"Touche pas à mon assurance-chômage", entonnent en cœur patronat et syndicats

Dans une déclaration commune, les syndicats de salariés et patronaux ont dit leur attachement à l'architecture actuelle de l'assurance-chômage. Ils s'inquiètent d'une éventuelle étatisation qui ôterait aux partenaires sociaux la gestion de ce régime assurentiel. Un nouveau risque social pour un exécutif dont la cote a soudainement chuté ? 

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En pleine polémique sur la baisse de 5 euros des APL et alors que se précise la protestation sur la réforme du code du Travail par ordonnances, c’est un nouveau front social qui s’est ouvert. Il réunit étonnamment patronat et syndicats.

Les huit organisations paritaires gestionnaires de l’assurance-chômage ont signé un communiqué commun mardi 25 juillet, s’inquiétant des conséquences d’un changement de la nature de l’assurance-chômage. C’est d’autant plus remarquable que les négociations rituelles sur le déficit de l’Unedic montre des positions bien tranchées avec des oppositions bien marquées entre les deux bords de la table (les syndicats de salariés et les représentants des entreprises).

Actuellement, cette dernière est financée par des prélèvements sociaux sur le travail : les fameuses charges ou cotisations sociales selon le regard que l’on a sur ces dernières. L’assurance-chômage est gérée par les partenaires sociaux, avec un conseil d’administration ou siège représentants des salariés et des entreprises. L’Etat encadre l’ensemble. C’est cette architecture que les huit organisations signataires (CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC et Medef, CPME et U2P) estiment important de préserver.

Nouveaux publics indemnisés

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macon a indiqué très clairement qu’il voulait revoir le mode de fonctionnement de l’assurance-chômage, estimant qu’il souhaitait l’ouvrir aux travailleurs indépendants et, sous certaines conditions, aux salariés démissionnaires. Celui qui était encore candidat à la présidence de la République estimait alors qu’il valait mieux qu’un salarié démissionne plutôt qu’il fasse un burn out.

Or aujourd’hui, comme son nom l’indique, l’assurance-chômage est une assurance, c’est-à-dire un système où les salariés cotisent pour se couvrir contre le risque de chômage. Certes l’assurance est obligatoire et il n’y a qu’une compagnie pour assurer le risque. Mais le principe de fonctionnement reste celui de l’assurance.

Un changement de gouvernance qui ne passerait pas

En élargissant l’indemnisation à de nouveaux publics, les huit signataires craignent que l’exécutif ne cherche à étatiser l’édifice. Désormais le chômage ne serait plus financé uniquement par des cotisations sur le travail mais par l’impôt. En contrepartie, le gouvernement et le Parlement pourrait décider du montant de l’indemnisation. Les salariés ne seraient donc plus garantis d’avoir un pourcentage de leurs derniers salaires fixé lors des fameuses négociations bipartites.

Les huit organisations s’inquiètent d’une couverture chômage qui ne serait plus gérée par les représentants des salariés et des entreprises et des conséquences que cela pourrait avoir sur le montant des indemnités chômage perçues par les salariés.

Les plus critiques du système actuel y verront une défense corporatiste du monde syndical (patronal et de salariés) pour lequel la gestion des organismes sociaux serait un moyen de proposer des postes à leurs permanents.

Vrai corportisme et vrai risque social ?

Alors que la grogne monte et que le président Macron vient de perdre 10 points dans les baromètres de popularité, l’unité syndicale sur l’assurance-chômage est un mauvais présage pour une rentrée qui s’annonce agitée.

François Mitterrand aimait à citer la phrase du Cardinal de Retz selon lequel "on ne sert de l’ambiguïté qu’à son détriment". Emmanuel Macron est en train de l'apprendre en accéléré.

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