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[Tribune] L’industrie nucléaire recycle… et recycle de plus en plus !

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Tribune Alors que le débat sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs (PNGMDR), porté par la Commission nationale du débat public, touche à sa fin, il apparaît clairement que le recyclage des matières nucléaires doit continuer à se développer. Un choix cohérent pour économiser les matières premières, affirme Philippe Knoche, directeur général d'Orano.

[Tribune] L’industrie nucléaire recycle… et recycle de plus en plus !
Lors du débat public sur les matières et déchets radioactif, il a beaucoup été question de recyclage des combustibles usés. Le PDG d'Orano, Philippe Knoche, le défend dans une tribune.
© photo Pascal Guittet

Le recyclage n’est pas une idée neuve. Dans un monde de ressources limitées, la logique de réemploi des objets et des matériaux a toujours accompagné l’activité humaine, si l’on en croit les archéologues. Avec le développement de l’activité industrielle à partir du 19ème siècle, le recyclage prend un second sens : à côté de la réutilisation des matériaux, l’enjeu devient aussi de limiter les déchets produits.

Le nucléaire précurseur de l'économie circulaire

Dès sa naissance, le nucléaire civil s’est posé la question du stockage, du traitement et du recyclage de ses matières. Par comparaison, bien des industries exploitant des matériaux polluants et dangereux pour la santé humaine (comme l’informatique et l’électronique, avec des terres rares, des métaux, du plastique…) se sont développées sans réflexion préalable sur le devenir de leurs appareils usagés, alors même qu’elles sont marquées par une obsolescence programmée. Les images régulières de ces "cimetières informatiques" nous rappellent cette réalité qui a un impact négatif sur l’environnement et, potentiellement, sur la santé.

Le nucléaire fait donc figure de précurseur. Aujourd’hui, 10 % de l’électricité nucléaire produit en France l’est à partir de matières recyclées ! Le débat lancé par la Commission nationale du débat public sur la gestion des matières et déchets radioactifs a eu le mérite de le rappeler, et les décisions prises dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ont confirmé le choix du traitement-recyclage pour la gestion des combustibles usés.

Réduire les volumes de déchets

Ce choix s’imposait naturellement pour plusieurs raisons. D’une part, parce que le recyclage est préconisé désormais pour toutes les industries : c’est une responsabilité des industriels et une attente sociétale légitime à leur égard. Dans l’industrie nucléaire, il permet de réduire à la fois le volume de déchets et la consommation de ressources naturelles.

D’autre part, il est évident que la question des déchets est cruciale. Or, le recyclage permet de diviser par cinq le volume de déchets les plus radioactifs, tout en divisant par dix leur toxicité, sur le long terme.

D’ailleurs, un sondage Orano/BVA réalisé en juin dernier montre que "près de deux Français sur trois ont connaissance des possibilités de recyclage des combustibles utilisés dans les centrales […] et que pour eux, l'objectif de ce recyclage doit prioritairement être de réduire la dangerosité des déchets".

C’est un axe fort de notre R&D depuis des années. Par ailleurs, les déchets ultimes représentent un faible volume : il faudrait plusieurs années pour remplir l’équivalent d’une piscine olympique. Ils sont stockés après avoir été intégrés à une matrice de verre ultra stable dans le temps.

Economiser les ressources naturelles

Orano dispose des compétences et des technologies pour recycler les matières nucléaires, qu’elles soient issues de combustibles neufs ou usés. Des matières valorisables (uranium appauvri, uranium et plutonium) qui ont déjà été réutilisées dans le passé… et le seront dans le futur. A titre d’exemple : la réserve d’uranium appauvri en France représente l’équivalent de 8 ans de consommation d’électricité produite par les réacteurs nucléaires.

L’uranium de recyclage va être à nouveau recyclé dans des réacteurs à partir de 2023, portant à plus de 25 % la quantité d’électricité produite avec des matières recyclées. Quant au plutonium, il est d’ores et déjà recyclé en réacteurs.

Un coût minime

Un programme de R&D intégrant des études et expérimentations est engagé par Orano aux côtés d’EDF et du CEA pour recycler plusieurs fois le plutonium, avec pour objectif l’introduction d’un assemblage test en réacteur à l’horizon 2025-2028, comme convenu dans le contrat de filière signé en janvier 2019. Avec la réutilisation de ces matières, près de 30% de l’électricité nucléaire pourra provenir de matières recyclées

L’industrie nucléaire a pleinement conscience de l’enjeu que représente le traitement des matières. Enjeu de responsabilité, de sécurité d’approvisionnement et de sécurité, bien sûr, mais aussi économique – le recyclage représente moins de 2 % de la facture d’électricité, un point fondamental pour nos concitoyens.

Avec le recyclage de ses combustibles usés, et des émissions de Co2 très faibles, on peut affirmer que le nucléaire est, à ce jour, une véritable pierre angulaire d’un mix énergétique décarboné et responsable.

Par Philippe Knoche, PDG d'Orano

 

Les avis d'expert et tribunes sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle

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1 commentaire

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25/09/2019 - 09h06 -

Seulement nous apprenons ces jours ci que le CEA abandonne cette filière de recyclage comme les précédentes... PHÉNIX, Super-phénix....
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