Tribune de Martine Aubry, pétitions, Youtubeurs... La fronde monte contre la loi El Kohmri

Syndicats, politiques - Martine Aubry en tête, YouTubeurs et militants associatifs font barrage contre le projet de loi El Khomri sur le droit du travail. La réforme est considérée par ses opposants comme un retour en arrière et un affront aux droits des salariés.

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Capture d'écran vidéo YouTube "On vaut mieux que ça"

Les syndicats organisent la riposte

Cela faisait longtemps que l’ensemble des syndicats français ne s’étaient retrouvés en intersyndicale… Réunis mardi 23 février au siège de la CGT, six d’entre eux (CFDT, CGT, CFE-CGC, FSU, UNSA, Solidaires) ont signé un texte commun, soutenu également par trois organisations lycéennes ou étudiantes (UNEF, UNL, FIDL), titré "Le droit collectif n’est pas l’ennemi de l’emploi". Ces syndicats réclament "le retrait de la barémisation des indemnités prudhommales dues en cas de licenciement abusif et des mesures qui accroissent le pouvoir unilatéral des employeurs".

Ce sont les deux seuls sujets de la réforme du droit du travail qui font l’objet d’un rejet consensuel entre toutes les organisations syndicales. Elles doivent se revoir le 3 mars pour aborder les autres sujets et la suite à donner au texte. La CGT a d’ores et déjà annoncé une mobilisation pour le 31 mars.

Force ouvrière, qui n’a pas signé le texte car en exige le retrait total, devrait se joindre au mouvement.

L’arrivée sur cette scène de la contestation des lycéens et étudiants est crainte par le gouvernement, qui a réussi à éviter les mouvements de contestation des jeunes jusqu’ici. Le gouvernement reçoit, jeudi 25 février, les syndicats réformistes que sont la CFDT et la CFE-CGC, afin de discuter des évolutions du texte.

La CFDT soutient certaines mesures du texte, comme la primauté donnée au dialogue social au niveau de l’entreprise, mais en combat d’autres. La CFTC a elle aussi indiqué qu’elle se battrait en intervenant auprès des députés pour infléchir le texte.

L’attaque la plus virulente est politique

La charge de Martine Aubry et d’autres personnalités de gauche, dans la tribune publiée dans Le Monde daté du 25 février, vise plusieurs décisions gouvernementales, mais c’est bien le projet de loi El Khomri qui a fait déborder le vase – et suscité l’expression "Trop, c’est trop". L’ancienne ministre de l’Emploi et de la Solidarité, à l’origine des lois qui ont instauré les 35 heures, aurait-elle piqué la mouche en voyant ses réformes mises à bas par le futur texte ? Plusieurs mesures sont dans le collimateur des signataires.

Le texte dénonce le renversement "de la hiérarchie des normes, en privilégiant l’accord dans l’entreprise (…). Les salariés vont subir un chantage permanent et les entreprises seront soumises à des distorsions de concurrence".

Il s’en prend aux contournements des 35 heures : "Qui peut faire croire qu’augmenter le temps de travail va diminuer le chômage ?"

Conclusion : "Que le patronat institutionnel porte ces revendications, pourquoi pas (…) mais qu’elles deviennent des lois de la république, certainement pas ! Pas ça, pas nous, pas la gauche !" La tribune est devenus pétition en ligne.

Les YouTubeurs appellent à la mobilisation générale

Ils s’appellent Klaire fait Grrr, Bonjour Tristesse, Hacking Social ou Usul… Habitués à dénoncer les absurdités de notre quotidien et de la vie politique, ils s’en prennent cette fois-ci au projet de loi de Myriam El Kohmri. La vidéo "On vaut mieux que ça", publiée sur Youtube mercredi 24 février, comptabilise déjà 30 000 vues.

Une quinzaine de youtubeurs, blogueurs et vidéastes se sont associés face "au projet abject et absurde de réforme du code du travail". Ils s’insurgent contre une loi qui "nous laisse seul face à nos chefs", "un retour au XIXème siècle", une décision prise par "des gens qui ne connaissent rien aux réalités du travail". Et invitent les internautes à s’exprimer, eux aussi, contre cette loi, via le hashtag #OnVautMieuxQueCa.

Un appel auquel ont répondu plusieurs Twittos et autres utilisateurs de Facebook et de Diaspora, un réseau social opensource. Dernière humiliation au travail, heures sup non payées, stagiaires exploités… Les exemples - plus ou moins en rapport avec le projet de loi - ne manquent pas pour mettre en avant un monde du travail déjà impitoyable, qui ne ferait qu’empirer avec la réforme, selon les internautes.

500 000 signatures pour la pétition "Loi Travail : non, merci !"

L’initiative des YouTubeurs n’est pas sans rappeler la pétition en ligne "Loi travail : non merci !" lancée le 19 février sur le site Change.org. Derrière cette initiative, on retrouve la féministe Caroline Haas, Michele Biaggi, secrétaire confédérale de la CGT Force Ouvrière, ou encore Karl Stoeckle, ex-président de l’Union nationale des lycéens.

Jeudi 25 février, plus de 500 000 personnes avaient déjà signé. La pétition relève 21 mesures jugées archaïques : "plus de minimum de dommages et intérêts en cas de licenciement abusif", "par simple accord on peut passer de 10h à 12h de travail maximum par jour", "une entreprise peut par accord baisser le salaire minimum"…

Après toutes ces mobilisations, que restera-t-il du texte initial ? Côté patronal, on craint qu’il ne soit très édulcoré et qu’il ne reste plus grand-chose des chamboulements importants de la première version. La bataille parlementaire va faire rage…

Cécile Maillard et Marine Protais

1 Commentaire

Tribune de Martine Aubry, pétitions, Youtubeurs... La fronde monte contre la loi El Kohmri

lepoil
26/02/2016 08h:53

Bonjour,
La loi EL KOMRI a un avantage: elle débusque les fainéants qui comptent sur ceux qui travaillent pour les faire vivre! Les voilà au grand jour, ceux qui tirent la France vers le bas.
Et c'est bien cette attitude qui est à l'origine du chômage. Mais quand vont-ils comprendre?

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