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Trésor de l'armée des ombres

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Trésor de l'armée des ombres © erikaflynn - Flickr - C.C.

On les désigne par des acronymes abscons comme NRI, OFW ou MRE pour "Non-resident Indians", "Overseas Filipino workers" et "Marocains résidents à l’étranger". Ce sont les travailleurs expatriés des pays émergents. Leur sort, parfois terrible, vient d’être mis en lumière par la dénonciation des conditions de travail au Qatar sur les chantiers du Mondial de football, où des dizaines d’entre eux, Népalais pour la plupart, y ont laissé la vie et où beaucoup voient leurs droits sociaux bafoués. De fait, l’économie de Doha, Dubai ou Abu Dhabi ne pourrait fonctionner sans eux.

Aux Émirats arabes unis, ils constituent 90% de la population ! Mais qu’ils soient ouvriers, femmes de maison, taxis et parfois ingénieurs ou médecins, on retrouve ces 192 millions d’expatriés économiques dans tous les coins (riches) de la planète : New York, Londres, Paris, Singapour ou Tokyo. Leurs familles et parfois des régions entières, comme le Kerala en Inde, dépendent d’eux. Aux Philippines, le nombre des OFW est estimé à 10 millions, 10% de la population. À l’heure où l’Europe fait figure de citadelle assiégée face aux migrants du Sud, cette armée des ombres de la mondialisation est à l’origine chaque année d’un des plus importants mouvements de capitaux de la planète. La Banque mondiale vient d’en livrer l’estimation. Les transferts des expatriés des pays en développement ou "remittances" bondiront cette année de 6,3% à 414 milliards de dollars.

C’est l’équivalent de trois fois l’aide totale au développement ou encore 30% du flux mondial des investissements directs. Avec au passage un beau scandale : la Banque mondiale chiffre la commission moyenne de ces transferts via les WordRemit, Western Union ou autre Skrill à 9% ! Le G 20 est même saisi de l’affaire. Car pour bien des États, les "remittances" sont source de "richesse" ou de devises irremplaçables. Au Népal, elles pèsent un quart du PIB, au Tadjikistan la moitié ! Au Maroc, l’apport des MRE compense 30% du déficit commercial. En la matière, l’Inde mène la danse : ses NRI lui enverront cette année 71 milliards de dollars (devant la Chine avec 60 milliards), un record. Dans ce pays, les "remittances" ont même joué un rôle contracyclique ces derniers mois.

Ce flux a permis de limiter la plongée de la roupie face au dollar (- 15% sur un an) quand les capitaux ont fui les pays émergents pour rejoindre les États-Unis en vue du changement de la politique de la FED. Avec une conséquence inattendue : de plus en plus de NRI voulant profiter d’une roupie bradée se sont endettés dans leur pays de résidence pour s’offrir au pays la maison de leur rêve. Un calcul risqué pour ces arbitragistes en herbe.

Pierre-Olivier Rouaud

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