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L'Usine de l'Energie

Transition énergétique : la rénovation s'industrialise

Manuel Moragues , ,

Publié le

La loi sur la transition énergétique pourrait accélérer les travaux engagés afin de réduire la consommation des bâtiments. Mais pour mettre le turbo, la rénovation thermique doit s’industrialiser.

Transition énergétique : la rénovation s'industrialise

La pression monte. Le projet de loi de transition énergétique réaffirme l’objectif de rénover 500 000 logements par an, à partir de 2017. L’obligation d’améliorer la performance énergétique des bâtiments a fait son chemin dans la loi. Pour les logements privés les plus énergivores d’ici à 2030 d’une part, mais aussi pour tout bâtiment, à chaque fois que des travaux importants sont entrepris. Il faut accélérer. Au-delà des ouvrages ponctuels et partiels, moins d’une dizaine de milliers de rénovations type bâtiment basse consommation (BBC) sont réalisées en France chaque année. Stimuler la demande ne suffira pas. Démultiplier le rythme des travaux demandera de renouveler l’offre. Les filières du BTP et des matériaux de construction en sont bien conscientes. Elles essaient de hisser la rénovation énergétique à la vitesse industrielle. Nul besoin d’innovations de rupture pour amener les bâtiments à un haut niveau de performance énergétique. "Les technologies, les produits et les matériaux sont disponibles", estime Jean-Robert Millet, le directeur adjoint énergie-environnement du Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Et ils peuvent être produits en masse.

Une montée en compétences indispensable

Depuis le Grenelle de l’environnement, les industriels des matériaux de construction ont investi dans l’efficacité énergétique. Le fabricant de plaques de plâtre Siniat a étendu sa gamme de produits d’isolation et a lancé, mi-2013, un investissement de 25 millions d’euros répartis sur quatre usines françaises de polystyrène. Saint-Gobain a injecté 100 millions dans une usine de laine de verre, à Chemillé (Maine-et-Loire), ouverte en 2010. Un site similaire a été mis en service à Lannemezan (Hautes-Pyrénées) en 2010 par Knauf Insulation, pour un investissement de 155 millions. Les industriels ont aussi amélioré les performances de leurs produits pour répondre aux exigences de la rénovation, devenue un relais de croissance face à une construction neuve au plus bas. Pour Saint-Gobain, la réfection représente la moitié de l’activité matériaux de construction, contre un gros tiers il y a dix ans. "La profession tout entière est […] dans un puits sans fond, a déclaré début décembre Jacques Pestre, directeur général adjoint de Saint-Gobain Distribution France et co-directeur du plan Rénovation énergétique des bâtiments de la Nouvelle France industrielle. La rénovation est notre seule planche de salut."

Reste que le bât blesse du côté de la mise en œuvre. Certes, les majors du BTP, Bouygues, Eiffage et Vinci ont développé leurs compétences et structuré leur activité de rénovation énergétique. Elles proposent même une garantie de résultats avec des contrats de performance énergétique pour le grand tertiaire et le logement social. Mais "en dehors des entreprises générales, l’offre n’est pas prête. La plupart des petites entreprises n’ont pas le niveau", assène Olivier Sidler, du bureau d’études Enertech. Ce sont ces PME – plus de 90 % des entreprises du bâtiment emploient moins de 10 salariés – qui dominent le marché du résidentiel diffus, au cœur de l’objectif de massification de la rénovation énergétique. En cause : une absence de sensibilisation à l’efficacité énergétique, des corps de métiers mal coordonnés qui sabotent le travail d’autrui, trop d’ouvriers mal formés et incapables d’atteindre le niveau élevé de précision requis...

La 3D et le numérique pour accélérer

Building information modeling ou maquette numérique, scan 3D… Le numérique perce dans la construction. Ces nouvelles technologies apparaissent cruciales pour mieux coordonner les chantiers de rénovation énergétique et réduire coûts et délais tout en améliorant la qualité des prestations. RehabitaSystem, le projet porté par le cluster basque Eskal Eureka, et labellisé investissement d’avenir, développe un processus de chantier fondé sur la 3 D et le numérique. Le point de départ : un scan 3D qui numérise l’ensemble du bâtiment. Des plans en 2D en sont ensuite extraits et mis en ligne. Tous les intervenants du chantier peuvent les consulter, les modifier… À la clé : un support commun et précis pour préparer au mieux les travaux de chacun et limiter les problèmes d’interface. RehabitaSystem teste aussi le passage du scan 3D à une véritable maquette numérique, qui intègre toutes les caractéristiques techniques et économiques des éléments du bâtiment pour permettre au bureau d’études de réaliser ses simulations thermiques.

 

Le programme de qualification RGE (Reconnu garant de l’environnement), initié en 2011 et étendu en 2013 et 2014, vise à hisser le niveau de compétences des artisans sur la performance énergétique. Avec un aiguillon : seul le recours à des professionnels qualifiés RGE permet désormais de bénéficier des aides à la rénovation énergétique. Depuis l’annonce de cette éco-conditionnalité en juin 2013, le nombre d’entreprises qualifiées RGE a grimpé. La Fédération française du bâtiment en dénombrait près de 27 000 mi-décembre. La complexité et le coût des qualifications RGE, ainsi que la rapidité de la transition vers l’éco-conditionnalité, ont cependant été dénoncés par les artisans, qui ont obtenu un allégement du dispositif. Les industriels poussent le programme RGE. Les producteurs de matériaux ont intégré cette qualification dans leurs centres de formation et les entreprises du négoce devraient s’y associer au premier trimestre 2015.

Des travaux plus standardisés

Au-delà de la formation, la rénovation énergétique se cherche un modèle. Entre le plan bâtiment durable, le plan rénovation et des think tanks comme The Shift Project, rapports et propositions ne manquent pas. Le projet de loi de transition énergétique s’en inspire. Les mesures prévues jouent notamment sur la contrainte : outre l’obligation de rénovation lors de gros travaux, la performance énergétique devrait être à la base de systèmes de bonus-malus pour les propriétaires bailleurs et de modulation des droits de mutation. D’autres visent à structurer la rénovation : un "carnet numérique de suivi et d’entretien" du logement s’imposera aux constructions neuves dès 2017 et à tous les logements faisant l’objet d’une mutation en 2025. L’idée est de regrouper toutes les informations sur le bâtiment au cours de sa vie, afin de mettre en cohérence les différents travaux de rénovation réalisés au fil du temps en vue d’un objectif de performance BBC. Il s’agit d’en finir avec les travaux en ordre dispersé, générateurs de surcoûts et n’exploitant pas pleinement le potentiel d’économies d’énergie du bâtiment, au risque de tuer ce gisement crucial pour atteindre les objectifs français de réduction de la consommation d’énergie.

L’enjeu, du côté de la filière, est de pouvoir prescrire rapidement et de réaliser des travaux soignés les plus standardisés possible, alors que chaque bâtiment est unique. À cet égard, la diffusion d’outils numériques d’aide au diagnostic et à la mise en œuvre est un levier majeur (lire ci-contre). Reste que réduire la complexité liée à l’hétérogénéité du parc existant apparaît impératif. "Il est impossible – et inutile – de traiter 500 000 logements au cas par cas, tranche Olivier Sidler. Il faut une méthode simple et sans calcul qui permette d’atteindre à peu près les performances visées." L’expert en thermique du bâtiment a ainsi défini dix combinaisons de travaux qui sont autant de possibilités de résistances thermiques à ajouter aux différents éléments de l’enveloppe du bâtiment pour atteindre en moyenne une consommation de 50 kWh / m2 / an. L’artisan peut alors choisir la combinaison la plus adaptée au bâtiment qu’il traite. Un diagnostic ultra-simplifié, mais aussi un nombre réduit de produits à mettre en œuvre. À la clé, des travaux plus simples donc plus fiables et une standardisation propice à la réduction des prix.

L’idée de tels bouquets de travaux est de structurer l’offre et d’avoir des réponses assez standardisées, presque automatiques. Pour aller plus loin, les produits et systèmes des spécialistes de la construction et de l’isolation devront être mieux packagés : avec, par exemple, une offre sur étagère estampillée passage à la classe de performance B. La diversité des bâtiments n’est pas d’une difficulté insurmontable. à l’image de l’automobile, la rénovation énergétique du bâtiment peut viser une grande variété de produits finaux avec un nombre réduit de composants. En un mot, s’industrialiser.

Manuel Moragues

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1 commentaire

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05/03/2015 - 09h07 -

Je trouve ça super que la rénovation d’industrialise. La transition énergetique est capitale pour notre pays. On est sur une bonne lancée. La loi Pinel mis en place par la ministre du logement va également permettre en construire des logements énergetiquement propres. La simulation Pinel peut vous aider à y voir plus clair si vous ne comprenez pas bien les rouages de la loi et ce dont vous pouvez bénéficier. Attention tout de même parce que ces sites ne sont pas toujours fiables.
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