Traitements du cancer : Roche se frotte à la compétition

Numéro un mondial des traitements contre le cancer, le laboratoire suisse Roche veut mettre les bouchées doubles face à une concurrence exacerbée. Et innover pour négocier le prix de ses médicaments complexes, jugés trop onéreux par certains pays.

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Crédits : Roche

A Bâle (Suisse), à quelques mètres du gigantesque siège de Roche, se trouve l’usine high tech qui fabrique l’Avastin, son médicament phare contre le cancer. Elle approche de son taux de saturation, signe que le numéro un mondial des traitements contre le cancer, avec 30% de parts de marché, n’a rien perdu de son leadership. Mais la concurrence se fait rude. Roche croit beaucoup au potentiel de nouvelles molécules au nom barbare, les "anti PDL1", qu’il pourrait produire ici même. "D’ici dix ou quinze ans, le traitement du cancer sera devenu totalement différent", promet le patron du groupe, Severin Schwan, mardi 8 septembre, devant un parterre de journalistes.

En pointe dans « l’immuno-thérapie » du cancer

Ces médicaments biologiques font appel au système immunitaire pour produire une "armée" de cellules capables de terrasser les cellules cancéreuses et d’empêcher le retour de la tumeur. Mais leur développement reste long et complexe, malgré les centaines de millions d’euros investis. Si les derniers essais cliniques se révèlent suffisamment concluants, ces produits, - ciblant dans un premier temps le cancer de la vessie – ce qui serait une première – et celui du poumon -, pourraient débarquer sur le marché en 2017. Problème, les concurrents américains Merck et BMS ont déjà pris de l’avance… Même si Roche dispose d’une force de frappe non négligeable, fort de sa division d’outils de diagnostic et de séquençage ADN pour rendre ses traitements encore plus personnalisés.

Le groupe suisse dispose de dix molécules en dernière phase de tests dans "l’immuno-thérapie du cancer", dont le marché est évalué à 30 milliards de dollars d’ici 2025 par des analystes. Mais il ne faut pas perdre de temps. Car son compatriote, Novartis, champion mondial de la pharmacie, s’attaque à ses plates-bandes. Ce laboratoire s’est emparé l’an dernier d’un large portefeuille de molécules dans l’oncologie auprès d’une autre big pharma, l’anglais GSK. Une intense compétition se profile…

"UNE DÉCISION STUPIDE" du ROYAUME-UNI

Permettra-t-elle de faire enfin baisser les prix de ces coûteux médicaments, qui suscitent la polémique ? Ils sont développés et facturés sur le modèle des traitements des maladies rares alors qu’ils s’adressent à de larges marchés. "La compétition est bonne pour les patients", estime Daniel O’Day, le patron de la division Pharmacie du groupe Roche, interrogé par L’Usine Nouvelle. Il mise davantage sur les efforts entrepris par Roche depuis quelques années pour obtenir des autorités sanitaires et des payeurs (Sécurité Sociale, assureurs…) de chaque pays des "prix différenciés". C’est-à-dire rembourser différemment un même traitement en fonction du nombre de patients touchés par la maladie, de l’organe à soigner…

L’initiative est testée avec succès en Italie, aux États-Unis, et elle arrive en France. Mais le laboratoire vient d’essuyer un revers au Royaume-Uni, devenu la bête noire de l’industrie pharmaceutique pour batailler contre l’innovation jugée trop onéreuse. Le 4 septembre, le « Cancer Drug Fund », créé par les autorités britanniques pour financer les anticancéreux, a décidé de ne plus rembourser, entre autres, deux médicaments phares de Roche : Avastin dans quatre indications principales, et son dernier-né Kadcyla pour traiter le cancer du sein. Une décision "stupide", s’emporte Severin Schwan, estimant que les surcoûts évités par ces produits (hospitalisation, décès précoce..), n’ont pas été pris en compte. Et que les Britanniques risquent d’en payer le prix fort, avec le développement d'une surmortalité liée au cancer par rapport au reste de l’Europe.

Gaëlle Fleitour

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