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"Transformer le monde, c'est la définition de l'industrie", selon le président de Polytechnique

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Entretien Le président de Polytechnique, Jacques Biot, livre sa vision des enjeux de l’École et de NewUni, qui va regrouper autour de l’X l’Ensta ParisTech, l’Ensae ParisTech, Télécom ParisTech et Télécom SudParis.

Transformer le monde, c'est la définition de l'industrie, selon le président de Polytechnique
Jacques Biot, président de l'école Polytechnique, dans son bureau a Palaiseau.
© Bruno DELESSARD/Challenges-REA

L'Usine Nouvelle - Votre premier mandat de président de l’École polytechnique arrive à échéance en juin et le gouvernement recherche le prochain président qui mènera le projet NewUni de regroupement de grandes écoles sur le plateau de Saclay. Avez-vous l’envie de relever ce challenge ?

Jacques Biot - Je réserve ma réponse aux autorités chargées d’instruire ce recrutement et je leur laisserai le soin de dévoiler la liste définitive des candidats.

Quelle est votre vision de NewUni ?

NewUni est une réponse à une problématique à laquelle font face tous les établissements d’enseignement supérieur et de recherche : une concurrence exacerbée au plan national et international et une intensité capitalistique croissante de nos métiers. NewUni est un regroupement destiné à mettre des forces en commun, dans un même ensemble géographique, à Palaiseau (Essonne). Nous allons formaliser des coopérations, en mettant par exemple à plat tous nos programmes de recherche, ou dans le domaine des formations, notamment de type universitaire. La logique consiste à créer plus de valeur ensemble que chacun en solitaire, mais dans le respect de la personnalité morale et juridique des différents établissements. Les diplômes d’ingénieurs de nos écoles respectives ne seront pas concernés par NewUni, mais avec ce projet, nous allons vers un retour à l’obtention d’un diplôme universitaire de type licence, master, doctorat.

Comment s’articule la mission de Jean-Lou Chameau, chargé de mettre en musique le regroupement ?

Nous travaillons déjà ensemble de façon très étroite. Jean-Lou Chameau, ancien président du California Institute of Technology (CalTech), a un profil parfait pour nous accompagner. Il nous apporte sa notoriété et sa grande connaissance de l’environnement international. Pour le reste, il faut attendre la fin de sa mission, c’est-à-dire vers la mi-2018, pour en dévoiler plus sur l’articulation du nouveau pôle. De même, le nouveau nom de marque de NewUni est l’un des délivrables de cette mission.

Quel est le rôle d’un polytechnicien en 2018 ?

La devise de l’École polytechnique demeure : « Pour la patrie, les sciences et la gloire ». La patrie, aujourd’hui, c’est l’intérêt général, « France is back » et « Make our planet great again ». Les sciences, c’est la conviction que l’innovation est le moteur de la prospérité. Nous avons ajouté une vertu d’audace. Nous expliquons à nos élèves qu’ils doivent avoir l’esprit d’entrepreneuriat. S’ils veulent servir l’État, il faut qu’ils soient entrepreneurs de sa modernisation. Dans la recherche comme dans l’entreprise, ils doivent avoir une volonté transformatrice. Transformer le monde, c’est finalement la définition de l’industrie.

Vous évoquez la transformation de Polytechnique en une « université de sciences et de technologies ». Qu’entendez-vous par là ?

Nos modèles, en l’espèce, ce sont l’EPFL [École polytechnique fédérale de Lausanne, ndlr], CalTech, le MIT, Berkeley et les universités israéliennes. C’est une philosophie qui consiste à être intensif en matière de recherche, mais soucieux de déboucher sur des applications industrielles et sociétales. Nous voulons être à la source de la nouvelle politique industrielle de la France, tirée par les nouvelles technologies, notamment numériques, qui rompe avec l’ère du déclin. Une école comme la nôtre doit apporter sa contribution aux grands défis d’aujourd’hui : économique, climatique, sanitaire et sécuritaire. Pour y faire face, nous devons être plus que jamais pluridisciplinaires et c’est la culture de la maison.

Quels nouveaux territoires explore l’X ?

Il y a naturellement le big data, l’intelligence artificielle… C’est pourquoi Polytechnique est résolument tournée vers les mathématiques appliquées et l’informatique. Nous avons doublé l’effectif d’enseignants-chercheurs du département de mathématiques appliquées en moins de trois ans. C’était une demande autant des apprenants que des entreprises. C’est la clé dans la transition énergétique, la sécurité et la santé. L’École polytechnique vient par exemple de renouveler son partenariat exclusif avec la Caisse nationale d’assurance maladie pour exploiter la base de données de santé des 60?millions de Français. Nous sommes aussi leader dans le domaine des lasers Petawatt. C’est de la recherche plus fondamentale, mais qui aura des applications dans le nettoyage de débris de satellites dans l’espace et la transmutation des déchets radioactifs. Nous sommes ­également experts en mécanique des fluides, avec un axe sport à développer dans le contexte pré-olympique. Cette ­discipline participe à l’amélioration de la glisse. Nous avons travaillé sur ce sujet avec notre récent champion olympique de biathlon, Martin Fourcade.

Les relations avec les industriels restent-elles un sujet clé pour l’École ?

Absolument. Nous accueillons même sur le campus en ce moment 25 ingénieurs du japonais Fujitsu, des spécialistes de l’intelligence artificielle qui ont rejoint le Drahi-X Novation Center. Un groupe industriel français important va aussi bientôt s’y installer. Nous avons une recherche contractuelle importante et, désormais, 24 chaires d’enseignement et de recherche avec de grandes entreprises ou des ETI, contre douze il y a quatre ans. Pour ce qui concerne la formation, les stages en entreprise représentent une part grandissante du cursus ingénieur. Dès le début de la deuxième année, par groupes de cinq à sept, les élèves travaillent sur des projets scientifiques soumis par un industriel. Nous avons par ailleurs la commission Aval, où des dirigeants d’entreprise et des DRH nous éclairent sur l’évolution à long terme du marché de l’emploi. Pour comprendre ce qu’il faut à nos étudiants, pas seulement en sortie d’école, mais pour leurs emplois à venir. Je ne rencontre pas un chef d’entreprise sans essayer de comprendre ce qui change dans son business. Car nous sommes dans un monde où tous les business models sont bouleversés.

Polytechnique peut-elle se faire ubériser ?

Il faut être attentif à cela. Et notre réponse c’est de mettre l’accent sur la recherche et l’entrepreneuriat, qui ne sont pas ­ubérisables, contrairement à l’enseignement peut-être… même si cela n’a pas encore été démontré. Les Gafa ne cachent pas leur ambition d’entrer dans le domaine de l’éducation comme de la santé. Il faut s’y préparer.

Qu’attendez-vous des anciens polytechniciens, à part de l’argent ?

Je ne parle jamais d’argent au premier rendez-vous. Ce qui est important pour nous, c’est qu’ils soient inspirants, qu’ils réussissent leur vie pour eux et pour la société. Leur générosité à notre égard vient de surcroît.

EN QUELQUESDATES


1971 Diplômé de l’École polytechnique, puis ingénieur du corps des Mines.

1984-1985 Conseiller industrie et technologie au cabinet du Premier ministre, Laurent Fabius.

1985-1992 Chargé de fonctions exécutives au sein d’entreprises françaises de la biopharmacie (Roussel-Uclaf, Pasteur Mérieux sérums et vaccins).

1992-2012 Fondateur et président d’un cabinet de conseil en stratégie consacré aux industries de santé.

Depuis juillet 2013 Président exécutif de l’École polytechnique.

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