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L'Usine de l'Energie

[Avis d'expert] Et si on ajoutait le "I" de l'industrie à la PPE ?

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Publié le , mis à jour le 05/12/2018 À 14H42

Tribune Pour Antoine Rabain, ingénieur conseil et expert dans les domaines de la transition énergétique et de l’économie maritime, la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) annoncée le 27 novembre semble avoir plus considéré le coût actuel des technologies que les opportunités de développement industriel de la France au service de sa transition énergétique et de sa balance commerciale.

[Avis d'expert] Et si on ajoutait le I de l'industrie à la PPE ? © Floatgen

En première lecture, la PPE apparait audacieuse sur les objectifs de développement des technologies renouvelables matures, ainsi que sur la clarification d’une baisse relative de la production nucléaire. Les annonces récentes du président de la République couplées des interventions détaillées qui ont suivi du ministre François De Rugy, ont plusieurs mérites indéniables : elles confortent l’idée voire le besoin d’une stratégie énergétique diversifiée, fondée notamment sur un rééquilibrage de la production électrique et des risques associés par un bouquet de filières peu carbonées au bénéfice d’une valorisation des ressources locales et renouvelables de nos territoires.

Les objectifs chiffrés – fruits d’arbitrages croisés entre les Ministères de l’Énergie et Bercy – étaient attendus avec impatience par les acteurs économiques et institutionnels du secteur de l’énergie au sens large. Plus qu’une boussole, ces derniers laissent présager de la dynamique de soutien que l’État enclenchera ces dix prochaines années sur chacune des filières énergétiques conventionnelles et alternatives.

Ne pas se limiter à la compétitivité coût

Dans ce sens, avec respectivement des objectifs de triplement et de quintuplement des capacités installées actuelles d’ici à dix ans, l’éolien terrestre et le solaire photovoltaïque ressortent comme les deux grands gagnants de cette nouvelle PPE. Certains ont en outre déjà pris leur plume pour valider ou au contraire déplorer les perspectives annoncées concernant la fermeture de centrales nucléaires, ou plutôt devrais-je dire de réacteurs. Là n’est pas le point de vue que j’aimerais développer ici, mais plutôt celui-ci : les potentiels de développement d’autres filières émergentes, et en particulier celle de l’éolien en mer, ont été violemment contrariés, avec des perspectives très sensiblement inférieures aux ambitions revendiquées ces derniers mois par les acteurs privés et publics de cette filière en forte croissance à l’international. Jugée comme trop coûteuse aujourd’hui (ce qui est déjà discutable en soi, compte tenu des prix retenus lors des derniers appels d’offre européens), la lecture qui se dégage de telles décisions ne semble pas à la hauteur des enjeux stratégiques de la France et de ses régions maritimes.

Le contexte actuel ne permet à l’évidence pas de minimiser, dans les différents scénarios qui ont été étudiés, la prise en compte des coûts du soutien au développement de nouvelles filières ; mais, à mon sens, on ne peut toutefois omettre dans ces analyses d’opportunités, des volets de premier plan comme celui de la valeur ajoutée générée sur le territoire national, le potentiel d’emplois créés sur l’ensemble de la chaîne de valeur, des phases amont d’ingénierie et de développement jusqu’aux phases d’opération et maintenance, en passant – et ce n’est pas des moindre ! – par le contenu local industriel.

Prendre en compte les externalités positives

C’est en effet au centre du cycle des projets d’énergies renouvelables que la valeur ajoutée d’ordre socio-économique est la plus forte : l’implantation d’un grand donneur ou fournisseur de rang 1 (un fabricant de génératrices, de pales, …) génère localement plusieurs centaines d’emplois. En outre, pour un emploi présent dans une usine assemblant ces sous-systèmes à fort contenu technologique, entre 3 et 5 emplois sont mis à contribution sur la chaîne de sous-traitance (rangs 2, 3 et suivants), cette dernière pouvant en partie se structurer en France, soit ex nihilo par l’arrivée de nouveaux entrants, soit via des stratégies de diversification d’acteurs en présence sur d’autres marchés connexes (énergies terrestres ou maritimes).

Au sein des filières alternatives, celles qui font état du potentiel de développement le plus important au niveau mondial et qui sont jugées – sans chauvinisme – comme les plus accessibles aux forces industrielles françaises actuelles, sont clairement l’éolien offshore et plus généralement les énergies marines renouvelables. L’entrée en cadence à Saint-Nazaire des usines de GE (génératrices d’éoliennes offshore) ou des Chantiers de l’Atlantique (sous-stations électriques), la construction en cours d’une usine de pales de grande dimension à Cherbourg, ou encore les confirmations du leader mondial des turbines offshore Siemens-Gamesa pour mener à bien ses investissements industriels au Havre, sont des illustrations concrètes particulièrement probantes. Quelle filière énergétique peut en effet revendiquer la création d’autant d’emplois industriels en France ces dernières décennies ?

Ne pas stopper la filière éolien offshore naissante

Depuis la publication de la PPE, la filière de l’éolien en mer - avec un objectif d’à peine plus de 5 GW d’ici à 2028 (soit environ un tiers de l’objectif revendiquée par ses acteurs), ne pourra valoriser pleinement son potentiel industriel, en France et à l’export, qui va bien au-delà des projets cités précédemment. Quant aux autres EMR, et en particulier l’hydrolien : aucun objectif déclaré, laissant de côté les investissements privés et publics initiés depuis 2008 dans ce domaine, qui se comptent en centaine de millions d’euros, alors même qu’un soutien modéré était attendu, de l’ordre de la centaine de MW tout au plus pour au moins soutenir le marché de niche des zones non interconnectées, faisant ainsi référence à un très faible impact sur le budget global de la PPE …

Dès lors, il semble plus qu’opportun de redéfinir, dans une enveloppe budgétaire similaire, le contenu de cette première version de la PPE 2019-2028 ; et pour cela, il semble nécessaire de revoir les méthodes d’évaluation ayant permis d’arriver à ce résultat. Le but n’est pas ici de remettre en cause les objectifs acquis pour les filières les plus matures et dont les risques sont aujourd’hui aussi maîtrisés que les opportunités de création de valeur d’ordre industriel sont limitées ; il s’agit plutôt de considérer l’ensemble des coûts et des bénéfices socio-économiques des investissements qui seront déclenchés sur chacune des filières en fonction des objectifs définis en termes de puissance installée. Dans ce sens, un volume de projets plus important doit être requalifié sur l’éolien offshore (posé et flottant), et l’hydrolien, afin a minima de conforter les investissements industriels déjà identifiés, et potentiellement ouvrir d’autres opportunités, en particulier dans l’éolien offshore flottant, où les jeux sont encore très ouverts au niveau mondial et le tissu industriel français particulièrement bien positionné.

Intégrer la valeur ajoutée économique des projets dans les modèles d'évaluation

En conclusion, et au-delà du calcul des prix d’achat préférentiel de l’électricité produite par les technologies alternatives – le fameux LCoE, il est temps d’injecter dans les modèles  d’évaluation des politiques publiques les effets de levier en termes de valeur ajoutée économique générée sur les territoires, en y incluant en particulier les perspectives qualifiées de création d’usines, et plus généralement de filières industrielles à fort potentiel d’exportation et des emplois qui y sont associés. Des critères de développement industriel associés à l’exigence de compétitivité économique, pourraient d’ailleurs constituer des conditions préalables au lancement des appels d’offres définis et cadencés dans les dix ans à venir et figurant dans ce nouveau projet.

Ainsi, renouvelons l’approche qui semble avoir été privilégiée dans la PPE actuelle, dont l’impact sur l’avenir de la politique énergétique et industrielle de la Nation est de premier ordre ; de même pour sa balance commerciale. L’ouverture de discussions proposée par l’État ces trois prochains mois représente une opportunité certaine pour redéfinir le contenu d'une véritable "PPEI", ou Programmation Pluriannuelle de l’Énergie et de son Industrie.

 


Par Antoine Rabain, ingénieur conseil et expert dans les domaines de la transition énergétique et de l’économie maritime

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