Transel : Le pylône électrique cherche à séduire

Corolle ne passera pas inaperçu. Ce pylône électrique de 30mètres de haut est, dans sa catégorie, la haute tension, une petite révolution. Pour deux raisons: Corolle est en bois et il cherche à plaire.

Partager

"Nous avons voulu donner à ce pylône pour ligne électrique à haute tension une forme ronde, féminine", qui tranche avec le côté pointu des pylônes métalliques, souligne Jean Chauvau, responsable du développement de Transel. Si Corolle cherche à séduire, c'est parce que le passage des lignes électriques soulève de vives polémiques entre EdF et les populations locales. Depuis le protocole signé avec l'Etat en 1992, l'enfouissement des lignes est même devenu une priorité. Mais enterrer les lignes à haute ou très haute tension pose encore des problèmes techniques et économiques. EdF mise donc également sur le "look" de ses pylônes pour franchir les obstacles. En août 1993, Transel (une filiale de la CGE et de Bouygues qui détient 40% du marché français de l'étude et de la construction des lignes aériennes à haute tension (HT) et très haute tension (THT) part sur cette base: proposer à EdF des pylônes esthétiques, proches de la nature, pour faire accepter le passage des lignes à haute tension dans les zones boisées à l'approche des villes. Le projet Corolle est lancé. Courant octobre 1994, un prototype grandeur nature se plie aux tests de qualification d'EdF à la station d'essai de Sens. Avec succès. "Nous avons déposé le modèle sans le breveter parce que Corolle ne repose pas sur des innovations technologiques, mais sur la somme de démarches peu courantes", indique Jean Chauvau. A commencer par le choix du pin sylvestre comme matériau, ce qui conduit Transel à faire appel au Centre technique du bois et de l'ameublement (CTBA). "Transel nous a fourni un premier tableau des charges, les directives EdF. Puis nous avons étudié les possibilités du bois sur ce projet", explique Denis Bajolet, responsable des applications industrielles et de la construction au CTBA. C'est aussi le CTBA qui suggère à Transel de s'adresser à Martin Szekely, designer auquel on doit le podium des Jeux olympiques d'Alberville et une gamme de mobilier urbain. Rencontre décisive. Corolle aura trois parents: Transel, qui se penche sur l'aspect montage du futur pylône ; le CTBA, qui peaufine la technique de la structure en bois; et Martin Szekely, l'esthète attaché à la forme. "Nous nous sommes pliés en quatre pour satisfaire le design de Martin Szekely, se souviennent Jean Chauvau et Denis Bajolet. Par exemple, rien ne justifiait, ni techniquement ni économiquement, le choix final des bras en forme de cigare!" A peine sorti de la table à dessin, le pylône est soumis à l'inquisition des images de synthèse. Cette étape a permis de revenir sur certains choix. Ainsi, il est apparu que l'anneau médian devait être modifié pour faciliter le montage des lignes. Encore quelques retouches et Corolle était né. Restait à lui faire prendre corps. "Transel voulait travailler avec un fabricant de pylônes, se rappelle Denis Bajolet. Nous l'avons convaincu de lancer un appel d'offres, et Weisrock, entreprise spécialisée dans le bois lamellé-collé, a été retenue." Une approche nouvelle pour cette industrie traditionnellement tournée vers le bâtiment, commente Denis Bajolet. Ainsi, le cintrage des planches nécessitait une double courbure et Weisrock a dû envisager d'adapter ses presses. La réalisation du tube octogonal (par tronçons de 13mètres de long!) n'était pas non plus évidente. "Weisrock a opté pour le collage sous vide, mais, explique Denis Bajolet, plusieurs lamellistes avaient proposé leurs solutions." Corolle, se réjouit-il, a contraint cette profession à réfléchir à de nouveaux concepts de fabrication. Quel avenir pour Corolle, projet dans lequel Transel déclare avoir investi 1,5million de francs? "L'intention d'EdF, explique Jean Chauvau, est de mettre en place cette année deux lignes de cinq pylônes quelque part en France." D'autre part, Transel installera un premier pylône en site dans les prochains mois, près de Dôle dans le Jura. "Avant que les techniques d'enfouissement soient complètement maîtrisées, on construira encore en France plusieurs milliers de kilomètres de lignes aériennes à haute et très haute tensions, prévoit Jean Chauvau. Corolle a sa place pour aider ces lignes à passer!" Le coût (deux fois et demi celui d'un pylone métallique classique) ne lui semble pas un handicap: "C'est raisonnable pour des opérations ponctuelles, et très en deçà de l'enfouissement!" Toutes les potentialités du marché ne sont pas explorées. Jean Chauvau parle déjà d'une famille de pylônes Corolle et de la possibilité d'installer des lignes 90kilowatts complètes. Un chiffre est avancé, celui de 150kilomètres de lignes par an, ce qui représente 150 à 200 pylônes. D'autres projets prennent forme: Corolle, débarrassé de ses anneaux et de ses bras, pourrait supporter des antennes de télécommunication. "On regarde même du côté du Japon, assure Jean Chauvau, pour installer Corolle comme support de projecteur lumineux sur un terrain de golf!" Philippe DESFILHES



L'avis de l'expert

Jean-Luc Gardes, chef de la division étude de matériel de lignes à EdF. "EdF est intéressée par la démarche de Transel, qui développe un pylône Corolle destiné au réseau à haute tension. EdF n'a pas encore donné son agrément au projet: quelques mises au point techniques et des expérimentations sur le réseau restent à faire. Il faudra en outre étudier les réactions du public face à ce prototype. Si le retour d'expérience confirme l'intérêt de cette technique, le support pourra venir enrichir la palette des solutions susceptibles de faciliter l'acceptation du réseau de transport d'électricité.

USINE NOUVELLE N°2498

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS