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Transport : Poma descend de sa montagne

Olivier Cognasse , ,

Publié le

Enquête L'entreprise iséroise célèbre pour ses téléphériques a réussi le virage du transport urbain par câble. Détenue par un groupe italien, elle continue à produire en France.

Transport : Poma descend de sa montagne © DR

Que de chemin parcouru depuis le premier téléski bricolé en 1936 par Jean Pomagalski, à L'Éclose, près de l'Alpe d'Huez (Isère) ! Longtemps cantonné aux stations de sports d'hiver, la société savoyarde Poma s'est progressivement transformée en spécialiste du transport. Elle enchaîne les contrats sur un marché où ses concurrents s'appellent Alstom, Bombardier ou Siemens. Elle vient ainsi d'inaugurer, en Égypte, l'installation d'un mini-métro, ou APM (automated people mover), sur coussins d'air et tracté par câble, reliant depuis peu les terminaux de l'aéroport du Caire sur 1,8 kilomètre. Poma a déjà déployé cette technologie, capable de transporter 2 000 personnes par heure, dans les aéroports de Cincinnati, de Detroit (États-Unis) et de Zurich (Suisse). Son atout majeur ? Éviter les bruits de frottement.

En Russie, Poma a installé la première télécabine urbaine du pays. Depuis février, elle traverse la Volga, entre les villes de Nijni Novgorod et Bor. Les embouteillages imposaient souvent deux heures de trajet pour passer d'une ville à l'autre. Désormais, les 3,6 kilomètres sont avalés en douze minutes. Il s'agit là d'un téléphérique hors normes. Pour le concevoir, les ingénieurs de Poma ont dû prendre en compte deux grandes contraintes : d'éventuelles crues de la rivière, pouvant atteindre une hauteur de 11 mètres, et, surtout, l'impossibilité d'installer des pylônes dans le fleuve.

Une présence internationale

En France, l'entreprise de Voreppe (Isère) doit construire un funiculaire à Grasse (Alpes-Maritimes), dont la mise en service est prévue en 2014. Elle attend également l'appel d'offres pour le téléphérique qui devrait relier les villes de Villeneuve-Saint-Georges (Essonne) et de Créteil (Val-de-Marne) sur 4,5 kilomètres à l'horizon 2016. Elle surveille de près les projets de téléphériques urbains à Grenoble, Toulouse, Brest, Nantes... Celui d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), un temps évoqué, est aujourd'hui abandonné.

Tous ces projets sont une aubaine. Ils constituent de solides relais de croissance face à un marché de la « neige » qui marque le pas, même si le nom de Poma reste encore majoritairement associé aux sports d'hiver. « Aux États-Unis, un Poma lift est devenu un terme générique, assure Jean Souchal, le président du directoire. Jean Pomagalski a exporté très tôt ses produits, car il avait des copains dans toute la diaspora polonaise. Ils étaient en quelque sorte ses agents dans le monde. » L'entreprise fournit son premier téléski à l'Oncle Sam dans les années 1950. La décennie suivante voit apparaître les oeufs, avant le virage pris en 1981 avec le « jumbo des neiges », un télésiège de grande capacité.

Jean-Pierre Cathiard, qui a repris la présidence à la fin des années 1970, développe les exportations vers l'Asie, en misant notamment sur les équipements destinés à faciliter la visite des temples. Depuis sa création, l'entreprise a réalisé quelque 4 500 installations dans 80 pays. Sur un effectif total de 850 personnes, 300 salariés travaillent à l'étranger.

La neige ne représente plus que 60% de son activité, le tourisme et le transport urbain se partageant à parts égales les 40% restants. C'est le savoir-faire dans la « neige » qui permet au savoyard de s'imposer sur le marché du transport par câble, estimé à 1,2 milliard d'euros, avec 300 installations dans le monde. L'austro-suisse Doppelmayr-Garaventa truste la moitié des ventes et le transalpin HTI environ 40%, selon l'Organisation internationale du transport par câble (Oitaf). HTI regroupe plusieurs sociétés, dont l'italien Leitner et le français Poma. L'entreprise iséroise, qui a réalisé l'an dernier 263 millions d'euros de chiffre d'affaires, appartient, depuis 2000, au groupe italien HTI (High Technology Investments). « Mais nous sommes clairement français. La production reste très savoyarde », martèle Jean Souchal, lui-même savoyard. Jean Souchal a passé trente ans dans l'entreprise avant d'en prendre les rênes il y a deux ans. Les cabines de téléphériques et les rames de l'APM sont fabriquées par la filiale Sigma à Veyrins (Isère). Seule la production de blondins, les bennes pour le transport de granulats et de minerais, est réalisée par une filiale turinoise de HTI.

La moitié du marché du transport urbain par câble

Poma revendique la moitié du marché mondial du transport urbain par câble, une solution verte et peu onéreuse, qui consomme quatre fois moins d'énergie qu'un tramway par personne transportée, avec un investissement cinq fois moindre. « Le transport par câble se justifie sur des distances comprises entre 500 mètres et 5 kilomètres, précise Jean-Paul Huard, le vice-président du directoire et directeur des opérations de Poma. Le téléphérique est utile pour franchir des pentes ou des fleuves et raccourcir de manière significative le temps de parcours. »

L'aventure urbaine de Poma a débuté en Amérique du Sud, en 2003, avec l'installation d'un téléphérique à Medellin (Colombie), qui a permis de désenclaver des quartiers en hauteur où vivent 2 millions d'habitants. Depuis, l'entreprise a réalisé cinq lignes dans cette ville. Dans la foulée, elle a multiplié les équipements, de Taipei (Taïwan) à Rio de Janeiro (Brésil), en passant par New York (États-Unis), où son téléphérique relie l'île de Roosevelt à Manhattan. « Quand il y a eu l'ouragan, c'est le dernier appareil qui a été mis en sécurité et le premier à avoir redémarré », se félicite Jean Souchal. Belle carte de visite pour séduire, enfin, une ville... française !

LES CONCURENTS

DOPPELMAYR-GARAVENTA

LE VRAI RIVAL

Chiffre d'affaires 618 millions d'euros Effectif 2 214 personnes Le numéro un du transport par câble (avec la moitié du marché) effectue l'essentiel de sa production dans son usine de Wolfurt (Autriche). Parmi ses réalisations : le téléphérique pour les J.O. de Londres, qui transporte 2 500 personnes par heure ; des métros tractés par câble et sur rail à Birmingham (Grande-Bretagne), Toronto (Canada) et Mexico (Mexique).

ALSTOM TRANSPORT

DES MÉTROS AUTOMATIQUES

Chiffre d'affaires 5,2 milliards d'euros Effectif 24 800 personnes Alstom a équipé les villes de Barcelone (Espagne), Budapest (Hongrie), Lausanne (Suisse), Santiago (Chili) et Shanghai (Chine). À Paris, il a fourni les rames du nouveau métro automatique de la ligne 1.

BOMBARDIER

DES NAVETTES D'AÉROPORTS

Chiffre d'affaires 6,3 milliards d'euros Effectif 36 000 personnes Bombardier est mondialement présent dans les navettes et métro automatiques, notamment pour les aéroports. Il a équipé ceux de Sacramento (États-Unis), Guangzhou (Chine), Yongin EverLine (Corée du Sud) et Beijing (Chine). Il a en commande des projets pour ceux de Munich (Allemagne), Djeddah (Arabie saoudite) et Phoenix (États-Unis).

SIEMENS TRANSPORT

UN VAL BIEN RÔDÉ

Chiffre d'affaires 6,3 milliards d'euros Effectif 25 000 personnes Siemens France a multiplié les métros automatiques en France (Rennes, Lille, Toulouse) et les navettes d'aéroports (Orlyval, CDG). Il a également équipé l'aéroport de Chicago et inaugurera, fin juin, un métro à Uijeongbu (Corée du Sud).

 

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