leur propre parcours.

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[Tribune] Les bienfaits de l’anticipation pour dépasser les crises
Selon Frédéric Barth, l'anticipation est le seul moyen de préparer les entreprises aux "cygnes noirs".

« Gouverner c’est prévoir. » Cette célèbre maxime est attribuée à Adolphe Thiers, plusieurs fois ministre sous la monarchie de Juillet. Elle attribue à celles et ceux chargés de conduire le destin d’un pays ou d’une entreprise la charge de l’anticipation. Les deux dernières grandes crises systémiques ont engendré des répercussions à caractère mondial sur l’activité économique des entreprises. Elles ont mis au jour l’importance d’anticiper lorsque l’on exerce la fonction de dirigeant d’entreprise.

En 2008, il s’agissait d’anticiper l’impensable, résumé dans l’essai de Nicholas Taleb [1] qui fit naître une expression populaire : anticiper les « cygnes noirs ». Paradoxalement, l’actuelle crise du Covid, quoique davantage meurtrière en vies humaines, est régie par des principes très simples à intégrer par le cerveau humain, généralement imperméable au surgissement de l’impossible. Alors que le gouvernement commence à détailler la décélération du « quoi qu’il en coûte », Bruno Le Maire a annoncé un chapelet de mesures pour accompagner les entreprises fragilisées et prévenir les faillites en cascade que tous les spécialistes redoutent. Pour éviter cette « apocalypse entrepreneuriale », trois aspects majeurs doivent être désormais pris en compte par les dirigeants, à la lumière de ce que cette dépression économique nous a appris.

Piloter l'entreprise par la donnée

Le premier aspect reste le pilotage de son entreprise par les data. Une fois les dispositifs de soutien publics taris, les organisations devront se réinventer pour s’ouvrir à de nouveaux marchés. Click and collect, livraison à domicile, etc., nous savons que les entreprises pilotées par la donnée ont 23 fois plus de chances de gagner de nouveaux clients et 6 fois plus de les conserver. Les données peuvent aussi informer et permettre d’anticiper sur les risques des prospects, clients, fournisseurs et partenaires. Comme en matière footballistique, les données permettent d’attaquer, mais aussi de défendre le « fonds de commerce ».

Assurer la continuité de son employabilité

Au-delà de l’entreprise, c’est sur sa fonction et sa personne que le dirigeant doit appliquer le principe d’anticipation. Le deuxième enjeu réside dans la faculté d’assurer la continuité de son employabilité et d'un possible rebond. Quel meilleur outil pour cela que la formation ? Or le peu de temps qu’ils consacrent à cet aspect fait par exemple basculer certains brillants entrepreneurs dans le piège de l’illectronisme [2]. La crise actuelle ayant placé au centre de tous les enjeux « business » les outils numériques, ces lacunes accumulées se révèlent une chausse-trape sans échappatoire. S'ils doivent prendre en compte la formation, les dirigeants doivent aussi anticiper leur propre trajectoire. Quels sont mes besoins et mes envies pour la suite de mon parcours ? Autant de questionnements nécessaires à la préservation du souffle entrepreneurial.

Au-delà, cette crise aura marqué au fer rouge chaque entrepreneur, où qu’il soit, quel qu’il soit, d’un principe dont on ne peut disconvenir : en économie tout peut arriver quelle que soit la somme de talents des dirigeants. Et si, jusqu’à présent, s’assurer contre l’impensable, c’est-à-dire la mort économique, restait un tabou, cela s’impose désormais comme première décision d’anticipation entrepreneuriale. Le troisième enjeu d’anticipation se joue sur ce sujet : le dirigeant doit penser à sa propre protection en cas d’accident économique, au filet de sécurité pour entreprendre sereinement ou rebondir le cas échéant.

L’anticipation se met au service de ce qu’il convient d’appeler la téléologie entrepreneuriale, c’est-à-dire une doctrine considérant le monde de l’entreprise comme un système de rapports entre moyens et fins. Alors que nombreux sont ceux qui s’inquiètent de voir les pouvoirs publics maintenir en vie des entreprises « zombies », jamais, dans toute l’histoire des dispositifs de sauvegarde des entreprises défaillantes, autant (8 sur 10) [3] n’avaient été liquidées sans recourir au préalable à une mesure de protection. Au point de voir une mission, conduite par l’expert financier René Ricol, recommander dans un rapport gouvernemental la remise à plat du régime d’insolvabilité français. La pérennité des entreprises se conjuguera grâce à cette capacité d’anticipation des dirigeants : pour leur entreprise, mais aussi pour leur propre condition.

Par Frédéric Barth, directeur général d’Altares-D&B


Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.



[1] Le Cygne noir : la puissance de l'imprévisible, Nassim Nicholas Taleb, éd. Random House, 2007

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Illectronisme

[3] Altares – premier trimestre 2021

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