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[TRIBUNE] Le bon moment pour se reposer la question du gaz de schiste

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le

Pour Jean-Louis Schilansky, président du Centre hydrocarbures non conventionnels (CHNC), la période d’incertitude énergétique est le moment dont la France doit profiter pour réévaluer sa politique en matière de gaz de schiste, à l’aune des progrès technologiques réalisés dans les pays les plus avancés en la matière.

[TRIBUNE] Le bon moment pour se reposer la question du gaz de schiste

L’environnement économique mondial connaît des soubresauts majeurs en ce début d’année. La baisse des prix du pétrole, les interrogations sur le ralentissement de la croissance chinoise et américaine, la perspective d’un Brexit sont autant d’incertitudes qui pèsent sur les places boursières. A cela s’ajoutent les questions sur l’avenir énergétique. En effet, la baisse des prix du pétrole, qui a notamment pour origine la production de gaz de de pétrole de schiste, a fait prendre conscience de l’émergence d’une nouvelle donne énergétique.

Dans ce contexte, les stratégies de long terme se structurent autour de deux impératifs : la recherche d’indépendance énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique. Les Etats-Unis sont ainsi devenus indépendants en gaz naturel et ont réduit leurs importations de pétrole de plus d’un tiers. L’Argentine souhaite réduire également ses importations grâce au développement du gaz de schiste.

La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre

Cette réflexion sur la sécurité énergétique concerne aussi l’Europe. Le Royaume-Uni, devenu importateur d’hydrocarbures, s’engage pour améliorer sa sécurité d’approvisionnement, alors que la production en mer du Nord continue de décliner fortement. A l’est de l’Europe, la Pologne, soucieuse de réduire sa dépendance à l’égard de la Russie, s’est lancée dans l’évaluation de ses ressources potentielles, même si les résultats ne sont pas, à ce stade, à la hauteur de ses objectifs.

Par ailleurs, les Etats cherchent à s’engager durablement dans des politiques de réduction des gaz à effet de serre, avec de multiples initiatives : forte croissance des énergies renouvelables, réduction de la consommation de charbon, développement de l’énergie nucléaire dans certains pays. La Chine en est un bon exemple avec sa politique de substitution du gaz naturel au charbon pour la production d’électricité.

De ce point de vue, la politique de développement du gaz de schiste est une réponse à ces deux défis majeurs : assurer la sécurité d’approvisionnement et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les Etats-Unis, dont le sous-sol est riche en hydrocarbures de schiste, ont été les premiers à développer massivement cette nouvelle ressource. Ce choix bouleverse maintenant la donne énergétique mondiale, et a des répercussions géopolitiques majeures et durables.

Des évolutions technologiques

Au regard de ces changements, de nombreux autres pays répondent aux nouveaux impératifs énergétiques en incluant l’exploration et la production de gaz de schiste dans leur stratégie nationale. D’une certaine manière, c’est un tournant aussi structurel que le choix fait en France dans les années 70 pour la production d’électricité d’origine nucléaire, qui répondait déjà à l’enjeu d’indépendance énergétique.

Ainsi, de nombreux pays progressent dans la connaissance de leurs ressources non conventionnelles, alors même que les techniques d’exploitation s’améliorent de jour en jour. Ils lancent des études géologiques, évaluent les risques des techniques actuelles, encouragent les recherches scientifiques vers des techniques innovantes. En parallèle, ils encadrent l’exploration et l’exploitation de ces ressources de manière de plus en plus rigoureuse : obligation d’utiliser des séparateurs fermés pour éviter les émissions de méthane, soutien aux innovations vers une moindre utilisation d’eau et d’additifs et une meilleure maîtrise des impacts environnementaux.

Ces exemples, au premier rang desquels l’exemple américain, doivent nous inciter à mener un débat raisonné sur le gaz de schiste afin de définir si, et comment, il peut prendre sa place dans la politique énergétique de notre pays. Ne pas le faire maintenant, c’est prendre le risque, lorsque les prix du pétrole repartiront à la hausse, d’avoir raté une occasion historique.

Jean-Louis Schilansky, président du Centre hydrocarbures non conventionnels (CHNC)
 

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