Travaux publics : Le boom du marché des tunnels


Plus de 600 projets de tunnels sont recensés dans le monde. En France, les chantiers s'ouvrent les uns après les autres: à Paris, Eole vient de s'ajouter à Météor et la ligne D du RER, tandis qu'on creuse à Lyon et bientôt à Bordeaux. Un phénomène mondial Explosion démographique, encombrement urbain, assainissement des villes, environnement, tout concourt aux solutions souterraines.

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La terre bouge sous Paris. En ce début de 1994, trois tunneliers sont à l'ouvrage sous la capitale, creusant les tunnels de trois grands chantiers de transport: Eole, Météor et la ligne D du RER, entre les gares du Nord et de Lyon. En proche banlieue, deux machines sont à l'Ïuvre pour réaliser la liaison Clichy-La Briche, qui complétera le maillage des émissaires d'assainissement prévu dans le cadre du projet Seine Propre. A l'ouest, c'est la percée des tunnels de l'A 14 sous la terrasse de Saint-Germain qui est en cours de réalisation. Dans les régions, les travaux du périphérique souterrain nord de Lyon ont débuté fin 1993. A Bordeaux, le premier lot du métro vient d'être attribué à l'association Dumez-Chantiers modernes. Quant aux constructeurs de tunneliers, ils ne chôment pas. NFM (filiale de Framatome) vient de livrer deux machines pour le métro d'Athènes, tandis que FCB (groupe Fives-Lille) se prépare à expédier un tunnelier pour le creusement du métro de Lisbonne.

Les travaux souterrains sont appelés à se développer. Tous les indicateurs vont dans le même sens, explique Patrick Margron, le directeur du marketing d'Antea, la nouvelle filiale de services du BRGM. L'encombrement urbain, le développement des besoins de transport, les problèmes d'assainissement dans les villes et la sensibilité de la population à l'environnement poussent aux solutions souterraines.

Ainsi, le ministre des Transports, Bernard Bosson, vient d'abandonner le projet de doublement du viaduc de l'A4 sur la Marne au profit d'un passage par tunnel. En matière d'assainissement, on estime que la moitié des réseaux existants doivent être rénovés dans les dix ans à venir.

Les entreprises françaisesen position de leaders

Et les projets nouveaux sont nombreux, notamment dans la région parisienne, où sont à l'étude un émissaire entre Cachan, Villejuif et Choisy-le-Roi, ainsi qu'une déviation de la Seine entre Sèvres et Bougival par un tunnel de 10 à 12mètres de diamètre.

Le développement des travaux souterrains est un phénomène mondial. L'explosion démographique dans les grandes métropoles, les grands travaux de transport (trains à grande vitesse, ferroutage, comme en Suisse), le développement de la production hydro-électrique, qui nécessite le creusement de conduites forcées, sont les principaux vecteurs de croissance. Grégoire Jovicic, directeur général de Stratech International, a recensé 645projets de tunnels dans le monde. Un marché annuel (hors Japon) d'environ 40milliards de dollars (230milliards de francs), où les entreprises françaises de B-TP occupent une position de leader, Spie-Batignolles et Campenon Bernard pour les roches dures, Bouygues et Dumez pour les roches tendres. Le seul marché des équipements d'excavation représente 2milliards de dollars (près de 12milliards de francs). Et pour leur équipement, les tunnels tirent d'autres secteurs comme le matériel de transport et de ventilation ou les travaux électriques.

/V.PAUL











TECHNOLOGIES

Progrès spectaculaires en dix ans

La reconnaissance du sous-sol, les systèmes de confinement et les techniques de creusement sont de plus en plus performants.

Les progrès techniques de la dernière décennie expliquent en grande partie le boom du marché des tunnels. Le procédé reste certes plus coûteux que les travaux en surface ou le recours à la tranchée, mais l'écart se réduit. D'abord, parce que les techniques de reconnaissance du sous-sol ont bénéficié des gains de l'informatique en puissance de calcul. Les progrès ont été également spectaculaires dans les systèmes de confinement des tunneliers pour terrains meubles et aquifères. Il s'agit de retenir le front de taille et la voûte entre le moment de l'excavation et la pose des voussoirs. Pour cela, on utilise l'air comprimé (une spécialité du français CSM-Bessac), des boues bentonitiques (comme dans les forages pétroliers) ou la pression de la terre excavée.

Le chantier sous la Manchea été décisif

Le chantier du tunnel sous la Manche a été décisif. Auparavant, les tunneliers à confinement avaient surtout creusé le long des côtes japonaises, à faible profondeur - 10 à 20 mètres - et sous des pressions de 0,1 à 0,2mégapascal. Le tunnel sous la Manche a été réalisé sous une épaisseur de 100mètres avec des pressions d'environ 1mégapascal.

Les autres techniques de creusement ne sont pas en reste. La méthode Perforex, qui consiste à prédécouper la voûte afin d'y injecter un béton rapide qui retient le terrain lors du déblaiement peut maintenant servir à réaliser la section entière d'un tunnel, avec un matériel six à sept fois moins cher qu'un tunnelier. La société est leader d'un projet Eurêka, doté d'un budget de 45millions de francs, visant à étendre le champ d'application de la méthode à des conditions extrêmes (terrains très durs ou aquifères).

Une autre société française, Montabert, propose de son côté un robot de foration automatisé qui rend plus précis le positionnement des trous dans lesquels on dépose les explosifs. Avantage: obtenir par simple explosion un profil proche du dessin final du tunnel. Testée pour le doublement du tunnel de Chamoise, cette machine a confirmé ses qualités lors du creusement de la nouvelle gare souterraine de Monaco, qui est en cours.

Dans le domaine de l'adduction d'eau et de l'assainissement, Bonna a développé des tuyaux à haute résistance, dotés d'un système de jointage par bague métallique et joint de caoutchouc, qui peuvent être posés par fonçage ou par micro-tunneliers. Cette société croit à la réhabilitation des ouvrages anciens. Des coques préfabriquées sur mesure ont ainsi été utilisées pour refaire le réseau de la ville de Saint-Malo. Bonna a également acquis une technique japonaise de gainage par matière plastique expansée.



ENTREPRISES

Les regroupementss'accélèrent

Nombre d'entreprises de matériel minier sont attirées par le marché des travaux souterrains. Mais il faut avoir les reins solides.

Terrains de diversification naturels pour les entreprises de matériel minier, confrontées à la récession durable de leur activité historique, mirages d'activités pour des mécaniciens en mal de plan de charge, les travaux souterrains sont attractifs. Le parcours du nouvel arrivant n'est pourtant pas sans difficultés.La taille des affaires rend les opérations risquées, et les contrats sont souvent arrachés au-dessous de leur prix de revient, note Christian Laurent, l'un des responsables de MFI, filiale française de l'allemand Westfalia-Becorit. L'offre de matériel a donc encore besoin d'être structurée. C'est ce qui est en train de se passer. En 1992, Atlas-Copco a acquis l'américain Robbins, leader mondial des tunneliers pour roche dure. Westfalia et l'autrichien Voest-Alpine vont prochainement regrouper leurs activités tunneliers. L'avance technologique ne suffira pas à préserver l'indépendance de Montabert, en passe d'être repris par un groupe étranger. Perforex justifie son prochain achat par le groupe Bec en invoquant la nécessité d'élargir sa surface financière pour rester dans la course.

Les industriels fournisseurs de matériels et les grands du B-TP ne sont pas toujours sur la même longueur d'onde.Les leaders du B-TP ont tendance à sous-traiter les problèmes de climatisation à leurs propres entreprises électriques au détriment des sociétés spécialisées, regrette Jean Lambin, d'Howden Sirocco, un fabricant de systèmes de ventilation. Chez Bonna, qui préfabrique des voussoirs, on a aussi remarqué quelques grosses affaires où l'entreprise de travaux publics a monté sa propre installation afin de récupérer du chiffre d'affaires supplémentaire.

Mais le marché est assez prometteur et diversifié pour justifier qu'on s'y intéresse. Les boulons et tubes en composite de grande longueur proposés par Paturle Composites (250millions de francs de chiffre d'affaires prévu en 1994) représentent déjà 15 à 20% des ventes de profilés de cette société. Gérard Veille, patron de Paly, une PME parisienne de génie mécanique (25millions de francs de chiffre d'affaires), fonde beaucoup d'espoirs sur son robot d'inspection en tuyauterie. Et l'alsacien Sotralentz (815millions de chiffre d'affaires), qui a, depuis sept ans, construit plus de trente machines de grande taille pour le compte d'Herrenknecht, ne se plaint pas de sa position de premier constructeur français de tunneliers.

Jean-Pierre GAUDARD







USINE NOUVELLE - N°2448 -

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