Transparence dans la pharma : les bons élèves, et les autres...

Depuis ce mardi 1er octobre, les laboratoires pharmaceutiques et cosmétiques doivent publier les cadeaux offerts depuis 2012 à des médecins. Entre lourde exhaustivité, couacs et oublis, tour d’horizon des pratiques du secteur.

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Transparence dans la pharma : les bons élèves, et les autres...

Ca y est. Ce mardi 1er octobre, le "décret transparence" est entré en vigueur. Mesure phare de la réforme du système du médicament (une loi votée il y a deux ans suite à l’affaire Mediator, mais dont la mise en œuvre a quelque peu traîné...), il contraint les laboratoires pharmaceutiques et cosmétiques à publier sur leurs sites internet tous les avantages (restauration, transport, hébergement…) consentis aux professionnels de santé, dès dix euros. Ce mardi matin, un petit onglet "transparence" est donc apparu sur les sites internet des principaux laboratoires. Et il faut reconnaître que la plupart ont joué le jeu. Alors qu’ils auraient pu avoir une lecture très réductrice du décret, beaucoup ont même publié les noms des médecins avec lesquels sont noués des contrats de recherche. Même s’ils n’en dévoilent pas les montants, comme le décret - une aberration, car c’est là que résident les potentiels conflits d’intérêt - les y autorise...

33 000 pages de document chez Servier

Il y a donc les bons élèves. Comme Servier, qui sachant qu’il serait regardé de près, dédie une page à un colossal document PDF de 33 000 pages. Ou Sanofi, numéro un français de la pharmacie, qui a mis en place une rubrique entière pour expliquer son travail avec les acteurs de santé, ses règles internes et sa démarche vis-à-vis de la transparence. Même si, prudent, il préfère prévenir : "Les données publiées sont en ligne sur notre site internet afin de nous conformer à la loi sur la transparence des liens d’intérêt. Sanofi ne pourra être tenu responsable de l’utilisation qui pourrait en être faite par des tiers, compte tenu des caractéristiques du réseau Internet que sont la libre captation des informations diffusées et la difficulté, voire l’impossibilité d’en contrôler leur utilisation." Car il se doute bien que pour un petit malin à la recherche du nom d’un médecin, les moteurs de recherche dans les formats PDF permettent de trouver une petite aiguille dans la botte de foin, et d’en tirer les conclusions qu’il souhaite… Chez l’anglais GSK, on pourra apprécier la clarté du fichier, malgré ses 764 pages et 34 000 lignes pour recenser tous les avantages émis depuis janvier 2012 !

Des liens qu’on cherche encore...

Mais il y a aussi eu les couacs. Comme le laboratoire américain Lilly, qui a réalisé une rubrique très explicite et pédagogique, mais dont le lien vers le fichier n’est apparu sur le site qu’en fin de matinée. Chez Boehringer-Ingelheim, la rubrique est bien là, mais on cherche encore le lien. Chez GE Healthcare, division santé de l’équipementier américain, il n’était toujours pas actif en fin d’après-midi... Et il y a ceux qui interprètent la loi à leur manière. "Nous offrons volontiers au public une meilleure visibilité sur la nature de ces interactions afin de maintenir sa confiance", écrit le laboratoire Abvie, avant de demander, pour accéder à la plateforme dédiée, un identifiant et un mot de passe… Pas vraiment la transparence voulue par le législateur ! Alors qu’il est censé récolter toutes ces informations auprès des entreprises, l’Ordre des médecins s’est tiré les cheveux. "Il convient d’observer que dans les délais très contraints qui leur étaient imposés, seule une partie des entreprises a adressé des informations exploitables à l’Ordre des médecins. Une majorité d’entreprises ne nous ont adressé aucune information ou sur des supports ne permettant pas l’affichage. Il s’agit donc ici d’un affichage incomplet", se désole-t-il sur son portail dédié à la transparence.

Et des oublis...

Car certains groupes ont tout simplement omis de respecter la loi. On cherche encore l’onglet transparence du laboratoire Abbott. Ou du spécialiste de la cosmétique haut de gamme Clarins. Pour l’Oréal, le numéro un mondial des cosmétiques, c’est sans doute filiale par filiale qu’il faudra rechercher. Car rien n’apparaît sur le site corporate du groupe. Mais sa joint-venture Galderma (détenue avec Nestlé) a joué le jeu : elle a publié pas moins de 31 pages de liens d’intérêt avec des médecins (ophtalmologiste, dermatologue, chirurgiens plastiques...) au premier semestre 2013.

Gaëlle Fleitour

Droit de réponse des laboratoires Abbott :

Dans l'article intitulé "Transparence dans la pharma : les bons élèves, et les autres", rédigé par Gaëlle Fleitour et publié le 1er octobre 2013, à 17h39 sur le site www.usinenouvelle.com, l'auteur affirme : "On cherche encore l’onglet transparence du laboratoire Abbott". Cette information est fausse.

En effet, d'après le décret transparence, la première publication devait avoir lieu, au plus tard, le 1er octobre et non avant le 1er octobre. Ainsi, Abbott France, Abbott Products et Abbott Medical Optics ont pris soins de publier le 1er octobre à midi conformément à la loi st sur le site internet www.abbott.fr sous la rubrique Transparence l'ensemble des avantages consentis et conventions conclues avec les 9 catégories de personnes concernées par la loi du 29 décembre 2011 et le décret du 22 mai 2013.

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