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Total décidé à saisir les relais de croissance du GNL au Moyen-Orient

Myrtille Delamarche , , ,

Publié le

La demande asiatique de gaz naturel liquéfié est stable, et c’est désormais en Afrique du Nord et au Moyen-Orient que se situent les relais de croissance. Pour profiter de ces opportunités, Total compte renforcer son intégration sur la chaîne et construire les infrastructures nécessaires dans les nouveaux pays consommateurs.

Pour le gaz naturel liquéfié (GNL), les marchés en croissance ne sont plus en Asie, ont affirmé plusieurs intervenants lors de la convention de l’Association française du gaz (AFG), qui se tenait à Paris le 24 mars. "Enormément de pays veulent rejoindre le marché gazier, affirme le directeur gaz de Total Laurent Vivier. Les marchés les  plus en croissance actuellement sont au Moyen-Orient : l’Egypte, Dubaï, le Koweit…" Et non plus sur le continent asiatique, des marchés plus matures "qui ont une vision plutôt plate de l’évolution de leur consommation".

Intégration verticale au programme de Total

Pour Total, l’identification de ces opportunités va se traduire par un renforcement de l’intégration. Le groupe voit croître le marché et son portefeuille, mais ne compte pas uniquement vendre ce gaz à des tiers. Son directeur gaz affirme que le groupe a les ressources financières nécessaires pour construire des infrastructures de réception dans ces nouveaux pays, afin de sécuriser la place de Total dans le groupe des "4 ou 5 acteurs intégrés, globaux et crédibles sur l’ensemble de la chaîne gazière".

La nouvelle donne, dans le GNL, c’est selon Laurent Vivier "un marché plus flexible, des durées de contrats réduites (passées en moyenne de 20 à 8 ans), des besoins plus faibles dans chaque zone qui demanderont plus d’arbitrage. Seuls les acteurs de taille critique pourront gérer les hauts et les bas de la demande."

La bataille du CO2

Cette croissance est portée notamment par la baisse des prix. Mais aussi, dans certains cas, par des préoccupations environnementales, même si Laurent Vivier reconnaît que l’industrie du gaz a "mieux réussi à se convaincre elle-même" qu’elle détenait l’énergie de demain qu’à en convaincre les autres. En témoigne la faible place du gaz dans les débats à la COP21, qui a écarté les énergies fossiles.

L’industrie gazière martèle un chiffre: le gaz émet moitié moins de CO2 que le charbon. Ce chiffre a été contesté, dernièrement, par certains acteurs qui affirment que sur le périmètre d’analyse du cycle de vie (ACV) – pour le gaz, extraction, liquéfaction, transport, regazéification et utilisation –  ce gain était surévalué face à du charbon extrait dans la région. Laurent Vivier a dévoilé les premiers résultats, bientôt officiels, d’une étude en cours pour comparer l’impact réel du gaz sur l’ensemble de son ACV à celui de son concurrent. Et il affirme que "le discours tient : le gaz émet bien 40 à 50% de CO2 de moins que le charbon."

Le GNL innove enfin

L’autre frein au développement de l’usage du gaz est la lourdeur des infrastructures nécessaires à son acheminement et à sa transformation (terminaux dédiés, regazéification, etc). Après "10 à 15 ans d’améliorations qui ne se sont faites qu’à la marge", Laurent Vivier se félicite que la conjugaison de prix bas et d’une offre en hausse ait provoqué "une énorme innovation sur la chaîne aval. Avant, les pays considéraient qu’il fallait 10 ans pour faire entrer le gaz dans leur mix énergétique. Ce délai est désormais réduit à 2 ou  3 ans."

Et en Europe ?

Thierry Bros partage cette analyse d’une forte hausse de la demande dans de nouveaux pays hors-Asie, mais tempère sérieusement l’enthousiasme pour la substitution, en tout cas en Europe. "Il y a effectivement eu une hausse de la demande, partiellement pour des raisons climatiques", reconnaît l’expert gaz à la Société Générale – qui ne la considérait pas comme garantie il y a quelques mois. Il rappelle que le Royaume-Uni a mis en place une taxe sur le CO2 qui est loin d’être neutre (18 livres Sterling la tonne venant s’ajouter aux quelque 5 euros du prix du carbone). "Mais pour le reste de l’Europe, ce n’est pas gagné. Le gaz, dont les prix ont moins baissé que ceux des autres commodités, n’est pas compétitif pour la génération électrique."

Et si ces prix n’ont pas beaucoup baissé, c’est "parce qu’un duopole [la Norvège et la Russie] a cherché à équilibrer les volumes pour maximiser sa rente". Selon Thierry Bros, "si la Norvège a d’ores et déjà commencé à réduire ses investissements, rien ne permet de dire à ce jour si la Russie cherchera à réduire l’offre ou si elle se lancera, à l’instar de l’Arabie saoudite dans le pétrole, dans une guerre des prix." En Europe, la substitution complète du charbon n’est donc pas pour demain.

Myrtille Delamarche

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