L'Usine Auto

"Toyota passe par l'hybride rechargeable pour révolutionner l'auto", Eric Chassende-Baroz

,

Publié le

Entretien Toyota a lancé une expérimentation de ses Prius rechargeables dans plusieurs pays du monde. En Europe, 100 véhicules sont à l'essai dans la communauté urbaine de Strasbourg. L'occasion de mieux cerner la stratégie du constructeur en matière de véhicules propres avec Eric Chassende-Baroz.

Toyota passe par l'hybride rechargeable pour révolutionner l'auto, Eric Chassende-Baroz © Marris Consulting

Eric Chassende-Baroz est consultant senior spécialiste du Lean chez Marris Consulting et ancien consultant chez JMA Consultants, cabinet de conseil chargé entre autres d'accompagner Toyota dans ses changements depuis la deuxième guerre mondiale.

Expliquez nous en quoi consiste cette opération lancée par Toyota fin avril.


Depuis fin avril et pendant trois ans, la ville de Strasbourg loue et expérimente une centaine de voitures Prius hybrides rechargeables de la marque Toyota. Ces automobiles diffèrent des Prius classiques, car leurs batteries peuvent se recharger sur une borne dédiée en 1h30 et pas seulement lorsque le véhicule roule en  mode essence. Les véhicules allient en effet propulsion à essence et moteur électrique rechargeable. Des agents de la municipalité, des salariés de la Poste ou d’entreprises privées les utilisent et peuvent les recharger dans l’un des 150 points de charge installés dans la ville ou dans des parkings souterrains. Son autonomie en fonctionnement électrique est estimée par Toyota à 20 km, ce qui suffit pour des trajets urbains.

Que révèle cette expérience lancée par Toyota ?

Cet évènement est fondateur de deux choses. D’abord c’est la première fois qu’on branche une prise électrique sur un véhicule pouvant rouler à l’essence. La Prius rechargeable possède une prise spécifique intégrée dans l’aile avant gauche. Ensuite, il est révélateur de la manière de concevoir les produits chez Toyota. Dès les années 1990, les responsables de Toyota expliquaient qu’en pleine bulle économique, il fallait se préparer à la crise. Ce qui les a conduits à proposer en décembre 1995 le projet G-21, axé sur le développement de véhicules permettant d’économiser la consommation d’essence des véhicules. Le projet du 21ème siècle pour le constructeur. Et en 1997 naît la première version de la Prius, puis deux autres et enfin celle-ci qui allie électricité et essence.

Quel intérêt pour Toyota que les véhicules soient testés surtout par des collectivités ou entreprises et non pas par des particuliers ?

La doctrine du constructeur tient en une phrase : « les clients ont besoin d’avoir des raisons d’acheter un véhicule ». Tout repose sur l’interaction entre le client et le produit. Quels sont les besoins du client ? Quels sont les problèmes qu’il peut rencontrer avec tel type de véhicule ? Comment l’améliorer ? Toyota a pour challenge de répondre au mieux à ces questions. Avec l’expérience de Strasbourg, il va pouvoir analyser les usages des véhicules, lister les exigences des utilisateurs et trouver des solutions pour y répondre. Les études, Toyota en a plusieurs sur le sujet des véhicules propres. Ce qu’il veut désormais, c’est tester les véhicules en grandeur nature pour les mettre en conformité avec les attentes des clients.

L’autre intérêt de ce véhicule pour Toyota est d’amorcer une révolution en douceur. Ce que j’appelle la « révolution de velours ». On propose d’abord un véhicule essence qui peut aussi rouler à l’électrique, avant de proposer d’autres solutions de mobilité, comme l’électrique. Cela évite de faire un grand saut dans le vide et permet de rassurer les clients sur les technologies et les changements à venir. Selon Akio Toyoda, la valeur fonctionnelle d’un véhicule a autant d’importance que la valeur émotionnelle. Avec la Prius rechargeable, l’ « inacessible étoile du véhicule électrique », on ne va même pas la sentir arriver.

En se polarisant sur l’hybride comme en l’espèce, Toyota ne risque-t-il pas d’être en retard par rapport à ses concurrents par exemple sur le domaine de l’électrique ?

Le point vital pour lui est de ne pas être en retard par rapport à ses clients. Il ne veut pas débarquer avec des véhicules électriques si les clients ne sont pas prêts et disent juste « c’est beau », mais ne les achètent pas. L’arrivée de l’électrique va changer les modes de fonctionnement, car les clients vont acheter la voiture, mais louer les batteries ; parce qu’il va falloir apprendre à utiliser ces nouveaux outils ; parce qu’il va falloir mettre au point des stations de recharge dignes de ce nom…Il semble difficile pour un constructeur de s’investir pleinement dans une voie comme l’électrique quand il ne sait même pas quelle tête vont avoir « les pompes à essence ». Il faudra encore du temps pour changer les mentalités.

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte