[TRIBUNE] Gains en (hydro)métallurgie et séparation, les données valent de l’or!

Dans cette sixième chronique, David Weber, expert industries extractives chez BearingPoint, démontre comment la data - outre son apport incontestable dans l'exploration et l'évaluation des réserves - peut renforcer la rentabilité des installations en aval, dans la séparation des métaux et le traitement du minerai. Ses tribunes sont publiées chaque lundi sur usinenouvelle.com.

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[TRIBUNE] Gains en (hydro)métallurgie et séparation, les données valent de l’or!

Une exploitation plus poussée des données peut renforcer la rentabilité du traitement du minerai. Ici, l'unité pilote de cyanuration d'Auplata en Guyane. Photo D.R.

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Nous l’avons vu les semaines précédentes, la valeur ajoutée de l’analytique trouve son premier débouché dans les domaines liés à l’exploration. Les applications en secteur extractif sont nombreuses et s’il en est un dans lequel l’apport est tout aussi incontestable, il s’agit de la métallurgie, de l’hydrométallurgie et de la séparation des métaux de façon générale.

De quoi s’agit-il ? Ces termes désignent une suite d’opérations basées sur la chimie consistant à mettre en suspension un métal (la lixiviation) avant de le purifier.

Trois bénéfices majeurs

Le premier bénéfice réside dans la mise au point de processus complexes où la réduction de la variabilité face à un objectif de stabilité est essentiel. Comprendre les interactions "chimie - processus - métaux" est souvent difficile avant d’arriver à stabiliser le processus et tous les groupes miniers y sont confrontés en fonction de la composition du minerai qu’ils extraient. Eramet, sur le projet Weda Bay (nickel), a ainsi mis au point en 4 ans, de 2006 à 2010, un type de lixiviation particulier coûtant très cher en essais et recherche. Un plan d’expérience "classique’" type Taguchi doit prévoir une robustesse forte du procédé en condition réelle d’utilisation, via un nombre d’essai optimal. Avec les analyses de données disponibles aujourd’hui, on estime qu’un gain d’au moins 20% sur le nombre d’essais est facilement atteignable, et, surtout, qu'une compréhension plus fine de phénomènes complexes devient possible et démontrable.

Dans la suite logique du premier bénéfice, un second est attendu dans l’optimisation fine d’un procédé ou bien encore dans les opérations d’identification des origines de problèmes complexes lors de crises. Précision et urgence sont là les maîtres mots et les apports des nouvelles solutions d'analyse de données en ces domaines sont incontestables. Non seulement parce qu’ils ont été démontrés maintes fois en milieu industriel, mais aussi et surtout parce que le réglage optimal de procédé s’appuie sur une compréhension fine, pour ne pas dire granulaire, des phénomènes qui échappe aux approches classiques et notamment statistiques. En termes de récupération de métal, et particulièrement si l’on est sur des platinoïdes ou de l’or, gagner de façon récurrente une fraction en plus fait une vraie différence sur le compte de résultats de l’entreprise.

Prenons l’exemple de BarrickGold, que j’observe depuis quelque temps déjà: avec des réserves de plus de 2600 tonnes d’or au bilan et un taux de récupération estimé à environ 97% (niveau standard de la profession sur ce métal), le manque à gagner par pourcent représente presque un milliard d’euro au cours actuel ! Bien sûr, il faut considérer que ceci couvre de longues périodes, mais même sur 10 ans, à 0,5% de gain stabilisé, on atteint des sommes très significatives pour un investissement ultra-rentable, un effet de levier gigantesque, une mise en œuvre immédiate et un risque nul. Et ce qui est vrai dans l’or est vrai partout. Alors pourquoi s’en priver ?

Il existe une famille de métaux bien particuliers qui offre un terrain propice à l’amélioration de la séparation grâce à l’étude et l’optimisation des données: les lanthanides, que le grand public connait mieux sous le nom de terres rares. Contenant des isotopes radioactifs, leur métallurgie présente une complexité accrue et un risque environnemental fort, une des raisons pour lesquelles la minière australienne Lynas a développé son usine de récupération métallurgique… en Malaysie, y provoquant un tollé.

Enfin, le troisième bénéfice est celui de la réduction de la consommation des énergies primaires. Faire tourner une usine de traitement de minerai coûte très cher en investissements et en consommables. Chaque litre d’essence, chaque kilo de souffre, chaque kilowatt, etc.. optimisé apporte un gain financier net et, par ricochet, une empreinte écologique améliorée. Et c’est loin d’être neutre alors qu’il faudra un jour ou l’autre la payer au juste prix. Dans certain cas, c’est l’argument logistique qui donne sa force à ce besoin de sobriété : pour l’avoir constaté sur place, les approvisionnements des usines d’Areva au nord du Niger pour le carburant ou encore les pièces de rechanges critiques sont une préoccupation majeure de la direction de ces sites.

Afin de comprendre pour prévoir et ensuite anticiper, l’analyse des données n’a jamais eu autant d’importance. Les sociétés minières doivent rompre avec ce sentiment qu’elles n’en ont pas assez, ou que le bénéfice en métallurgie promet d’être au mieux marginal : l’expérience prouve le contraire.

David WEBER, expert industries extractives au sein du cabinet BearingPoint, est féru de technologie et particulièrement de tout ce qui touche aux données. Au confluent de ces deux mondes, il conseille sociétés minières et gouvernements, du Canada au Niger, sur l’ensemble de l’écosystème.

Il est par ailleurs auteur de nombreuses publications, rapports gouvernementaux et d’un ouvrage paru en 2012 sur le sujet des terres rares (www.terresrares.fr)

Lire la tribune de la semaine dernière: Pour les juniors comme les majors du secteur minier, la donnée deviendra quitte ou double

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