« Toyota n’a fait qu’une erreur de parcours » (Philip Marris)

Consultant dans l'industrie, Philip Marris revient sur la crise que connaît Toyota. Selon lui, elle n'aura qu'un impact modéré sur l'image du constructeur.
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« Toyota n’a fait qu’une erreur de parcours » (Philip Marris)

Que pensez-vous de la crise que traverse actuellement le constructeur japonais Toyota ?

Je suis un peu surpris de voir les réactions disproportionnées dans la presse. On parle beaucoup trop des conséquences de ces rappels sur l’avenir du groupe. Le constructeur n’a pas de problème de fiabilité. Il a juste fait une erreur de parcours. Mais qui n’en fait pas dans le secteur ? Je pense que le constructeur énerve plus que les autres, car justement il est jugé très fiable. Je doute que ces problèmes n’impactent beaucoup ses ventes. Son image va être entachée pendant quelques mois encore, mais au final leur fiabilité restera sa marque de fabrique. Cette erreur ne remet pas en cause ses fondamentaux.

Quels sont-ils ? Quelle est la marque de fabrique du constructeur justement ?

Depuis la seconde guerre mondiale, leur recette repose sur la rigueur et le professionnalisme. Ce qui rend d’autant plus anecdotique l’histoire de la pédale d’accélérateur qui se coince dans le tapis.

Leur stratégie repose sur des piliers fondamentaux. D’abord le lean engineering. Le constructeur tente de concevoir ses véhicules de la manière la plus facile possible. Il y a moins de cloisonnements entre les différentes fonctions de production, plus de communication qu’ailleurs.

Autre particularité du groupe, assez peu commentée : l’autonomation. Ce mécanisme permet de rendre les machines de production plus autonomes. Ainsi, un seul salarié peut surveiller plusieurs machines, permettant une meilleure utilisation des ressources humaines. Un salarié pourra vérifier le fonctionnement d’une machine et en même temps veiller à la qualité des produits. La motivation des équipes est un élément clé pour Toyota, car son objectif a toujours été la croissance. Pour l’atteindre, il n’hésite pas à investir dans les moyens humains. Le constructeur a su motiver ses troupes. Les salariés sont sollicités dans la réflexion de la stratégie ou du travail du groupe. Ainsi, ils n’ont pas de crainte de perdre leur emploi. A l’inverse, en Occident, on les sollicite mais on réduit aussi les effectifs, ce qui les incite moins à s’investir dans leur travail.

Enfin, le groupe travaille dans une optique de « juste à temps ». L’objectif étant de produire aussi vite que possible. Par exemple, dans l’usine Kamigo n°9 de Toyota City, la fabrication d’un moteur prend 59 minutes. Chez d’autres constructeurs, cette action s’étale sur plusieurs jours.

Cette efficacité ne se fait-elle justement au détriment de la fiabilité des produits ?

Non. Car ils améliorent continuellement leur façon de produire. Ils ont rôdé et amélioré leurs techniques depuis des années. Toyota possède une obstination impressionnante et peut travailler pendant des décennies sur la fiabilité de ses outils. Ce qui lui permet d’être précurseur sur de nombreux points. Par exemple, il a été le premier constructeur à mesurer la qualité par le critère de défaut par pièces produites. A l’époque, on disait que cet examen était trop exigeant. Aujourd’hui, tout le monde l’utilise.

Le constructeur ne fait pas partie de ceux qui présentent les plus importantes innovations dans le domaine automobile, contrairement à Renault par exemple. Mais il prend le temps de s’assurer de la fiabilité des véhicules avant de les produire ou les commercialiser. Il continuera à nous étonner longtemps et restera au-dessus de ses concurrents.

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