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L'Usine Agro

[Tribune] Et si la filière biométhane pensait au digital pour devenir compétitive ?

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Tribune Responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre, l’agriculture est aussi partie de la solution pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles grâce à la production de biogaz et de biométhane à partir des déchets agricoles. Le dernier projet de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) français oblige cette filière naissante à devenir vite compétitive. Le digital peut l’y aider expliquent Isabelle Viennois, directrice des activités Energie & Utilities et Florian Beguin, manager chez CGI Business Consulting

[Tribune] Et si la filière biométhane pensait au digital pour devenir compétitive ? © Evergaz

Commençons par un rappel très utile pour comprendre la recherche et les investissements réalisés pour produire du gaz « vert » : le biométhane émet en moyenne 23,4 g CO2/kWh contre 227g CO2/kWh pour le gaz naturel. Pour créer le biométhane, il faut d’abord produire du biogaz à partir de la fermentation de matières organiques. Une fois le biogaz produit, il peut servir à la cogénération de chaleur et d’électricité, mais aussi être épuré pour en extraire le biométhane dont les propriétés sont équivalentes au gaz naturel.

Aussi la filière naissante d’injection de biométhane en France présente-t-elle des bénéfices multiples tant en termes environnementaux qu’en matière de diversification des activités agricoles. Pourtant, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) récemment présentée revoit les objectifs français à la baisse. Pour 2028, elle prévoit ainsi la production et l’injection de 14 à 22 TWh/an de biométhane contre plus de 50 TWh envisagés par les opérateurs de réseaux de gaz.

Ambitions freinées : le financement et la structuration de la filière en cause

Fin 2018, on comptait 76 sites d’injection de biométhane dans le réseau de gaz pour une capacité de production annuelle de 1,2 TWh. Pour des projets de taille similaire, il faudrait 130 nouvelles mises en service par an pour atteindre 22 TWh en 2028, comparativement aux 32 unités mises en service en 2018. Les principaux obstacles à la montée en puissance de la filière française sont à trouver du côté du montage de projet et de son financement, de la coordination entre les nombreux acteurs de la chaine de valeur et du partage de bonnes pratiques entre acteurs concernés.

Cela implique notamment de mieux connaître et quantifier les sources d’approvisionnements et d’optimiser les méthodes de gestion des stocks. Mais les agriculteurs se heurtent quoiqu’il en soit à des difficultés de financement, leurs apports en fonds propres étant limités. Les soutiens publics, régionaux, étatiques et européens se tarissent par ailleurs un peu plus chaque année. Les tarifs d’achats des kWh de biométhane injectés dans le réseau sont par exemple amenés à beaucoup diminuer dans les années à venir.

Les articulations entre les acteurs de la filière mériteraient, par ailleurs, d’être mieux structurées. Il est ainsi nécessaire de mieux connaître et mutualiser les apprentissages en matière de cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVES), d’achats groupés de matériels, de techniques d’épuration, ou de besoins sur le territoire en fonction des saisons.

Et bien sûr, qui dit augmentation de la production de biométhane dit nécessité pour les gestionnaires de réseaux gaziers d’anticiper la multiplication des points d’injection dans les zones rurales.

La coordination entre les nombreux acteurs de la chaine de valeur et le partage de bonnes pratiques entre acteurs concernés sont nécessaires pour aider la filière à surmonter les obstacles qui freinent son développement.

S’appuyer sur le numérique pour standardiser et fluidifier la filière biométhane

Pour accélérer la production et l’injection, fiabiliser l’approvisionnement, financer mieux les projets ou encore mieux coordonner les acteurs, les technologies numériques sont précieuses. Une plateforme nationale ou territoriale de partage de bonnes pratiques entre agriculteurs prospects, porteurs de projets installés, développeurs, équipementiers, pouvoir publics territoriaux, et investisseurs pourrait être une solution efficace.

Certains outils numériques existent déjà pour connaître les gisements de matières disponibles. A l’aide d’un algorithme, l’outil développé par iNex Circular, par exemple, parcourt les bases de données de sites industriels et agricoles d’un territoire et permet de répertorier les acteurs existants, les matières disponibles et les utilisations possibles.

De plus, des programmes de recherche développant des connaissances en matière de production de CIVES ou de techniques d’épuration du biogaz aideraient les acteurs de la filière à progresser à toutes les étapes de la chaine de valeur du biométhane : conception, construction, exploitation de sites de production, mais aussi études, conseil, contrôle et vérification. Et là encore une plateforme numérique permettrait de partager les informations clés, et l’atteinte d’économies d’échelle substantielles dans les processus de production.

Côté financement, si l’octroi de prêts à taux non prohibitifs est attendu, les plateformes de financement participatif sont conduites à jouer un rôle significatif. Sécurisées et suivant des modalités d’investissements divers, elles permettent de valoriser des projets de territoire et d’y inclure habitants ou acteurs économiques locaux.

Et bien sûr la digitalisation est aussi l’une des clés pour optimiser la gestion de réseaux de plus en plus décentralisés et de points d’injection de plus en plus nombreux. Sur ce point, l’algorithme développé par DC Brain permet d’optimiser les coûts de raccordement à partir de la représentation des gisements et du réseau de gaz.

Des solutions sont donc à portée de main des agriculteurs et autres acteurs de la chaine de valeur biométhane en France pour répondre aux exigences de compétitivité réclamées par la PPE, et donner du poids à cette nouvelle filière énergétique verte. Certains acteurs, qui fédèrent par leur activité, disposent d’un effet de levier conséquent. L’ouverture d’un dialogue pour un travail commun entre les fédérations agricoles, les collectivités et les opérateurs de réseaux est nécessaire pour mettre en place ces solutions et ainsi répondre aux ambitions de la PPE. Il en va de l’intérêt général. 

 Par Isabelle Viennois, directrice des activités Energie & Utilities et Florian Beguin, manager chez CGI Business Consulting

Les avis d'experts sont écrits sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.
 

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