"Tout le monde se fiche de l’agroalimentaire"

Pour Jean-René Buisson, le président de l’Association nationale des industries agroalimentaires (Ania), la première industrie de France n’est pas assez soutenue par les pouvoirs publics. Elle souffre par ailleurs de sérieux handicaps: fragilité des entreprises et manque d’attractivité.

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L’agroalimentaire est la première industrie nationale. Or, vous n’avez pas l’air très présent dans le processus des états généraux de l’industrie...

Nous avons même dû nous imposer! Nous avons obtenu la création d’un sous-groupe de travail spécifique au sein de celui des biens de consommation. Dans le plan de table du Comité national (CNEGI), nous n’étions pas placés près des autres fédérations, mais avec les représentants des salariés. Ce n’est qu’une anecdote, mais elle est significative. Nous ne sommes pas véritablement reconnus comme une industrie. Traditionnellement, en France, l’industrie, c’est la métallurgie, la chimie…Quand je suis arrivé à la tête de l’Ania il y a six ans, notre ministère de référence était celui de l’Agriculture. Qui d’ailleurs s’occupait plutôt des agriculteurs. Peu à peu, les ministres s’y sont mis: Dominique Bussereau, Michel Barnier…Nous nous étions battus pour que le dernier remaniement consacre un ministère qui ne se limite pas à l’agriculture et à la pêche, mais qui ajoute l’alimentation à son intitulé. Nous l’avons enfin obtenu.

Justement, le ministre Bruno Le Maire est-il plus sensible à votre problématique ?

Michel Barnier était déjà très conscient de nos problèmes. Bruno Le Maire est lui aussi très ouvert aux questions alimentaires depuis sa nomination. Mais le monde agricole commenceàmonopoliser son attention. Il manque un véritable état d’esprit autour de l’alimentation dans les différentes administrations (Agriculture, Industrie, Santé, Environnement), mais aussi une coordination de la politique française en la matière, notamment à Bruxelles. C’est tout de même un fabuleux paradoxe: à l’extérieur de nos frontières, notre secteur est l’un des plus vendeurs, et à l’intérieur, il est l’un des moins défendus. Tout le monde se fiche de l’agroalimentaire. On nous range dans la même catégorie que le tabac ou les drogues!

Où en sont vos réflexions sur l’avenir de votre industrie ?

Dans le cadre des états généraux, la première rencontre de notre groupe s’est déroulée le 17 novembre. Depuis, nous avons reçu beaucoup de contributions écrites, ce qui n’est pas forcément le cas des autres groupes. Les Assises de l’alimentation, organisées en mars dernier par le ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture, avaient permis de dresser un état de lieux du secteur. Nous sommes la première industrie du pays avec 165 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et le deuxième employeur. Nos 10000 entreprises, dont plus de 90% de PME et de TPE à côté de quelques grands groupes, jouent un rôle clé dans l’aménagement du territoire: nous ne sommes pas «délocalisables » et nous transformons dans nos usines 70% de la production agricole française. Mais nous sommes une industrie parcellisée, avec une certaine fragilité patrimoniale des entreprises et des problèmes de continuité économique. Nous souffrons aussi d’un déficit de recherche et développement, et d’un problème d’attractivité. Chaque année, nous avons environ 10000 postes à pourvoir...

Mais concrètement, quelles sont vos premières pistes d’action?

De façon quasi unanime, ce qui ressort du groupe de travail, c’est d’abord qu’il faut communiquer davantage pour revaloriser l’industrie agroalimentaire. Notre image est très négative, en grande partie influencée par les associations de consommateurs qui dénoncent la malbouffe, alors qu’à l’étranger, notre modèle alimentaire est une référence! Ensuite, les questions d’accès au financement sont cruciales. Nous avons été la première industrie à mettre en place, dès janvier, une cellule de veille (avec l’assureur-crédit Groupama). J’étais vraiment très préoccupé quand la crise est arrivée. Or, nos entreprises, qui ont un point mort plutôt bas, ont globalement mieux résisté que celles des autres secteurs. Nous n’enregistrons que 5% de faillites contre plus de 10%dans le reste de l’industrie. Notre chiffre d’affaires ne chute que de 6%, contre 15% dans l’industrie. Mais la structure financière des entreprises a été attaquée. Alors que nous représentons 17%de l’industrie, nous n’avons reçu que2%des financements d’Oséo. C’est ennuyeux, d’autant que les prochaines négociations commerciales avec la distribution s’annoncent tendues. Nos adhérents travaillent avec des marges nettes oscillant entre 0,5% et 1,5%. Ce n’est pas suffisant pour investir en R&D et attirer les fonds d’investissement. Nous réfléchissons avec le Crédit agricole à la création d’un fonds, organisé de façon décentralisée, à vocation successorale. Nous ne voulons pas que les PME alimentaires disparaissent avec leurs fondateurs.

Avez-vous des projets concernant le grand emprunt?

Nous voudrions créer une Cité de l’alimentation, sur le modèle de la Cité des sciences. Elle rassemblerait des aspects pédagogiques et d’image pour le grand public, mais aussi de la recherche en lien avec l’Inra, dont l’un des buts serait de faciliter le transfert en matière de recherche et développement.

Et quelle serait l’enveloppe d’un tel projet ?

Environ 100 millions d’euros, sans compter les infrastructures. Elle pourrait associer le ministère de l’Industrie, le ministère de l’Alimentation et les industriels sous forme de contribution volontaire obligatoire (CVO). Nous espérons pouvoir faire inscrire cette Cité de l’alimentation dans la prochaine Loi de modernisation de l’agriculture (LMA). Dans cette perspective, les états généraux sont intéressants, car ils nous aident à structurer ce genre de projet. Mais nous n’avons pas d’objectifs partagés avec les autres industries.

Propos recueillis Par Laurent Guez et Patrick Déniel




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