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L'Usine de l'Energie

Toshiba-Westinghouse, nouveau géant de l'électronucléaire

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Publié le

A l'étroit sur son marché domestique, Toshiba s'offre Westinghouse au meilleur moment pour partir à l'assaut des appétits énergétiques chinois et américains. Et lutter au coude à coude avec Areva...

Petit, mais pas dénué d'ambitions. Avec 17 réacteurs nucléaires en service, tous au Japon, Toshiba n'était qu'un acteur mineur sur l'échiquier mondial du nucléaire. Il détiendra désormais le quart des capacités mondiales ! S'il mène à bien le rachat surprise de Westinghouse, qui a construit 103 des 445 réacteurs présents dans le monde, il passera, du point de vue du parc installé, au premier rang devant Areva (92 réacteurs). Mais surtout, en remportant, face à General Electric et Mitsubishi Heavy Industries, l'appel d'offres lancé l'été dernier par l'organisme public britannique BNFL, qui contrôle Westinghouse, le conglomérat japonais se donne la stature et les moyens qui lui manquaient pour remporter une part des juteux contrats qui se profilent à l'international (plus d'une soixantaine de réacteurs en projet à travers le monde, sans parler des rénovations, encore plus nombreuses), aux Etats-Unis et en Chine notamment.

De fait, après des années de marasme et de défiance vis-à-vis de l'atome, le nucléaire revient à la mode. Croissance endiablée des besoins énergétiques, renchérissement des hydrocarbures, obligation de réduire l'émission des gaz à effets de serre... Tout y concourt. D'où le montant record - 5 milliards de dollars - qui sera versé à l'entre-prise publique britannique, propriétaire de Westinghouse depuis 1998. Une belle opération pour BNFL, qui avait soufflé l'entreprise américaine au nez de Framatome, en 1998, pour 1,2 milliard de dollars. Avant d'y adjoindre l'activité nucléaire d'ABB, acquise un an plus tard pour 485 millions de dollars.

Pour les observateurs du secteur, 5 milliards de dollars représentent une offre inattendue, presque le double de leurs estimations. « Cette opération donne certes naissance à un concurrent redoutable pour les autres grands du secteur, mais elle a aussi pour effet de valoriser davantage le nucléaire », estime un proche d'Areva. Pour le français, qui pense toujours entrer en Bourse après 2007, c'est bon signe ! Pourtant, l'année dernière, la mise à prix de Westinghouse, pour 1 milliard de livres (1,46 milliard d'eu- ros) n'avait pas soulevé l'intérêt d'Areva. Le français, déjà très présent aux Etats-Unis où il réalise plus de 20 % de son chiffre d'affaires, estimait que le risque élevé de veto des autorités antitrust américaines annulait toutes ses chances.

S'agissant d'un investissement étranger sur le sol américain, la vente, « qui devrait être signée dans un futur proche », indique BNFL, reste toutefois soumise à l'autorisation de Washington. Une formalité, semble-t-il : Westinghouse était déjà sous contrôle étranger (britannique) et le Japon, comme la Grande-Bretagne, n'est-il pas un allié stratégique des Etats-Unis ?

Gagner des parts de marché à l'étranger

Au siège de Pittsburgh (Pennsylvanie) en tout cas, la direction de Westinghouse applaudit des deux mains. « Nous estimons que c'est une bonne chose d'être racheté par un industriel aux deep pockets », commente Yves Brachet, directeur régional France de Westinghouse (160 personnes aux Ulis, à Marseille à Manosque et à Metz). Un industriel aux poches pleines ? Toshiba aurait demandé le soutien financier de ses compatriotes Mitsui et Marubeni, mais devrait apporter plus de la moitié de la somme.

L'enjeu est de taille pour le conglomérat nippon : Toshiba veut avant tout gagner des parts de marchés à l'étranger et maintenir son savoir-faire. Les activités nucléaires appartiennent à la division Industrial and Power Systems & Services. Une branche diversifiée dont le chiffre d'affaires annuel s'est élevé à plus de 6,2 milliards de dollars en 2004, mais en perte de vitesse et peu lucrative : chute de 15 % des ventes en trois ans, de 60 % pour ce qui concerne le bénéfice opérationnel (85 millions de dollars)...

Cap sur la Chine

Avec Westinghouse (8 500 salariés dans 14 pays), Toshiba entend clairement donner une bouffée d'oxygène à cette activité. Les ventes de l'américain atteignent 1,8 milliard de dollars, et l'entreprise dégage d'importants bénéfices. Mais ce qui intéresse par-dessus tout Toshiba, ce sont les perspectives offertes par les technologies de Westinghouse. Le constructeur américain, présent dans le nucléaire depuis 1957, apparaît en effet en bonne position dans les principales opérations qui se négocient actuellement en matière d'électronucléaire. En Chine notamment, où la bataille autour de l'appel d'offres lancé en 2004, pour deux contrats de construction de quatre îlots nucléaires de troisième génération, fait toujours rage. Mettant aux prises Westinghouse, le russe AtomStroyExport et le français Areva.

Ces quatre tranches - des joujoux à deux milliards d'euros pièce - ne sont que le début d'un florissant marché. Avec une électricité d'origine nucléaire qui devrait passer de 1,5 % de la production totale à 4 % en 2020, et sans doute 6 % en 2030, la Chine se prépare à investir durablement dans l'atome. Les quatre réacteurs de troisième génération qui doivent entrer en service à partir de 2008 seront suivis d'une vingtaine d'autres qui devraient entrer en service d'ici à 2030. Hors de question de louper le coche.

Or, une chose est sûre : compte-tenu de la préférence chinoise pour le nucléaire à eau pressurisée, Toshiba, spécialiste de l'eau bouillante, et japonais qui plus est, était hors course. General Electric et Mistubishi Heavy aussi. Ce qui les obligeait à acquérir cette technologie. Coûte que coûte. En mettant la main sur Westinghouse, Toshiba adopte aussi son dernier concept, l'AP1 000, un réacteur à eau pressurisée, pour lequel aucune réalisation industrielle n'a encore vu le jour.

Mais le marché chinois ne constitue pas l'unique motivation de ce rachat. Présent à la fois sur l'eau bouillante et sur l'eau pressurisée, Westinghouse possède la capacité à se positionner sur tous les marchés. Dans les pays émergents comme l'Inde, le Pakistan, le Vietnam ou encore l'Indonésie ; au Japon bien sûr, qui a l'intention de porter son parc nucléaire de 55 réacteurs à environ 65 d'ici à 2030 ; en Europe (Grande-Bretagne notamment en cas de relance) ; aux Etats-Unis enfin, où l'administration Bush a annoncé fin 2004 la reprise du programme électronucléaire, gelé depuis l'accident de Three Miles Island, en 1979. Un programme où Westinghouse, dont l'AP1 000 vient de recevoir la certification de la commission nucléaire américaine, se trouvera en concurrence avec GE bien évidemment, mais aussi avec Areva, récemment allié à l'Electricien Constellation Energy autour de l'EPR.

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