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L'Usine de l'Energie

Total, ENI, Esso... Le raffinage européen en panne sèche

Ludovic Dupin , , , ,

Publié le , mis à jour le 21/10/2014 À 11H16

Enquête Décédé dans un accident d'avion le 20 octobre 2014, le patron de Total, Christophe de Margerie, livrait fin août à L'Usine Nouvelle son analyse sur la situation du raffinage en France et en Europe. Surcapacités, déséquilibre entre l’essence et le diesel… le dirigeant avait alors jeté un pavé dans la mare en annonçant la nécessité d’adapter son outil industriel en France.

Total, ENI, Esso... Le raffinage européen en panne sèche © Pascal Guittet

Sommaire du dossier

En 2009, ce fut la raffinerie Total de Dunkerque (Nord) ; en 2010, celle de Petroplus à Reichtett (Bas-Rhin) ; en 2012, celle de Petroplus à Petit-Couronne (Seine-Maritime) ; cette année, celle de LyondellBasell à Berre (Bouches-du-Rhône). La liste des fermetures de raffineries s’allonge. En cinq ans, la France a perdu 24% de sa capacité de raffinage et la crise n’est pas finie. "Il y a encore des adaptations à faire sur les sites de Total en France. Nous devons continuer notre politique d’anticipation et de reconversion industrielle, même si cela suppose de vrais changements", a indiqué Christophe de Margerie, le 27 août, dans le journal "Ouest-France".

Depuis, le PDG de Total a précisé qu’il ne s’agissait pas de fermer un site, mais de diminuer des capacités. "On cherche les solutions pour créer de nouveaux emplois et surtout de nouvelles dynamiques", a-t-il assuré, en marge de l’université d’été du Medef à Jouy-en-Josas (Yvelines). Échaudé par le cataclysme qu’avait provoqué l’annonce de la fermeture de la raffinerie de Dunkerque, Christophe de Margerie se veut pédagogue. En plus des promesses de reconversion (Dunkerque est devenu un site de stockage stratégique et un centre de formation), le groupe s’engage à ne fermer aucune raffinerie… jusqu’en 2015.

Total compte remodeler ses sites français en s’inspirant de l’exemple de Carling (Moselle), où le groupe a fermé un vapocraqueur mais va ouvrir un centre européen de production de résines d’hydrocarbures. Des bouleversements qui traduisent la crise profonde d’un secteur sinistré. L’an passé, le pétrolier a perdu 500 millions d’euros dans le raffinage en France. Le deuxième raffineur hexagonal, Esso (groupe ExxonMobil), a enregistré une perte de 104 millions au premier semestre. "Nous attendons des pertes de 700 millions d’euros en 2014, comme en 2013", explique Jean-Louis Schilansky, le président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip).

Surcapacités, concurrence extrême et progression du diesel

L’Europe comptait 112 raffineries en 2007, il en reste 87. À l’Ufip, on estime que dix autres devraient encore fermer. Le pétrolier transalpin ENI, qui a enregistré 1,5 milliard d’euros de pertes en 2013, pourrait en fermer trois. Surcapacités, concurrence extrême et progression du diesel : ce triptyque est la cause de la crise européenne du raffinage. Les surcapacités européennes, de l’ordre de 7 % à 8%, s’expliquent par une baisse structurelle de la demande liée à une efficacité énergétique croissante. Il en résulte un taux d’utilisation des raffineries très faible, entre 70% et 75%. Les raffineurs enregistrent donc des marges très inférieures aux seuils de rentabilité, qui se situent entre 20 et 25 euros la tonne. Le dernier point haut date de 2012, avec 34 euros la tonne, quand plusieurs raffineries européennes avaient été arrêtées pour maintenance, effaçant ainsi artificiellement les surcapacités.

Le raffinage européen pâtit aussi d’un manque de compétitivité face aux nouveaux intervenants. Les États-Unis, dopés au gaz et à l’huile de schiste, profitent d’un pétrole brut meilleur marché. Quand, au Moyen-Orient et en Asie, l’anticipation de marchés en forte croissance s’est traduite par la construction de sites industriels géants. Malgré les coûts de transports, les raffineurs américains, moyen-orientaux et asiatiques peuvent écouler leurs produits en Europe à des tarifs très compétitifs.

Enfin, l’importante diésélisation du parc automobile européen (60%) et surtout français (70%) déséquilibre les raffineries. En moyenne, on extrait 30% de gazole d’un baril de pétrole, et 45% pour les raffineries les plus performantes. La France se retrouve à exporter de l’essence et à importer du gazole pour un déficit d’environ 10 milliards d’euros. À l’Ufip, on milite pour réduire la différence de taxation entre les deux carburants. "Un rééquilibrage peut améliorer la situation du raffinage, mais ce n’est pas ça qui le sauvera", tempère, toutefois, Jean-Louis Schilansky.

De légitimes inquiétudes

Impossible de savoir quelles seront les prochaines raffineries qui seront touchées. Selon Jean-Louis Schilansky, les trois critères de bonne santé d’une raffinerie sont la taille, la capacité de conversion et la localisation près d’un grand port… Chez Esso, on en ajoute un quatrième : l’efficacité énergétique, essentielle quand on sait que l’énergie représente 40% des coûts d’exploitation. D’après ce profil, la raffinerie de Gonfreville-l’Orcher (Seine-Maritime) fait figure de bon élève. Total y a investi 1 milliard d’euros pour la coupler au site pétrochimique voisin, ainsi que pour diminuer et optimiser sa capacité de production.

En Europe, les raffineries belges d’Anvers ont le vent en poupe. Total va y investir près de 1 milliard d’euros et ExxonMobil, 750 millions. Ailleurs, les salariés nourrissent de légitimes inquiétudes. En France, les interrogations portent sur le devenir des sites de Feyzin (Rhône) et La Mède (Bouches-du-Rhône), isolés et de taille moyenne. En 2010, le gouvernement de François Fillon s’était battu bec et ongles pour empêcher la fermeture de la raffinerie de Dunkerque. Et cette fois-ci ? "La loi transition énergétique [qui sera discutée au Parlement à partir d’octobre] prévoit de diminuer la consommation de carburants de 30%. Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose, mais il faudra assumer ces choix", soupire Jean-Louis Schilansky, le président de Ufip. Un expert du secteur invite le gouvernement à se demander si le raffinage est un secteur stratégique pour la France : "La France considère-t-elle qu’elle doit raffiner ses propres produits ou peut-elle uniquement se reposer sur des capacités en Inde ou aux États-Unis ?"

 

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