Tout ce qui manque au plan bois d'EDF pour sauver ses centrales charbon

EDF mise sur son projet Ecocombust de production de pellets de bois de classe B pour empêcher la fermeture de ses centrales électriques charbon de Cordemais et du Havre en 2022. Mais il lui manque encore la démonstration technique et écologique, un modèle économique et une filière…

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Tout ce qui manque au plan bois d'EDF pour sauver ses centrales charbon
Depuis 2015, la centrale EDF de Cordemais cherche dans la biomasse une alternative au charbon.

Après avoir lutté becs et ongles contre la fermeture de la centrales nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), bien négocié dans la PPE la fermeture des réacteurs nucléaires pour rééquilibrer le mix électrique en 2035, EDF veut sauver ses centrales charbon de Cordemais (Loire-Atlantique) et du Havre (Seine-Maritime). La loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015 prévoyait déjà leur fermeture d’ici à 2023. En novembre dernier, Emmanuel Macron a promis que ce serait fait dès 2022.

Remplacer le charbon par des pellets de bois

A Cordemais, depuis 2015, on cherche un moyen de dévier le couperet. Comment ? En remplaçant une partie du charbon par des pellets de bois, au bilan carbone neutre. Mais pas question de les importer. EDF imagine de les produire sur place à partir de déchets végétaux ligneux, non exploités pour la production de compost. En 2016, une équipe du site teste la combustion de pellets broyés, importés de Norvège, dans les chaudières et construit une installation pilote de production de pellets. En 2017, EDF va plus loin avec l’installation d’un prototype de densification de la biomasse, capable de produire 1 tonne par heure. Mais remplacer 20% de charbon n’est pas suffisant. Le 1er août 2018, Cordemais réussi à faire tourner une chaudière plusieurs heures avec 80% de pellets.

Miser sur le bois de Classe B pour le produire localement

Reste l’épineux problème de l’approvisionnement de matière première. Les déchets vert ligneux ne vont pas suffire. L’équipe de Cordemais pense alors à exploiter des déchets de bois de classe A et B, valorisé uniquement en très petites quantité, en Belgique notamment, dans la fabrication de l’aggloméré. Le reste est généralement enfoui. Un état des lieux de la ressource disponible dans les six régions entourant les deux centrales du Havre et de Cordemais auprès des industriels du traitement de déchets garantit un approvisionnement à 95% dans un rayon de 150 km autour des deux sites.

Négocier la prolongation jusqu'en 2026

En novembre 2018, quand Emmanuel Macron fait son annonce, on en est là. Trop tôt pour ficeler le projet. Car il faut encore démontrer la possibilité de fabriquer sur place des pellets contenant 70% de bois de classe B. Il faut leur trouver d’autres débouchés que la production d‘électricité dans les centrales EDF, qui ne pourront au mieux du mieux qu’être prolongées jusqu’en 2026 en ne tournant plus qu’un très faible nombre d’heures (200 h maximum selon le gouvernement, 800 h pour EDF).

Développer toute une filière de recyclage

Il faut surtout mettre sur pied la collecte et le traitement de ces déchets de bois peint ou verni. Il faut également régler le problème des effluents chimiques et gazeux issus du procédé et trouver les moyens de les valoriser énergétiquement. Et enfin, il faut encore faire la démonstration de la viabilité économique et écologique du projet. Selon Eric Bret, directeur de la division thermique d’EDF, ces pellets de bois classe B seront "moins cher que le charbon". C’est la seul information qu’il concède à dévoiler sur le modèle économique. Or EDF doit aussi persuader le gouvernement, qui veut réserver la biomasse à la production de chaleur renouvelable, d’investir dans son projet pour le rendre viable, avec comme principal argument qu’il va permettre de créer une filière de valorisation des bois de classe B en France.

Convaincre le gouvernement d'investir

Autant dire que miser sur Ecocombust pour empêcher la fermeture des centrales est très prématuré. Et la direction du groupe n’y croit pas beaucoup. Début décembre 2018, les salariés se mettent en grève. Leurs représentants syndicaux montent début janvier à Paris rencontrer le ministre François de Rugy. Après négociation, Cordemais obtient un délai jusqu’à l’automne pour mener à bien ses essais de densification et fabrication de pellets de bois classe B. La direction d’EDF recommence à soutenir le projet et s'engage auprès des salariés "à se mobiliser", précise Lionel Olivier, le directeur du site. Le groupe ne va pas laisser ses centrales charbon dans lequel il a investi des "centaines de millions d'euros", selon Eric Bret, pour les prolonger jusqu’en 2035, être fermées sans se battre.

Gagner du temps ?

Pour donner plus de chance au projet ou juste par quête de productivité, depuis le 1er janvier 2019, les centrales du Havre et de Cordemais n’en font plus qu’une. Volontairement ou non, cela risque de rendre plus complexe l’élaboration des projets de territoire sensés accompagner la fermeture des sites et remplacer les contrats de transition écologique que personne n’a voulu élaborer ni à Cordemais, ni au Havre. Et si, une première réunion est bien prévue début avril au Havre, il n’y a toujours pas de date pour Cordemais.

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