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L'Usine de l'Energie

Total en tête des majors pétrolières pour sa résilience climatique

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le

Le think-tank Carbon Tracker a disséqué les stratégies d’adaptation climatique des principales compagnies pétrolières privées mondiales, afin d’évaluer la solidité de leurs scénarios. La compagnie pétrolière française Total apparaît comme la plus rassurante pour ses investisseurs.

Total en tête des majors pétrolières pour sa résilience climatique
Total a adapté son mix produit aux prévisions de demande de l'AIE dans un scénario 2°, notamment en augmentant la part du gaz (ici Yamal) et des renouvelables.
© Total

Que deviendraient les compagnies pétrolières dans un monde qui aurait pris conscience de la nécessité de décarboner notre énergie, pour rester en dessous des 2° de réchauffement ? Pour ce qui est de rassurer ses actionnaires et financiers sur sa capacité à s’adapter à la transition climatique, Total devance Royal Dutch Shell, ENI, Statoil et Chevron, selon une étude publiée le 21 mai par le think-tank Carbone Tracker Initiative (Under the microscope : Are companies’ climate scenario analyses meeting investors’ requirements ?) Exxon Mobil, Conoco et BP semblent les moins bien préparées aux risques de prix et de marché en cas d’orientation vers un scénario de transition énergétique conforme à l’accord de Paris (baisse de la demande de pétrole et de gaz au bénéfice des énergies renouvelables).

Trois scénarios possibles, selon l'AIE

L’Agence internationale de l'énergie a déroulé trois scénarios possibles de l’évolution de la demande de pétrole et de gaz d’ici 2040.

  • Le premier, New policies scenario (NPS), est surnommé "business as usual" en dépit du "new" de son nom qui prend en compte les engagements annoncés par les Etats. Il prévoit un réchauffement de 2,7° en 2040 et une consommation quotidienne d’hydrocarbures d’environ 9 millions de tonnes équivalent pétrole.
  • Le deuxième, Sustainable development scenario (SDS, version renouvelée du S450 qui réduit les émissions de gaz à effet de serre à 450 parts par million), vise à limiter à 2°C le réchauffement climatique d’ici 2040. La demande d’hydrocarbures passerait sous les 7 millions de tonnes. La demande de pétrole serait réduite de 30% par rapport au NPS, celle de gaz de 20% et celle de charbon de 55%.
  • Le troisième, Beyond 2 degrees scenario (B2DS), offre 50% de chances de réduire le réchauffement à 1,75°C mais nécessite de diviser pratiquement par deux la consommation quotidienne prévue en 2040.

Total, bon élève de la transition climatique

Total est "la seule major du pétrole et du gaz à avoir placé l’objectif 2°C au cœur de sa stratégie", affirment les auteurs de l’étude. Plutôt que de se contenter, comme presque toutes les majors, de réduire ses émissions en phase de production, la compagnie pétrolière française est sortie du charbon, augmente la part du gaz dans sa production pour atteindre 45 à 50% d’ici 2035 et compte réduire la part du pétrole entre 30 et 35% à la même échéance. La part des énergies renouvelables, elle, serait portée à 15 à 20%.

Ce qui "ne veut pas dire qu’il n’y a pas de place pour l’amélioration. Total peut s’adapter à un scénario 2°C en termes d’émissions carbone, mais les investisseurs veulent également être rassurés sur sa capacité à ajuster ses coûts, et à rester compétitif dans un monde de demande amoindrie."

Parmi ses réserves sur la résilience de Total, Carbon Tracker liste la part accrue du gaz dans le modèle alors que la demande pourrait décroître plus rapidement que prévu, ainsi que sa frilosité à envisager la réduction de la valeur de ses réserves et ressources. Les auteurs notent également que Total ne dévoile pas d’analyse de l’impact global éventuel de cette transition énergétique sur ses actifs et investissements. Analyses que la compagnie préfèrerait établir sur des critères standard, partagés voire aggrégés avec ses concurrents. Carbon tracker relève enfin la faiblesse du prix du carbone envisagé par Total en 2040. Ainsi, le groupe considère qu’une taxe carbone mondiale de 40 dollars par tonne de CO2 émise aurait un impact négatif de 5% sur la valeur de ses actifs. Carbon Tracker estime entre 125 et 140 le prix du carbone dans un scénario SDS, selon les régions.

Un optimisme démesuré

"L’optimisme de l’industrie, qui croit à une augmentation de la consommation d’énergie fossile au-delà des niveaux requis dans le scénario de Paris, n’est pas surprenant. Ce qui l’est plus, c’est la confiance de ces entreprises dans le fait que, malgré un déficit de planification de ce scénario, elles seront tout de même capables de s’adapter", assènent les auteurs de l’étude en introduction.

Statoil reconnaît pourtant que "la transition vers une énergie bas-carbone engendre des défis stratégiques fondamentaux à l’industrie du pétrole et du gaz". Ce n’est pas pour autant qu’il s’attache à rassurer ses investisseurs sur sa propre compétitivité dans ce nouveau contexte. Chevron reconnaît tacitement que dans un scénario SDS (2°), certains projets génèreront du cash mais pas de bénéfices. Exxon inscrit un risque accru à développer ses réserves de pétrole hors des Etats-Unis et considère que seulement "5% de ses actifs sont concernés". ENI considère que "l’impact sur ses actifs est accru". D’autres, enfin, ont inclu dans leurs prévisions un prix du carbone compris entre 40 dollars la tonne, - ajoutant 1 à 2 dollars au coût de production d’un baril – et 80 dollars la tonne. Mais aucune major ne calcule l’impact total de tels scénarios sur son activité. Et aucune (à l’exception de Shell et peut-être de Total, mais ce n’est pas clairement précisé dans ses analyses) ne tient compte des émissions liées à l’usage de ses produits, une phase du cycle de vie qui représente pourtant 80% à 90% des émissions globales d’une compagnie pétrolière, selon Carbon Tracker.

Des entreprises de taille bien plus modeste que ces majors ont pourtant mieux réussi l’exercice. Avec une valorisation de 13 milliards de dollars (moins que les investissements prévus par Total en 2018), Oil Search a pris la peine d’évaluer l’impact de différentes évolutions de la demande, dont le scenario SDS de l’AIE (plus exactement son prédécesseur S450) et même celui de Greenpeace pour limiter le réchauffement à 1,5°. Oil Search a ensuite confié la modélisation des prix (2018-2040) qui en découleraient à un tiers. Il en résulte des cours du baril de Brent qui varient de 5 dollars le baril (dans le modèle Greenpeace) à plus de 110 dollars dans le scénario NPS.

Des critères standardisés pour l'évaluation des investissements?

"Un scénario 2°C signifie que certaines majors y perdront. Pourtant les analyses actuelles ne prévoient que des gagnants", regrette Carbon Tracker. Une position que les compagnies pétrolières justifient par le fait que les investissements les plus à risque dans cette perspective de transition climatique sont ceux qu’elles n’ont pas encore effectués (puisqu'ils concernent la demande en 2040). Le calendrier d’application des différents scénarios intervient après le retour sur investissement attendu des projets entamés (qui produiront plutôt sur les 20 prochaines années). Il n’est donc pas trop tard pour établir des critères communs permettant à chaque entreprise d’établir une liste des bons et des mauvais projets d’un point de vue "budget carbone". C'est peut-être le prochain chantier pour l'industrie pétrolière: évaluer son mix produit en fonction de la demande après 2040.

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